Accusation d’appropriation culturelle : c’est tiré par les cheveux !

Des musiciens de reggae ont vu leur concert annulé. En cause : des spectateurs se sont trouvés « mal à l’aise » en les voyant s’approprier la « culture rasta ». En somme, le racisme gagne du terrain ; et cela ne choque toujours pas grand-monde.

Clip de la chanson « S’problem » de Lauwarm.

L’histoire semble incroyable ; pourtant, elle est vraie. Résumons : le groupe de reggae suisse Lauwarm devait se produire dans une brasserie de Berne le 18 juillet dernier. Or, quelques minutes après le début du concert, plusieurs spectateurs ont fait part de leur « malaise face à la situation » (sic), comme le raconte la version suisse du journal 20 minutes. L’origine de ce « malaise » ressenti par certains spectateurs visiblement fragiles ? Un délit d’appropriation culturelle. Offensés par des blancs portant des dreadlocks et jouant une musique d’origine jamaïcaine, ces hypocondriaques de la pureté ethnique dans la culture ont obtenu l’annulation du concert par les organisateurs. Ces derniers, sans doute apeurés par les tribunaux 3.0, ont même poussé l’obséquiosité en s’excusant « auprès de toutes les personnes chez qui le concert a provoqué de mauvais sentiments » (re-sic). Le chanteur du groupe s’est fendu d’un communiqué plutôt vaseux, tentant d’établir une distinction entre « inspiration » et « appropriation », et se défendant d’emprunter des thèmes « à la culture jamaïcaine ou à Jah Rastafari« . Il entérine ainsi la vision selon laquelle certaines personnes décident quel tel ou tel production culturelle serait leur pré carré, ôtant à la culture elle-même toute sa part d’universalité. Un monde formidable !

Tout le monde fait de l’appropriation culturelle !

Revenons aux spectateurs outragés, dont certains sont peut-être encore hospitalisés suite à une violente apoplexie due à la coiffure des musiciens. Les dreadlocks des musiciens ont été mentionnés comme un élément d’appropriation culturelle, puisque cette coiffure est supposée être l’apanage des Jamaïcains rastafaris. Comme nous l’apprend Wikipédia, les plus anciennes traces écrites mentionnant les dreadlocks nous sont fournies par… des écritures saintes du védisme, une ancienne religion de L’inde antique. Ce qui donne environ 2 000 ans d’avance à l’Inde dans la revendication de la paternité des dreadlocks ! Poursuivons le raisonnement : le metal est une musique inventée par des Occidentaux blancs. Or, plusieurs musiciens de metal sont noirs, à l’image du chanteur du groupe brésilien Sepultura, Derrick Green. Alors, fait-il de l’appropriation culturelle ? Faut-il priver M. Green de son gagne-pain en raison de sa couleur de peau ? Le rock est-il réservé aux blancs, et le reggae aux noirs ?

On mesure sans peine l’absurdité et l’horreur de telles propositions : chacun pourrait accuser son prochain d’appropriation culturelle, particulièrement dans un monde de culture mondialisée où Internet peut faire voyager l’art instantanément. Cette dys-réalité (une réalité non désirable) rappelle en tous points Le procès de Kafka, dans lequel un homme est jugé sans savoir de quoi il est accusé : petit à petit, Joseph K. (l’accusé) joue le jeu de ses accusateurs en cherchant à se défendre. Exactement comme les organisateurs du concert et les musiciens du groupe.

Mais pourquoi cette fausse accusation fonctionne-t-elle si bien ? Vous le savez déjà…

L’Occident, coupable de tout (et surtout de n’importe quoi)

Plutôt que de voir que des blancs jouant du reggae était une preuve du rayonnement de cette musique jamaïcaine (« s’inspirer d’un maître est une action non seulement permise, mais louable« , écrivait Alfred de Musset), certains les ont vilipendés pour leur musique et leur coiffure. Cela fonctionne toujours dans le même sens : l’appropriation culturelle est un délire authentiquement raciste qui ne vise que des blancs. Les accusations sont imaginaires et délirantes, vous interdisant pêle-mêle certains déguisements, certains vêtements, certains maquillages, certaines coiffures, etc. Le point commun des accusés : ils sont tous Occidentaux.

Cela n’arrive jamais dans le sens inverse : personne n’accuse un asiatique de porter un costume-cravate, personne ne vitupère contre une femme noire se faisant lisser les cheveux. L’appropriation culturelle n’est qu’un des nombreux outils de racistes ayant pignon sur rue, qui ne jugent autrui que sur la base de la couleur de la peau. Au lieu de souligner cet état de fait, les accusés s’excusent (presque) tous platement, ramollis qu’ils sont par la propagande progressiste et indigéniste selon laquelle tous les hommes sont égaux, mais certains plus que d’autres (Coluche).

