Coupe du Monde au Qatar : le bon côté des choses

Haro sur le boycott : la 22ème édition de la grand-messe du football mondialisé pourrait nous enseigner quelques leçons fondamentales… Qui l’eût cru ?

Logo de la Coupe du monde de football 2022.

Cela n’aura échappé à personne : la Coupe du monde de football 2022 n’avait pas encore débuté qu’elle faisait l’objet de nombreuses polémiques. Les annonces de boycott se sont multipliées, et les indignés de tout poil sont d’accord sur un point : nos valeurs ne sont pas à vendre pour quelques pétrodollars et un ballon.

Les critiques visant le petit émirat ne sont pas surprenantes : elles se multiplient depuis que Doha a obtenu l’organisation de cette Coupe du monde il y a 12 ans. Ce qui étonne, en revanche, c’est la façon dont les buzz se muent de façon insoupçonnée en véritables leçons de réalisme et de lucidité.

Nous avons encore des valeurs

D’abord, l’État, via certaines municipalités, retrouve quelque peu le sens de la responsabilité. En effet, plusieurs villes françaises ont décidé de se joindre au boycott : pas d’écran géant ni de fanzones dans les lieux publics. Une bonne nouvelle pour les comptes publics, qui devraient servir à des choses plus urgentes que la diffusion de matchs de football ou la création de bars éphémères.

Nous assistons aussi subitement à l’émergence de valeurs qu’on croyait relatives ou disparues, et qui l’emportent même sur la fête et la jouissance permanentes. Nous n’allons pas encore jusqu’à nous battre pour elles et à les sanctuariser au quotidien, mais c’est un bon début. Le quasi-esclavage des ouvriers morts durant la construction des stades, le gâchis écologique, la compromission des valeurs universalistes nous heurtent, prouvant ainsi qu’il est encore possible de s’extirper de l’état léthargique et hédoniste qui est celui habituel d’Homo festivus pour défendre un idéal plus grand.

L’affaire du brassard LGBT que ne portera pas Hugo Lloris est emblématique de ce réveil : un grand nombre d’internautes ont soudainement érigé la tolérance et l’universalisme en vertus cardinales avec lesquelles on ne peut pas transiger. Personne n’a été dupe des propos du gardien de l’équipe de France, lorsqu’il affirme qu’on demande simplement aux joueurs de « jouer au football« . Si le football FIFA n’était qu’un sport détaché de la politique, il n’y aurait ni drapeaux de l’Ukraine lors des retransmissions de matchs, ni genoux au sol en signe d’allégeance à Black Lives Matter. Du coup, Lloris a défendu sa compromission position en invoquant… le respect des lois et moeurs du pays hôte. Intéressant !

Nous savons encore réfléchir…

On n’y croyait plus : les occidentaux connaissent toujours l’importance de l’intégration et du respect des coutumes d’un pays qui vous accueille ! Nous, les champions des accommodements déraisonnables et de la compromission douteuse lorsqu’il s’agit de faire respecter nos moeurs et appliquer nos lois par des étrangers, sommes devenus des thuriféraires de l’intégration lorsque nous nous rendons dans d’autres pays.

Sur BFM TV, dans les fils de discussion Facebook, on peut lire des propos affirmant que « nous devons respecter leur culture et les règles qu’ils établissent« , ou que « personne ne trouve à redire par respect aux règles d’hospitalité en premier et aux lois imposées par chaque pays » (sic). Les commentaires et témoignages abondent, qui vont dans le sens d’un réveil salutaire ! Prochaine étape : l’appliquer chez nous.

Capture d’écran Facebook.

Enfin, on profite de cette Coupe du monde pour démasquer l’imposture de l’appropriation culturelle ! Lorsque le président de la FIFA Gianni Infantino donne une conférence de presse surréaliste où il explique se sentir « gay« , « migrant« , « arabe« , personne n’a moufté. Il a bien été accusé de « pink washing« , mais c’est à peu près tout.