L’histoire est simple : un groupe s’est vu interdire de jouer de la musique à cause de la couleur de la peau de ses musiciens. Et les organisateurs du concert tiendront le plus sérieusement du monde une table ronde le 18 août prochain sur le thème de l’appropriation culturelle.

Il y a quelques années, trois chercheurs ont récolté des éloges de plusieurs universitaires grâce à un essai prétendant d’après ses auteurs « examiner de manière critique la blanchité depuis la blanchité« . Il s’agissait d’un canular : pour montrer les dérives woke, les auteurs avaient simplement réutilisé des extraits de l’antisémite pamphlet Mein Kampf d’Adolf Hitler, en remplaçant le mot « Juifs » par « Blancs ». Nous n’avons rien appris depuis : la haine raciste est devenue dans certains cas le summum de la modernité.

Législatives : discréditer un candidat pour les nuls

Les candidats sans parti sont plus vulnérables face à un appareil politico-médiatique qui goûte visiblement fort peu les profils atypiques, les trublions, ou tout simplement… l’indépendance d’esprit.Exemple en Ariège.

Affiche de campagne de Yann de Kerimel et Muriel Capdeville.

Qui est Yann de Kerimel, candidat malheureux aux élections législatives en Ariège ? Un conservateur ? Un peu, sans doute. Par exemple, il tient la famille pour un socle de la société et de l’instruction des enfants, et a manifesté avec la Manif pour tous. Mais il n’est pas un libéral absolu. En matière d’économie, il prône un protectionnisme mesuré pour lutter contre la dépendance alimentaire, et aussi pour revenir à une consommation plus locale. Écolo, donc ? Un peu aussi. Anarchiste ? Non, ce qui ne l’a pas empêché de manifester contre des dérives qu’il a jugées liberticides lors de la crise du Covid. Il a aussi cru à certaines revendications des Gilets jaunes : cela fait-il de lui un gaucho ou un droitard ? La réponse est sans doute autre.

Élu à la chambre d’Agriculture (il est éleveur) et candidat malheureux aux législatives (2,86% dans sa circonscription), Yann croit en l’action politique ; toutefois, il a remarqué le goût de l’État pour un mille-feuilles administratif souvent peu utile, et systématiquement très onéreux. Il n’est pas un révolutionnaire, mais il n’est pas non plus le gardien sévère du vieil ordre. Il est inclassable.

Les candidats indépendants : David contre Goliath

En fait, la vision de Yann est complexe et se nourrit de ses expériences, de ses discussions, et des caractéristiques de son pays rural et paysan. Soucieux d’améliorer le sort de ses concitoyens, il s’est jeté dans le bain des législatives, sur les terres du député LFI Michel Larive. Comme David contre Goliath, il a voulu affronter les gros, et sans grande connaissance des codes médiatiques.

Par sympathie, j’ai aidé Yann à mettre en forme ses éléments de langage il y a quelques semaines. J’ai découvert son système de pensée atypique mais cohérent. Quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre que j’avais côtoyé un séide de Satan lui-même !

Le label « extrême-droite », une valeur sûre !

Capture d’écran francebleu.fr : Yann de Kerimel est étiqueté « Divers extrême droite »… grâce à la Préfecture.

Eh oui : Yann ose dénoncer le clientélisme en politique, veut plafonner le salaire des élus et obliger les députés à être présents un minimum de temps à l’Assemblée nationale. En plus, il souhaite que les traités européens ne portent pas préjudice aux agriculteurs français (europhobie ?). Enfin, il veut mettre fin au financement public des partis politiques, syndicats, et autres lobbies communautaristes. Peu importe le reste de son programme : la Préfecture s’est sans doute arrêté à ces aspects. Alors, elle l’a étiqueté « Divers extrême-droite », et le ministère de l’Intérieur a relayé cette information, sur laquelle se sont fondés les médias.

Dans le système politico-médiatique actuel, l’appellation « extrême-droite » fait de vous un infréquentable : le bruit des bottes résonne déjà. Ce genre d’épithète impressionne encore une bonne partie de la population : on l’a encore vu lors de l’élection présidentielle, où Emmanuel Macron n’a même pas eu à proposer d’autre programme que « faire barrage à l’extrême-droite » pour rafler la mise.