On peut en tirer une leçon : nous n’aimons l’appropriation culturelle que lorsqu’il s’agit de battre notre coulpe. Son but réel est d’affaiblir la civilisation occidentale, puisqu’elle disparaît lorsqu’elle vise à défendre l’indéfendable venant de l’Autre. Nous sommes à deux doigts de comprendre l’ampleur de cette arnaque rhétorique, et c’est là aussi une bonne nouvelle !

… mais notre Dieu est un tyran

La dernière leçon est très importante, puisqu’elle concerne notre misérable religion, centrée autour du Dieu Argent. L’argent explique plusieurs choses : la relativisation de certaines pseudo-valeurs, l’hémiplégie de la pensée (je ne dénonce pas quand il est question de gros sous), les compromissions, la rhétorique biscornue, la cécité écologique (on râle mais on y va et on diffuse les matchs quand même), etc.

Soyons honnêtes : je comprends le mépris du Qatar et d’une partie du monde musulman à l’endroit des Occidentaux lorsque je vois notre façon d’agir dès lors qu’il y a de l’argent à gagner. Les revirements et mensonges de l’émirat fonctionnent, car ils sont de puissants investisseurs dans nos pays et graissent la patte de notre personnel politique (lire l’édifiant livre « Nos très chers émirs » des journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot). Ils font trop aisément pardonner leurs manquements en signant quelques chèques. Je comprends l’absence de respect pour une civilisation dont la dignité, la fierté et les valeurs s’achètent.

Espérons maintenant que nous saurons retenir ces leçons et appliquer ces enseignements hors du festival économico-festif qu’est la Coupe du monde !

Démocratie par la peur : quelques pistes pour résister intellectuellement

« Celui qui contrôle la peur des gens devient le maître de leurs âmes« : Macron, Poutine et consorts ont bien assimilé cette maxime de Machiavel. Heureusement, il reste au citoyen des pistes pour résister et construire sa pensée.

Le Voyageur contemplant une mer de nuages, tableau de Caspar David Friedrich.

Gilets jaunes : 353 personnes blessées (dont 30 éborgnées), une répression digne d’un printemps arabe raté, la population choquée. Covid : décompte macabre du nombre de morts, privation de libertés au nom de la responsabilité (avec des arguments du type « vous pouvez tuer des gens en sortant de chez vous« ), flicage mutuel des citoyens entre eux, ambiance de trouille et de délation (lire notre article en trois parties sur le sujet). Rentrée 2022 : « fin de l’abondance et de l’insouciance » -c’est vrai qu’on se marrait tous les jours jusqu’ici-, crise énergétique. Et toujours, les pénuries de PQ.

Pendant ce temps, Xi Jinping assoit sa domination sur 1,4 milliard de Chinois et Vladimir Poutine, isolé, agite la menace de l’utilisation d’armes nucléaires dans sa guerre express ratée en Ukraine. Les mollahs répriment durement les manifestations en Iran. Votez pour moi, sinon c’est la guerre civile ! Ne vous mettez pas en travers de mon chemin, ou j’appuie sur le bouton rouge ! Attention, je vais frapper ! Entendez-vous le bruit des bottes ? La rhétorique de la peur s’empare à nouveau d’une bonne partie du monde, incluant le sacro-saint cénacle de la démocratie occidentale.

Les hommes méritent leur tyran : La Boétie l’avait compris il y a longtemps. Mais que peuvent faire les citoyens qui refusent ce jeu de la terreur et tiennent à garder le contrôle de leur âme, de leur raisonnement, et leur intégrité morale et intellectuelle ? Voici quelques pistes, que je pratique franchement, en tentant d’éviter les excès. L’objectif : retrouver une certaine indépendance comportementale et d’idées quand votre environnement tente de vous ramener à vos peurs ataviques.

Informez-vous

Premier conseil : informez-vous ! Encore faut-il définir ce que signifie s’informer. Informer, cela vaut dire aller à la recherche de l’information, et rassembler des informations sur un même sujet. Oui, les réseaux sociaux et les pure players sont utiles pour avoir un résumé des faits. Mais Facebook, LinkedIn, YouTube, etc. fonctionnent grâce à des algorithmes qui détectent ce que fait l’utilisateur pour lui proposer des contenus susceptibles de lui plaire ou de l’intéresser. En matière d’information, cela s’appelle la « bulle de filtres« , un concept développé par Eli Pariser. La conséquence majeure de ce contenu sur-mesure est un isolement intellectuel : vous tournez en rond en ne faisant que valider vos raisonnements antérieurs grâce aux nouvelles informations auxquelles vous accédez.

Il faut donc aller plus loin : consultez les médias que vous aimez, mais aussi ceux dont vous appréciez moins les contenus. Leurs contenus respectifs présenteront des différences et des ressemblances : elles vous permettront de comprendre ce qui relève de la ligne éditoriale du média et ce qui est tangible ou vraisemblable. Si l’information vous permet de voter, de façonner votre raisonnement et votre rapport au monde : informez-vous bien, multipliez les sources d’information pour confronter les versions, approfondissez les sujets qui vous semblent importants, et surtout ne vous contentez pas d’une tambouille prémâchée qui conforte simplement votre opinion préexistante.

N’ayez pas d’avis sur tout

Durant la crise générée par la gestion politique du Covid, nous avons découvert avec surprise et joie que la France ne comptait pas moins de 70 millions de virologues professionnels. Plus sérieusement, on observe -toujours sous l’effet d’internet en général, et des réseaux sociaux en particulier- une tendance nette qu’ont la plupart des gens à exprimer un avis sur à peu près n’importe quel sujet. Mais qui sont ces gens capables d’avoir un avis sur tout, comme s’ils passaient leur vie à s’informer sur tous les sujets dont on parle ?

Freepik.

Je n’ai pas d’avis sur tout. Libres Paroles ne traite pas (encore) d’économie, car je ne pense pas avoir quelque chose à dire sur un sujet que je n’ai jamais étudié et où je sais avoir de sérieuses lacunes. Il ne s’agit pas de se taire systématiquement : personne ne sait tout sur un sujet, certains en savent simplement plus que d’autres. A l’inverse, s’exprimer tout le temps -généralement pour obtenir la validation d’un groupe social ou jouir en agaçant un adversaire derrière son clavier- n’a aucun sens. L’humilité est une valeur cardinale : quand on ne pense pas savoir, on écoute ceux qui ont quelque chose à dire.

Arrêtez l’ultracrépidarianisme : ayez un avis construit sur des sujets que vous maîtrisez correctement, cela vous rendra plus crédible que quelqu’un qui récite des mantras bienséants et en vogue sur des sujets qu’il ne connaît pas. Inutile de citer des exemples de ces mantras bébêtes : chacun les verra où il veut en fonction de ses opinions.

Écrivez

Qu’on aime Éric Zemmour ou pas, on peut difficilement nier qu’il est un adversaire de très haut niveau lors d’un débat. Mais qu’a-t-il de plus que ses opposants ? Deux choses : primo, il a visiblement beaucoup lu, et s’est donc informé ; secundo, il a écrit. La différence est de taille au moment de croiser le fer avec Marlène Schiappa (auteur de quelques bouquins de médiocres), par exemple.

Écrire avec sa main et un stylo (en effectuant le « geste graphomoteur » avec un « outil scripteur« , comme dirait l’Éducation nationale), c’est préciser sa pensée en deux temps. D’abord parce que la pensée est plus rapide que l’écriture : donc, vous avez le temps d’améliorer et de revoir vos termes et vos phrases (terminologie, ordre, syntaxe, références, arguments…) en écrivant. En pensant à un bout de phrase à la fois, vous allez le consolider le temps de l’écrire. Ensuite, vous pouvez lire ce que vous avez écrit une fois que vous avez posé votre stylo.