Alors, Yann a protesté. Il a appelé la Préfecture et leur a signalé que cette étiquette ne correspondait pas à son programme (un espèce de patchwork idéologique empruntant aussi bien à Mélenchon qu’à Le Pen ou Macron). Le chef de cabinet, auteur de la nuance problématique, a répondu avoir trouvé ça « extrême-droite », sans autres explications. Après un entretien de 45 minutes avec Yann, il a validé la nuance « Divers » et a  envoyé un communiqué aux médias le 25 mai pour les informer. Mais le mal était fait : seuls deux médias locaux [1] en ont parlé, et le site ministériel n’a été mis à jour que le… 7 juin !

Mail de protestation envoyé à la Préfecture le 2 juin par Yann de Kerimel.

Des médias idéologues aux ordres

Yann a ensuite fait la tournée des médias, autant qu’il pouvait avec ses petits moyens. Et c’est le journal régional La Dépêche qui s’est distingué. Après l’avori étiqueté « Divers » [2], ils effectuent un virage à 180° le dernier jour de campagne et le qualifient de candidat d’extrême-droite dans un article [3]. De quoi frapper l’opinion publique juste avant le scrutin (l’Ariège a voté majoritairement LFI à l’élection présidentielle), et le priver de tout droit de réponse, puisque la campagne était terminée le jour même à minuit. Pris par le sprint final, le candidat malheureux ne saura pas le pourquoi de ce timing étrange. Il contacte la rédaction qui se fend d’un minuscule encart dans l’édition du 11 juin. Un peu tard !

Capture d’écran La Dépêche du 10 juin 2022.

Cet article n’est pas un dithyrambe en faveur d’un candidat à la députation : j’ai aidé Yann par sympathie et il a perdu. Cela m’a permis de partager son aventure individuelle et l’enthousiasme de quelqu’un qui croit encore à la politique, quand j’en suis moi-même devenu blasé.

Cela m’a permis aussi de voir comment on peut discréditer un candidat qui propose des idées au moins originales : il suffit qu’une autorité accolle à son nom les deux mots du Mal absolu. Je ne connais pas les raisons qui ont poussé les électeurs à voter ou à ne pas voter pour Yann : mais j’ai à nouveau vu dans cet épisode le pouvoir de nuisance, le manque d’arguments et l’hypocrisie (ou pire : l’inconséquence) de ceux qui conditionnent l’opinion publique.

Pour ceux qui aiment se faire leur propre avis sans qu’on le leur dicte : le programme de Yann est lisible sur son site www.kerimel2022.fr: à vous de voir si on parle de la Bête !

[1] https://gazette-ariegeoise.fr/legislatives-2022-le-candidat-yann-de-kerimel-obtient-la-rectification-de-sa-nuance-politique/

[2] https://www.ladepeche.fr/2022/05/20/legislatives-2022-en-ariege-decouvrez-les-noms-des-candidats-de-votre-circonscription-10307573.php

[3] Capture d’écran La Dépêche du 10 juin 2022

Réapproprions-nous le sens des mots !

Il est grand temps d’appeler à nouveau un chat, un chat

Depuis des années, il ne se passe pas une semaine sans que l’actualité nous abreuve de mots dont le sens est distordu, tronqué, ou tout simplement erroné. Le contexte permettant la compréhension des faits est absent lorsqu’il est nécessaire, et présent lorsqu’il n’apporte rien. Résultat : en l’absence de mots adéquats, il devient difficile de penser le monde réel dans un cadre précis.

(c) Depositphotos

Élection présidentielle, tensions sociales et civilisationnelles, politiquement correct, bassesses et grandeurs de l’Homme : il vous devient presque impossible de faire du monde un objet de réflexion quotidienne ou philosophique. Ne pensez pas, répétez des formules creuses et prémâchées. Les « éléments de langage » ont remplacé la pensée subtile et nuancée, le « buzz » remplace le fait, les invectives remplacent le débat, les oxymores pullulent, les contradictions pleuvent sur votre esprit embrumé par l’enchaînement des informations. Votre attention, déjà vampirisée par les GAFAM [1], se rend. Inutile d’essayer : votre cerveau n’a plus le temps. Il faudrait penser une quantité d’informations jamais connue dans l’histoire de l’humanité : c’est trop pour un seul être humain, fût-il le plus grand des génies.

Notre époque nous donne à observer une disruption (cassure) gigantesque de la langue française. Ces travestissements linguistiques, ce mésusage permanent du signifié et du signifiant des mots nous privent de la plus formidable liberté : celle de penser. Et nous nous faisons avoir, trop las pour nous battre, déjà privés de nos armes par une école qui devient davantage une fabrique du crétin qu’un lieu où l’on forme des citoyens éclairés [2].