Face à votre pensée extériorisée et tracée, vous pourrez plus facilement remarquer si des inepties ou des incohérences émaillent votre raisonnement. C’est plus difficile de faire cet exercice à la vitesse de la pensée ; voilà pourquoi l’écriture présente un double avantage considérable pour penser par soi-même.

Confrontez vos avis

Suite logique des trois premiers conseils : quand vous vous êtes informé et que vous avez un avis structuré et réfléchi sur un sujet, discutez-en ! Confrontez votre opinion avec celle de deux types de personnes : celles qui sont d’accord avec vous, et celles qui ne sont pas d’accord avec vous. En somme, Montaigne avait raison : « Il faut voyager pour frotter et limer sa cervelle contre celle d’autrui« . Inutile de réserver un vol Easyjet : ce voyage, c’est le débat, condition indispensable d’une démocratie saine ; une condition qui nous fait cruellement défaut en France par les temps qui courent.

Les personnes qui sont d’accord avec vous exposeront pourtant de temps en temps des argument différents des vôtres. Eh oui : plusieurs chemins peuvent mener à une même conclusion. Vos détracteurs, eux, vous permettront de tester la solidité de votre culture sur un sujet et de votre raisonnement général sur ledit sujet. Ils vous coincent avec un argument ? Vous avez donc trouvé une faiblesse dans votre pensée, sur laquelle vous pourrez vous pencher pour la renforcer… voire même changer d’avis, ce qui n’est pas nécessairement une preuve de faiblesse. En cas de débat tournant à votre avantage (adversaire mauvais, peu cultivé, ou n’ayant pas lu mes deux précédents conseils), vous aurez alors peut-être prêché votre bonne parole.

Freepik.

De grâce, ne cédez pas à l’anathème et au point Godwin : ne l’utilisez pas gratuitement pour masquer l’inanité de vos propos, et ne vous justifiez pas si on l’emploie à tort contre vous pour vous disqualifier. Riez de l’anathème : le rire, arme symbolique puissante, réduit l’injure à néant.

Dans les deux cas, vous renforcerez et affinerez votre système de pensée et vos arguments. Et si vous manquez de débatteurs, l’exercice rhétorique du dissoï logoï peut se pratiquer tout seul. Le principe ? Prenez un sujet, par exemple la guerre en Ukraine. Trouvez d’abord tous les arguments en faveur de cette guerre. Fouillez, réfléchissez, mettez-vous dans la peau d’un fanboy inconditionnel de Poutine et lancez-vous. Quand vous ne trouvez plus rien, faites l’exercice inverse : imaginez tous les arguments en défaveur de cette guerre. Peu importe que vous soyez pour ou contre, vous forcer votre logique pendant une moitié de l’exercice : c’est le but. Vous serez ainsi mieux préparé pour un débat, et vous aurez étayé votre raisonnement.

Conclusion

Si tous les systèmes totalitaires cherchent à terroriser et à endoctriner l’esprit des citoyens -les jeunes en particulier-, ce n’est pas un hasard : la peur empêche de réfléchir, elle limite votre pensée et vous ramène à des émotions primaires. Il s’agit maintenant de se détacher des réflexes biologiques pour ajouter la culture à l’équation.

Penser par soi-même est l’une des clés pour comprendre et maîtriser davantage le monde et sa propre pensée. Il ne s’agit cependant pas d’une pratique d’ermite retiré : même Zarathoustra est descendu de sa colline pour apporter le fruit de sa réflexion aux hommes. Il faut donc se donner les moyens de penser par soi-même (s’informer et prendre le temps de construire une opinion réfléchie), puis ensuite confronter cette opinion au monde réel.