Mots : la disruption permanente

Récemment, Mathieu Kassovitz, parti inaugurer une fresque en Ukraine, y faisait l’apologie des Ukrainiens « nationalistes » qui se battent contre les Russes [3]. Des propos qui ont fait hausser des sourcils, le même Kassovitz ne ratant pas une occasion de fustiger le présumé nationalisme des Français inquiets de l’immigration massive, qu’il assimile à du « racisme » [4]. Il suffit de s’intéresser au discours du cinéaste pour comprendre qu’il est contre les frontières, mythifie la figure de l’Autre, et présente depuis longtemps son désir d’un métissage total en France comme un avenir inéluctable et un passé tangible [5]. On comprend mieux la rhétorique kassovitzienne lorsquon observe le fond des propos : c’est une opinion.

D’autres exemples ? Un suspect « connu des services de police » ? Un euphémisme pour désigner un délinquant/criminel multirécidiviste. On passe de l’idée d’une connaissance (« Salut Michel !« ) à celle, plus précise, d’un individu dont les choix systématiques ou réguliers nuisent à la société dans son ensemble. Quelqu’un tient des propos osés ? On le qualifiera différemment selon son bord politique : « sulfureux » ou « polémique » s’il est de droite, « engagé » s’il est de gauche. Qualifier pour disqualifier ou pour valider : c’est qu’il faut vous apprendre à penser correctement ! Un « coup de couteau à la gorge » ? C’est une tentative de meurtre par égorgement, technique primitive et brutale d’importation récente. En appelant précisément les choses, on saisit l’extrême violence de celui qui tente de tuer -qu’il saisisse la gravité de son geste ou non. Les « tensions » à Sevran étaient en fait des émeutes, voire des actes de sédition (j’en parlais ici).

Dans ce dernier exemple, il faut pour parler de « sédition » comprendre non seulement le sens de ce mot, mais aussi le contexte.

Livre pour enfants « La belle lisse poire du prince de Motordu ». Heureusement, le prince rencontre la princesse des écoles à la fin !

Antiracisme, antifascisme, féminisme, sexualité : la connaissance du contexte, élément clé

Le contexte des mots les éclaire bien souvent. Encore faut-il le connaître. Vous connaissez les antiracistes ? En théorie, ce sont des personnes qui luttent contre « l’idéologie fondée sur la croyance qu’il existe une hiérarchie entre les groupes humains, autrefois appelés « races » et le comportement qui découle de cette idéologie » (Larousse). Aujourd’hui, les antiracistes autoproclamés comportent parmi eux les pires des racistes. Comment qualifier autrement une personne dont les réflexions s’opèrent entièrement à partir d’une distinction effectuée selon la couleur de peau ? Certains amateurs de justice sociale façon BLM ou antifas ont décidé que la couleur de la peau vous astreint à un comportement qu’ils définissent : un Noir doit être une « victime« , un Blanc un « oppresseur« , le mâle Asiatique doit être victimisé en raison de l’imaginaire peu viril que certains s’en font. À les écouter, on ne doit plus rien au mérite, aux idées, aux choix. Exit votre liberté et votre responsabilité ! Tout est couleur de peau. Celle-ci définit votre place dans la société, ce que vous devez dire, faire, et penser. Ce n’est pas de l’antiracisme : c’est du racisme pur et simple. Partant, donnons-lui son nom réel. Cela nous armera moralement et intellectuellement pour lutter contre le racisme, ce fléau d’une terrible universalité. Il en est de même pour les « antifascistes », devenus aujourd’hui les champions de l’agression, de l’intimidation, de la censure, du jugement populaire, bref : du fascisme pur et simple.

On parle beaucoup ces temps-ci d’une certaine conception woke et punitive du féminisme. Pourquoi le collectif de Caroline de Haas #NousToutes est-il volubile au moindre soupçon d’agression de la part d’un « mâle blanc », et totalement aveugle, sourd et muet lorsque le suspect a le teint trop hâlé (on pense entre autres aux viols de Cologne) ? L’analyse de ses prises de parole et de ses éléments de langage indique simplement que le collectif en question n’est pas féministe : il est plus probablement anti-hommes occidentaux et est l’un des idiots utiles de la diversité. Beaucoup de soi-disant féministes ne désirent en fait que l’égalité hommes-femmes (impossible) au lieu de revendiquer l’équité (objectif souhaitable que la France atteint relativement bien). Leur lutte contre un prétendu patriarcat -en réalité une chimère agonisante- ne se comprend qu’en synthétisant l’ensemble de leurs actions. Caroline de Haas, l’une de ses fondatrices, est ainsi passée maître dans l’art de créer des problèmes (harcèlements moraux et sexuels par exemple) pour vendre ensuite des formations… dédiées à la lutte contre ces mêmes harcèlements [6] ! Est-ce là du féminisme, ou du business moralement douteux ?