Et vous, avez-vous d’autres conseils à donner pour résister à la rhétorique de la peur et penser par soi-même ?

Gifleur de Macron : du crime de lèse-majesté en France

La Cour d’appel de Grenoble a confirmé hier les peines prononcées à l’encontre du gifleur d’Emmanuel Macron, Damien Tarel. La justice peut donc être sévère et exemplaire en France.

Capture d’écran BFM TV.

Privation des droits civiques, interdiction de détenir ou de porter une arme et interdiction d’exercer dans la fonction publique confirmées : Damien Tarel n’aura pas eu gain de cause. Celui qui avait giflé le président de la République le 8 juin 2021 avait été condamné deux jours plus tard à 18 mois de prison, dont 14 avec sursis (avec mandat de dépôt, preuve de la dangerosité de l’individu !).

Un acte contre-productif

Mettons les points sur les « i » : je ne cautionne pas du tout l’acte de M. Tarel, quand bien même je partagerais ses motivations. Loin de faire consensus, la gifle a indigné l’ensemble de la classe politique, notre personnel politicien demandant des sanctions exemplaires et se montrant subitement capable de percevoir la puissance des symboles (quand elle ne voit que des « faits divers isolés » par ailleurs). Pour isoler ou affaiblir Macron, il y a mieux.

De plus, Damien Tarel avait « reconnu » (AFP) son ancrage à la droite de l’échiquier politique, et a donné par son geste une piètre image de son courant de pensée. On note d’ailleurs la terminologie étrange de l’AFP dans le Figaro du jour : on « reconnaît » une faute, pas une appartenance politique. Être à droite serait donc une faute politique ou citoyenne ?

Si son crime de lèse-majesté s’est avéré plutôt stérile en soi, ses conséquences sont elles extrêmement instructives cependant.

Les leçons de la gifle

On peut en effet tirer deux enseignements majeurs du « Gifle-gate ».

Premièrement, et contrairement à ce que serinent des esprits chagrins, la justice sait encore être rapide, efficace et ferme en France. On regrettera seulement que ces vertus ne s’appliquent qu’à l’autorité suprême de la démocratie et à ses affidés, et non pas à celui qui est le « démos » de la démocratie : le peuple lui-même.

Les Français qui divorcent passent 7 a 26 mois à régler leur séparation en justice ; des criminels sous l’emprise de stupéfiants sont relaxés ou échappent à l’emprisonnement car la jurisprudence invoque l’irresponsabilité pénale là où elle voyait auparavant des circonstances aggravantes ; les cas se multiplient où les auteurs présumés ne sont pas poursuivis en raison de vices de procédure, de manque de preuves, voire d’absence d’interpellations (on se souvient notamment des attaques de commissariats au cocktail Molotov), renforçant ainsi le « sentiment d’insécurité » de Francais pour lesquels jamais un sentiment n’a été aussi palpable.

Deuxième enseignement majeur : Emmanuel Macron, qui connaît bien les mots, ne les utilise toujours pas pour décrire le réel, mais pour façonner une vision du monde pétrie d’une idéologie foutraque et variable au gré des circonstances.

Ainsi, notre président a subitement montré les crocs face à la violence, lorsque celle-ci s’est manifestée physiquement à lui. Il a ainsi qualifié M. Tarel « d’individu ultraviolent« .

Les 75% de Français qui jugent « négatifs » le bilan de Macron en matière d’insécurité (Le JDD du 20/08/22) et les 500 victimes quotidiennes de vols avec violence apprécieront sans aucun doute cette fermeté. Souhaitons qu’elle s’applique un jour avec équité !

Faux militants écologistes, vrais vandales : le nihilisme en action

Loin de faire consensus dans l’opinion publique, le buzz recherché par certains militants et mouvements auto-proclamés « écologistes » est une insulte à la logique, à l’art, voire à la vie en société.

Tweet du compte « Letzte Generation » relayant la dégradation d’un tableau de Monet.