A contrario, le collectif féministe Némésis (qui pointe du doigt l’important contingent d’agresseurs issus de l’immigration pendant des manifestations) n’est pas que féministe ; il est identitaire et nationaliste. Son combat ne se comprend qu’à la lumière de cette connaissance (facile à obtenir, puisque c’est indiqué sur leur site). Leur irruption dans des défilés féministes dirigés contre les mâles blancs (ceux qui s’excusent platement ; pas les autres mâles, qu’elles redoutent) montre leur volonté de témoigner de la cécité partielle d’autres mouvements dits féministes. Bien sûr, tout ce petit monde est prêt à filmer et diffuser le moindre dérapage de l’autre camp pour étayer son point de vue auprès de l’opinion publique.

Un dernier exemple nous est fourni par le sacro-saint combat LGBTQIIAAHJDHOCNOHZHDIO+-. Vous avez juste affaire dans la majeure partie des cas à des personnes instables, en mal de reconnaissance, et geignardes. Des adultes qui voient l’État comme l’enfant voit ses parents : une autorité capable de lui donner raison et de satisfaire ses moindres caprices. Leur rhétorique se mord la queue, leurs arguments sont contradictoires. Réalisez l’incurie de la pensée de certains : dans « LGBT », le « B » signifie « bisexuel » (sous-entendu, il y a deux sexes) ; les mêmes nous expliquent aujourd’hui qu’il y a des dizaines de genres… Parle-t-on de Pokemon ou de souffrance ? Ne vous laissez pas enfumer par le jargon pseudo-scientifique qu’ils utilisent. Ces gens refusent de s’adapter au monde et demandent au monde de s’adapter à eux : c’est impossible. Ce faisant, ils occultent des personnes (sans doute une infime minorité, mais une minorité existante) qui souffrent réellement d’une dysphorie de genre et se voient représentés par des imbéciles se définissant comme « ours non-binaire poilu lesbienne gender fluid ».

La liste est interminable : en fait de « débat » (Larousse : « Discussion, souvent organisée, autour d’un thème« ), nous assistons davantage ces jours-ci à une foire d’empoigne dans laquelle les candidats sont dénués de la moindre considération pour leur adversaire et pour les Français. Emmanuel Macron, qui esquive le débat, montre ainsi implicitement qu’il sait la puissance des mots (il a peu d’arguments et beaucoup d’éléments de langage ciblant des catégories précises) et la force du contexte (son quinquennat déplorable le rend vulnérable).

Conclusion : réapproprions-nous le réel !

Cette disruption permanente des mots, ce camouflage du contexte, cette quantité considérable d’informations à traiter concourent à modeler notre façon de penser le monde, de nos conversations amicales au bulletin de vote que nous glisserons (peut-être) dans l’urne pour l’élection présidentielle. Vos représentations du réel sont biaisées par des gens parfois intelligents et éduqués qui tentent de nous manipuler, souvent par des égoïstes ne servant que leurs petits intérêts. Or, ce sont ces représentations mentales qui façonnent nos amitiés et inimitiés, nos accords et désaccords, nos grandeurs et nos bassesses. Être un fasciste serait acceptable si vous êtes de gauche et que des médias vous appellent « antifascistes » ? Allons donc !

Redonnons leur sens réel aux mots, et ajoutons-y une acception particulière liée à notre personnalité ; mais partageons tous une base linguistique et des connaissances communes pour penser le monde à l’aide d’un code compréhensible par tous !

Dans cet article, j’ai donné des exemples : peu importe que vous soyez d’accord avec moi et avec ma grille de lecture ; soyez en désaccord, justement ! Mais de grâce, pensez votre désaccord, prenez le temps d’apprécier ou de fustiger les mots que j’ai écrits et la pensée que j’ai formulée, développez vos propres exemples et arguments, entraînez votre pensée ! Alors, la pire chose qui pourrait nous arriver serait de débattre de nos conceptions grâce à un langage commun. Heureusement, nous sommes encore nombreux à le faire.