Demi-finale hommes interrompue à Roland-Garros, tableaux célèbres maculés de nourriture, véhicules dégradés, blocages de lieux publics ou d’autoroutes, opéra interrompu… Tout le monde a entendu parler de ces actions coup-de-poing survenues en 2022, actions dont la pertinence et l’impact sont inversement proportionnels à l’écho médiatique qui leur est complaisamment offert. On ne peut pas en vouloir totalement à ces militants, à qui l’on serine que l’éco-anxiété -la trouille du lendemain- est le signe d’un esprit sain. Consacrer une peur en vertu, le témoin d’une société malade ?

Où que ce soit, la rhétorique de ces militants et leurs modes d’action présentent des similitudes révélatrices.

L’eschatologie de la planète…

Ce qui frappe d’abord le citoyen, c’est la prégnance d’une vision apocalyptique du monde érigée en dogme inébranlable et indiscutable. Un rapport du GIEC donne 3 ans pour ralentir le réchauffement climatique et effectuer la transition énergétique souhaitable ? Et voici Alizée, 22 ans, persuadée que nous allons tous mourir dans 1 028 jours, qui interrompt la demi-finale hommes de Roland-Garros.

Les militants allemands qui ont tenté de vandaliser un tableau de Monet évoquent eux des énergies fossiles qui « nous tuent tous« . Soit ils y croient littéralement, mais paraissent curieusement bien vivants au moment de commettre leur acte étrange ; soit ils ont une pensée plus nuancée et affichent un discours irresponsable, car angoissant et culpabilisant.

L’absence de futur et la fin du monde constituent, à les entendre, le seul horizon de ces militants, qui appartiennent à des mouvements au nom souvent éloquent : « Dernière Génération », « Extinction Rébellion », « Dernière Rénovation », etc. S’il n’est pas question de nier le réchauffement climatique, ils déforment cette idée en vision délirante dans laquelle ils s’assurent le rôle du héros clairvoyant qui lutte pour sauver toute l’espèce d’une mort certaine. Une façon comme une autre de trouver un sens à sa vie, bien que celle-ci soit nuisible à la société.

… pour masquer l’indigence

Nuisible, oui ; car ces actions, qui sont à la portée du premier gogo un peu crédule, frappent par leur indigence. Qui peut croire en effet que cela permet de lutter efficacement contre la dégradation de l’environnement ? Comment tant de jeunesse, force vive s’il en est, peut-elle se perdre dans ce type de manifestations ?

Ils pourraient étudier pour rejoindre des équipes de chercheurs occupés à dépolluer les océans, à nettoyer la terre, à produire des matériaux biodégradables ; ils pourraient s’organiser pour ramasser des déchets comme le font régulièrement des milliers de bénévoles ; il y a tant de choses à accomplir, c’est vrai ! Cela leur permettrait d’agir réellement et de convertir ainsi leur préoccupation -assez partagée au sein de la population finalement- en projets utiles.

Mais ceux qui bloquent les autoroutes ou saccagent des véhicules privés allient l’indigence de l’acte à celle de leur rhétorique. La Joconde entartée ? L’entarteur demande : « Tous les artistes, pensez à la Terre. C’est pour ça que j’ai fait ça. » Relisez bien : il n’y a AUCUN rapport de causalité, mais une injonction visant à faire plier les artistes, sommés de dépeindre uniquement la mort de la planète et de l’espèce humaine (dans quel type de régime met-on le monde culturel au pas, déjà ?). À Londres, les militants qui ont lancé de la soupe de tomates sur le tableau « Les Tournesols » de Van Gogh ont justifié leur acte en expliquant que « la vie quotidienne est devenue inabordable pour des millions de familles qui ont froid et faim – elles n’ont même pas les moyens de s’acheter une boîte de soupe« . Gâcher de la nourriture pour en dénoncer le manque, n’est-ce pas là le degré zéro du raisonnement ?

Mauvais exemples

En fin de compte, ces actions de « désobéissance civile » -sémantique flatteuse qui permet de se rêver en éternel rebelle- sont contre-productives pour plusieurs raisons. D’abord, nous avons affaire à des personnes qui exigent des modifications de comportement de tous, mais ne pratiquent pas ce qu’elles prêchent. Ils parlent décroissance et sobriété, mais utilisent des smartphones bourrés de minerais rares pour relayer leurs actions et des matériaux polluants : bombes de peinture, colorants, etc. On repense aussi aux innombrables déchets abandonnés sur place après chaque manifestation, nécessitant l’intervention d’équipes techniques qui utilisent… des produits chimiques et des poids lourds. Finalement, le remède semble parfois pire que le mal.

De plus, les actions de ce type n’ont que peu de chances d’emporter l’adhésion de l’opinion publique (au-delà du microcosme de post-adolescents partageant les mêmes névroses et qui ont en commun de ne pas envisager de travailler plus dur pour mieux servir leur cause). Et ce, pour une raison simple : c’est au public qu’elles s’en prennent. Comment voulez-vous être écoutés si vous abîmez les oeuvres d’art aimées par le public, si vous tentez d’intimider, si vous retardez pendant des heures des milliers de personnes, si vous vous en prenez à leurs biens et à leur argent ? Vous obtiendrez au mieux le silence en imposant la terreur ; mais vous n’aurez jamais l’assentiment ou le respect.

Un autre élément qui aurait dû alarmer ces jeunes militants du chaos est le soutien que leur a apporté Sandrine Rousseau. Dans un tweet du 15 octobre, la commissaire politique du barbecue et de la chambre à coucher a écrit à propos du jet de soupe sur un Monet que « l’action de ces jeunes avec de la soupe est hyper intéressante parce que très dérangeante. La colère monte chez les jeunes contre l’inaction climatique. Et ils ont raison d’être en colère. Vraiment. »

Tout le monde devrait pourtant le savoir : lorsque Sandrine Rousseau soutient ce que vous dites et faites, c’est que vous vous êtes égarés. « Vraiment » !

Accusation d’appropriation culturelle : c’est tiré par les cheveux !

Des musiciens de reggae ont vu leur concert annulé. En cause : des spectateurs se sont trouvés « mal à l’aise » en les voyant s’approprier la « culture rasta ». En somme, le racisme gagne du terrain ; et cela ne choque toujours pas grand-monde.

Clip de la chanson « S’problem » de Lauwarm.

L’histoire semble incroyable ; pourtant, elle est vraie. Résumons : le groupe de reggae suisse Lauwarm devait se produire dans une brasserie de Berne le 18 juillet dernier. Or, quelques minutes après le début du concert, plusieurs spectateurs ont fait part de leur « malaise face à la situation » (sic), comme le raconte la version suisse du journal 20 minutes. L’origine de ce « malaise » ressenti par certains spectateurs visiblement fragiles ? Un délit d’appropriation culturelle. Offensés par des blancs portant des dreadlocks et jouant une musique d’origine jamaïcaine, ces hypocondriaques de la pureté ethnique dans la culture ont obtenu l’annulation du concert par les organisateurs. Ces derniers, sans doute apeurés par les tribunaux 3.0, ont même poussé l’obséquiosité en s’excusant « auprès de toutes les personnes chez qui le concert a provoqué de mauvais sentiments » (re-sic). Le chanteur du groupe s’est fendu d’un communiqué plutôt vaseux, tentant d’établir une distinction entre « inspiration » et « appropriation », et se défendant d’emprunter des thèmes « à la culture jamaïcaine ou à Jah Rastafari« . Il entérine ainsi la vision selon laquelle certaines personnes décident quel tel ou tel production culturelle serait leur pré carré, ôtant à la culture elle-même toute sa part d’universalité. Un monde formidable !