[1] https://www.causeur.fr/la-guerre-de-l-attention-yves-marry-et-florent-souillot-229494

[2] https://www.babelio.com/livres/Brighelli-La-Fabrique-du-Cretin–La-mort-programmee-de-lec/13338

[3] https://www.huffingtonpost.fr/entry/mathieu-kassovitz-et-le-photographe-jr-en-soutien-a-lukraine_fr_622f65b9e4b0d1329e88ab88

[4] https://www.leparisien.fr/culture-loisirs/cinema/mathieu-kassovitz-les-racistes-ont-perdu-leur-combat-04-08-2020-8363109.php

[5] https://www.msn.com/fr-fr/divertissement/celebrites/nous-sommes-m%C3%A9tiss%C3%A9s-de-souche-le-message-de-mathieu-kassovitz-%C3%A0-eric-zemmour/ar-AARTllx

[6] https://www.causeur.fr/caroline-de-haas-feminisme-gouvernement-violences-sexuelles-171247

« Notre-Dame brûle » : la foi à l’épreuve du feu

Pour son 15ème long-métrage, le réalisateur Jean-Jacques Annaud nous offre un film impressionnant et réaliste. La reconstitution heure par heure du terrible incendie du 15 avril 2019 est d’autant plus prenante qu’elle aborde en creux un sujet marquant : celui de la foi catholique mourante, dont les monuments sacrés sont relégués au rang de manne touristique lucrative.

Lundi 15 avril 2019, 18 h 17. L’alarme incendie de Notre-Dame se déclenche. Le chef de la sécurité, dont c’est le premier jour de poste, signale immédiatement l’alerte. La messe en cours est suspendue au grand agacement du prêtre officiant, habitué aux dysfonctionnements de la détection incendie ; les touristes sont évacués. Un vigile -asthmatique- monte examiner la charpente, mais ne trouve rien. Il n’a pas vu ce qu’une caméra a montré au spectateur : la cigarette allumée, poussée par le vent dans la charpente en bois, et dont la fumée a activé le détecteur incendie.

Les touristes sont alors invités à revenir dans l’édifice. Ils sont partout : la scène inaugurale suit d’ailleurs des guides présentant en différentes langues Notre-Dame à leurs ouailles en goguette. Elle témoigne assez finement de l’immense symbole qu’est la cathédrale, et montre simultanément l’intense activité touristique qu’elle génère, les visiteurs étant nettement plus nombreux que les fidèles assistant à la messe.

Lorsque l’alarme se répète, le vigile retourne examiner la charpente, et ne constate toujours rien d’anormal. Ses propos sur les nombreux dysfonctionnements du système anti-incendie qui n’ont pas été pris en considération donnent un écho terrible au rapport de Paolo Vannucci commandé par Manuel Valls en 2016, qui concluait à la nécessité de remédier à la quasi-inexistence de systèmes de protection de la toiture contre l’embrasement… mais ne fut pas utilisé à l’époque. Lorsque le vigile referme la porte, les fumées montent déjà dans le ciel derrière lui -et les passants commencent à prendre des photos.

Un hymne aux pompiers ?

Finalement alertés par des signalements téléphoniques, les pompiers de Paris partent en mission. Ils deviennent alors les principaux protagonistes du film, luttant pour sauver Notre-Dame des flammes pendant plusieurs heures, parfois malgré elle, dont la structure et l’exigüité de certains accès gênent leur progression. On se prend à enrager contre tous les éléments qui ralentissent leur avancée : embouteillages et foules compactes, gouttes de plomb fondu trouant les lances anti-incendie, méconnaissance du vocabulaire spécialisé et du lieu qui ralentit leur recherche des saintes reliques, absence du régisseur qui a accès à des clés utiles, etc. Lucide, le général Gallet comprend que l’impact de l’incendie va avoir des répercussions politiques : « Ca va débarquer de partout : les officiels, les politiques, les célébrités. On va avoir deux feux à gérer« .

Extrêmement bien documenté, le film évite l’écueil facile de transformer les soldats du feu en héros extraordinaires dotés de caractéristiques morales surhumaines. Il nous donne à voir leur courage professionnel quotidien, eux qui réalisent en même temps que les témoins la gravité de la situation. Leur esprit d’entraide et leur code moral prennent alors tout leur sens, leur permettant de se secourir les uns les autres tout en surmontant leurs différences pour affronter un ennemi supérieur. Une scène marquante montre d’ailleurs un désaccord entre un pompier et son officier, qui ne prend pas en compte son avis. Le premier ironise en lançant au second que lui « n’a pas la chance d’avoir des parents riches ni d’avoir fait une école d’officiers« . Plus tard, l’officier écoutera cette fois le conseil de son subordonné, qui a identifié un foyer susceptible d’être circonscrit. En envoyant une équipe, ils parviendront à éteindre l’incendie après 15 heures de lutte, ensemble dans le brasier.

Finalement, le film n’est pas un hymne aux pompiers ; il montre des pompiers qui sont eux un hymne au courage, à l’entraide, et à l’abnégation. Ils luttent contre l’ennemi qu’ils ont choisi en embrassant cette carrière.

Un « ennemi charismatique« 

Cet ennemi, c’est le feu, « le plus charismatique des méchants« , dixit Jean-Jacques Annaud. On ne peut que lui donner raison, tant les pluies d’étincelles, l’enfer du brasier, les effondrements enflammés et la perfidie des flammes constituent des éléments cinématographiques extrêmement impressionnants visuellement.

Le feu colore certaines scènes de façon infernale -la tentative d’identification infructueuse du foyer principal de l’incendie par exemple-, et en nimbe d’autres d’un halo quasi-surréaliste, donnant une dimension mystique à la recherche de la couronne d’épines du Christ. Sa violence en fait l’antagoniste principal du film, projetant les pompiers sur plusieurs mètres lorsque le plafond de la nef s’effondre. En prenant le parti de privilégier plutôt des plans fixes travaillés à la caméra à l’épaule, Annaud donne à voir des tableaux spectaculaires qui donnent au film sa véritable dimension cinématographique et visuelle.

Le feu incarne ici le Mal immatériel qui sourd partout et hurle même férocement ; par moments, le spectateur devient le témoin de la lutte entre Satan et Dieu, représentés respectivement par les flammes et Notre-Dame. Seule la véracité des faits présentés lui rappelle que ce qu’il voit a bien eu lieu.

La dernière bataille contre l’incendie, scène marquante

L’ultime tentative des pompiers sera la bonne. Alors que l’un d’eux -le seul pompier resté sec, donc capable de s’aventurer au plus près du feu- lutte contre le foyer proche du bourdon pour éviter l’effondrement de la cloche colossale, celui qui a permis d’entreprendre cette dernière bataille entend les chants d’espoir venus de la foule.

Cette scène, qui utilise des images d’archive, nous rappelle avec émotion que la foi s’est trouvée magnifiée ce 15 avril, alors que des Chrétiens se sont mis spontanément à entonner en foule le « Je vous salue Marie » et d’autres prières. L’incendie avait ce soir-là redonné de la ferveur aux croyants d’une religion que l’on enterre parfois trop vite, et dont la vitalité s’était alors manifestée avec beauté et émotion. Aidé par un montage remarquable et efficace, le réalisateur choisit ici d’entremêler les images de fidèles chantant et celles de la bataille de la dernière chance contre le feu. Les chants sacrés sont transfigurés, et cette catharsis spontanée devient l’outil indispensable de l’ultime exorcisme qui permet la victoire des pompiers.

Émouvant sans le vouloir, impressionnant à dessein, le film donne matière à une réflexion sur l’état de la foi catholique, parfois plus vivante qu’il n’y paraît, mais menacée par des hérésies modernes comme le matérialisme, l’économie, ou la perte de transcendance. Avec « Notre-Dame brûle », Jean-Jacques Annaud montre encore une fois sa formidable maîtrise de son art et son talent unique de cinéaste régulièrement capable d’utiliser le réel pour le dépasser et édifier le spectateur. A voir absolument !

La guerre en Ukraine, c’est mal : merci pour l’info les footeux !

Quelle sera la cause du jour ?

Joueurs du FC Barcelone et de Naples tenant une pancarte « Stop War » avant le match retour de Ligue Europa le 25 février 2022.

Après avoir tergiversé un temps, la FIFA a décidé d’exclure les clubs et l’équipe nationale russes de toutes les compétitions suite à l’invasion de l’Ukraine. Au-delà de cette crise, constatons que le foot mondialisé, pur produit de consommation, épouse toutes les causes validées par le sacro-saint triumvirat médias/politiques/marques. Impossible de se détendre pendant un match désormais, on veille à vous inculquer la vertu honorable. 

La vertu honorable, vous savez, celle qui n’engage à rien… mais qui vous fait appartenir au camp du Bien.

Je le confesse : j’aime encore le football. Je sais que c’est bête, je vois bien que le spectacle grand public dont l’on nous gave n’a plus rien à voir avec une certaine idée de ce sport, mais tant pis. Il me reste encore quelques raisons de suivre la saison : le talent, les plans de jeu, la tension inhérente à certains matchs, l’espoir de buts d’anthologie ou de faits de jeu marquants.

Mais il y a une énorme différence entre le football amateur et sa version mondialisée et commerciale conçue par la FIFA (on en parlait déjà ici). Et cette dernière version commence sérieusement à me courir sur le haricot. Impossible de se détendre : clubs, joueurs et sponsors bavent leur moraline à deux balles par tous les moyens possibles.

La tendance du jour : à bas la guerre !