Tout le monde fait de l’appropriation culturelle !

Revenons aux spectateurs outragés, dont certains sont peut-être encore hospitalisés suite à une violente apoplexie due à la coiffure des musiciens. Les dreadlocks des musiciens ont été mentionnés comme un élément d’appropriation culturelle, puisque cette coiffure est supposée être l’apanage des Jamaïcains rastafaris. Comme nous l’apprend Wikipédia, les plus anciennes traces écrites mentionnant les dreadlocks nous sont fournies par… des écritures saintes du védisme, une ancienne religion de L’inde antique. Ce qui donne environ 2 000 ans d’avance à l’Inde dans la revendication de la paternité des dreadlocks ! Poursuivons le raisonnement : le metal est une musique inventée par des Occidentaux blancs. Or, plusieurs musiciens de metal sont noirs, à l’image du chanteur du groupe brésilien Sepultura, Derrick Green. Alors, fait-il de l’appropriation culturelle ? Faut-il priver M. Green de son gagne-pain en raison de sa couleur de peau ? Le rock est-il réservé aux blancs, et le reggae aux noirs ?

On mesure sans peine l’absurdité et l’horreur de telles propositions : chacun pourrait accuser son prochain d’appropriation culturelle, particulièrement dans un monde de culture mondialisée où Internet peut faire voyager l’art instantanément. Cette dys-réalité (une réalité non désirable) rappelle en tous points Le procès de Kafka, dans lequel un homme est jugé sans savoir de quoi il est accusé : petit à petit, Joseph K. (l’accusé) joue le jeu de ses accusateurs en cherchant à se défendre. Exactement comme les organisateurs du concert et les musiciens du groupe.

Mais pourquoi cette fausse accusation fonctionne-t-elle si bien ? Vous le savez déjà…

L’Occident, coupable de tout (et surtout de n’importe quoi)

Plutôt que de voir que des blancs jouant du reggae était une preuve du rayonnement de cette musique jamaïcaine (« s’inspirer d’un maître est une action non seulement permise, mais louable« , écrivait Alfred de Musset), certains les ont vilipendés pour leur musique et leur coiffure. Cela fonctionne toujours dans le même sens : l’appropriation culturelle est un délire authentiquement raciste qui ne vise que des blancs. Les accusations sont imaginaires et délirantes, vous interdisant pêle-mêle certains déguisements, certains vêtements, certains maquillages, certaines coiffures, etc. Le point commun des accusés : ils sont tous Occidentaux.

Cela n’arrive jamais dans le sens inverse : personne n’accuse un asiatique de porter un costume-cravate, personne ne vitupère contre une femme noire se faisant lisser les cheveux. L’appropriation culturelle n’est qu’un des nombreux outils de racistes ayant pignon sur rue, qui ne jugent autrui que sur la base de la couleur de la peau. Au lieu de souligner cet état de fait, les accusés s’excusent (presque) tous platement, ramollis qu’ils sont par la propagande progressiste et indigéniste selon laquelle tous les hommes sont égaux, mais certains plus que d’autres (Coluche).

L’histoire est simple : un groupe s’est vu interdire de jouer de la musique à cause de la couleur de la peau de ses musiciens. Et les organisateurs du concert tiendront le plus sérieusement du monde une table ronde le 18 août prochain sur le thème de l’appropriation culturelle.

Il y a quelques années, trois chercheurs ont récolté des éloges de plusieurs universitaires grâce à un essai prétendant d’après ses auteurs « examiner de manière critique la blanchité depuis la blanchité« . Il s’agissait d’un canular : pour montrer les dérives woke, les auteurs avaient simplement réutilisé des extraits de l’antisémite pamphlet Mein Kampf d’Adolf Hitler, en remplaçant le mot « Juifs » par « Blancs ». Nous n’avons rien appris depuis : la haine raciste est devenue dans certains cas le summum de la modernité.