La grande cause du moment, c’est la guerre en Ukraine. Le mot d’ordre est simple : il faut arrêter la guerre, la guerre c’est mal, à bas la guerre, vive la paix. Comme c’est profond, quelle puissance ! Qu’on ne se méprenne pas sur mon propos : déplorer la violence guerrière est une réaction plutôt naturelle chez moi, même si je sais qu’il y a des guerres malheureusement nécessaires.

Le problème, ce sont les moyens employés : en quoi 22 types en short tenant une pancarte « STOP WAR » avant un match de Ligue Europa vont-ils changer quoi que ce soit ? Que croient faire les diffuseurs du championnat espagnol en insérant un bandeau « Stop invasion » durant les retransmissions ? Ont-ils réellement imaginé que Vladimir Poutine, impressionné par tant de détermination, y réfléchira à deux fois avant de donner libre cours à ses lubies tsaristes ?

BeIn Sports prend tous les risques avec son bandeau « Stop invasion » (capture d’écran YouTube).

BLM, LGBT, racisme, respect…

Ça a commencé quand, cet affichage de vertu indécent et ostentatoire ? On a eu les campagnes « No to racism », les brassards et maillots LGBT, etc. Depuis deux ans, on assiste au spectacle du genou à terre au début de chaque match, diktat Black Lives Matters oblige. Quand je vois les joueurs et l’arbitre s’agenouiller ainsi, je ne peux m’empêcher de penser à des chevaliers se faisant adouber. Sauf que dans ce cas, l’adoubeur n’est pas le monarque, mais les annonceurs, les sponsors et les médias, tous complaisants avec le wokisme.

Si le joueur n’affiche pas la vertu appréciée ou – pire – s’il prétend penser par lui-même, on le rétrograde vertement. Le joueur de Crystal Palace (Premier League) Wilfried Zaha a ainsi été sommé de se justifier médiatiquement parce qu’il avait refusé de poser le genou à terre. Parfois, les contrats de sponsoring sont rompus. Nike a ainsi mis fin à son contrat avec le joueur de Manchester United Mason Greenwood soupçonné de viol… alors que l’enquête était encore en cours d’instruction. Le licenciement expéditif est une réalité dans ce milieu. Le cas récent d’Aleksandar Katai, viré de la franchise américaine des LA Galaxy, en raison des tweets postés par sa femme (plus que douteux, certes), est éloquent : un salarié renvoyé pour quelque chose qu’il n’a pas fait et dont il n’est pas responsable, en voilà une vertu !

Faites ce que je dis, pas ce que je fais

Au-delà de la stérilité de ces manifestations, on pourra discuter des aspects moraux de certaines initiatives. Cet amour dégoulinant ont quelque chose de repoussant ; c’est gênant. Ces gens-là clament des slogans pour s’acheter une vertu et être validés, mais bien peu font ce qu’ils disent.

Lilian Thuram fustige le racisme ? Lui-même s’est vu reprocher par Fabien Barthez une tentative d’exclusion de certaines photos des joueurs blancs de l’Équipe de France…  De nombreux clubs participent à la campagne “Football vs. homophobia” en février ? Pourtant, cela reste un milieu où il est mal vu d’être homosexuel. Le très titré footballeur allemand Philip Lahm, dans une biographie parue il y a un an, conseillait carrément aux joueurs homosexuels de garder le secret parce “qu’il y a encore un manque d’acceptation dans le monde du football”. On vous chante les bienfaits du “respect” ? Il semble pourtant que les footballeurs fournissent régulièrement sur les terrains un contingent conséquent de bagarreurs, tricheurs ou agresseurs… Il y aurait trop d’exemples à donner ici.

Et le respect de la présomption d’innocence ? Et la liberté de penser ? Et l’universalité des causes défendues ? Bref, les acteurs du football FIFA sont des hommes comme les autres : partant, qu’ils arrêtent de nous emmerder avec leurs leçons de morale.

Football inclusif: j’ai fait un rêve…

On pourrait conclure en imaginant un match de football dans cinq ans. Après avoir posé un genou à terre (pour BLM, contre le racisme), des joueurs revêtus d’un maillot arc-en-ciel (pour la propagande LGBT) arborant un clitoris (pour le féminisme) courront masqués (le coronavirus étant toujours dans les parages) derrière un ballon. L’arbitre ne donnera plus de cartons, jugés trop stigmatisants (halte à la nullophobie !) et les défaites seront interdites pour la même raison. À la mi-temps, les joueurs feront une ronde pacifique pour la paix dans le monde. Enfin, des groupes de parole seront organisés en troisième mi-temps dans le vestiaire, pour discuter de leur “vécu”(il est temps de causer masculinité toxique et homophobie).

En fait, la vertu, c’est comme la confiture ; moins on en a, plus on l’étale.