Yuriy : médias publics, cachez cette violence que je ne saurais voir !

Après l’agression du jeune Yuriy à Paris, les choix éditoriaux et la sémantique retenue par certains médias publics français ne laissent pas d’interroger le citoyen. Ils semblent gênés par une pudeur excessive : on les a pourtant connus plus excités par le sang.

Les images du jeune Yuriy, frappé par une dizaine d’adolescents à coups de pied, de poing, et de marteau, alors qu’il est à terre, ont fait le tour des médias étrangers. Et ont une nouvelle fois choqué bon nombre d’observateurs et de citoyens.

À cette occasion, l’on peut s’étonner des choix sémantiques effectués par les médias, qui parlent bien trop d’une « agression » ou d’une « altercation » (« Échange bref et brutal de propos vifs, de répliques désobligeantes »…) Pourtant, la violence des images et les récits des témoins suggèrent plutôt une tentative de meurtre, peut-être même d’assassinat. D’étranges circonvolutions pour désigner les faits précisément : c’est dommage pour ceux dont le métier est de rapporter le plus objectivement possible.

Capture d’écran du site de France Info (source ici).

France TV, Radio France : la pudeur versatile

Drapé dans sa dignité, soucieux de ne pas donner du sang à son public, et inquiet du bon déroulement de la procédure judiciaire qui est probablement en cours, France TV a « choisi de ne pas relayer l’intégralité de ces images« , comme le rapporte France Info. Un choix qui l’honore et une pudeur empreinte de respectueuse discrétion.

Oui, mais… On a connu les médias publics moins timides par le passé. Ainsi, France Télévisions et France Info ne se sont pas fait prier pour diffuser les images de la mort de George Floyd, de l’agression du producteur Michel Zecler, de l’arrestation de Théo Luhaka, ou de violences policières en général.

On pourrait en déduire que ces médias choisissent de montrer les violences uniquement quand elles sont le fait de policiers, et occultent délibérément les violences dont les auteurs ne cadrent pas avec la théorie du vivre ensemble.

On pourrait aussi faire le lien avec leur politique éditoriale douteuse pour Radio France, voire illégale pour France TV. Mais ce serait penser à rebours du progrès.

Comment France Télévisions se mue en outil de propagande

Le groupe de télévisions publiques évolue en une officine propagandiste n’ayant rien à envier à la presse de l’URSS. Les Français financent par la redevance un matraquage permanent des esprits à sens unique, et la diversité des opinions meurt sous le regard satisfait de ceux qui pensent que c’est un progrès.

Propagande, image d’illustration (source : freepik.com)

« C’est l’un des droits absolus de l’État de présider à la constitution de l’opinion publique. » Cette phrase de Joseph Goebbels, Delphine Ernotte semble la faire sienne. Il ne s’agit pas ici de pratiquer une reductio ad hitlerum en comparant la patronne de France Télévisions au ministre de la Propagande du Troisième reich, mais de constater la similitude de plus en plus effarante entre les pratiques médiatiques du groupe de télévisions publiques français et la bonne vieille propagande d’État (toujours au nom du Bien, cela va de soi).

Anciennement groupe de médias dont le métier était de rapporter l’information pour aider les individus à façonner leur propre opinion, France Télévisions se mue en fabricant d’injonctions destinées à vous dire quoi penser, sur tous les sujets majeurs : société, sexualité, immigration, Europe, etc.

Une mue entamée dès la nomination de Delphine Ernotte en 2015…

Cette mutation profonde a démarré dès la nomination de Delphine Ernotte à la tête de France Télévisions le 22 août 2015. Deux mois après sa prise de fonction, elle déclarait à Europe 1 : « On a une télévision d’hommes blancs de plus de 50 ans et ça, il va falloir que ça change« . Regarder la couleur de peau des gens comme un critère de compétence, quel progrès !

Il ne s’agit en effet pas de lutter contre le racisme, qui est un ennemi mortel de toute civilisation ; mais de promouvoir des quotas diversitaires sur les antennes, au détriment permanent de ce que Mme Ernotte appelle « l’homme blanc« . L’on pourrait sourire avec compassion en voyant ce « progressisme » qui encourage à faire fi des différences, mais est le premier à les mettre en avant de façon obsessionnelle.

Cohérente, la tycoon déclarait en novembre 2020 qu’elle comptait rétablir le comptage ethnique (dans un pays où les statistiques ethniques sont interdites, ce genre de déclaration publique n’a même pas fait lever un sourcil de parlementaire) : « Ma méthode, c’est compter« . Consciente que l’argent est le nerf de la guerre, elle poursuivait explicitement : « On ne finance pas un projet quand la diversité n’est pas représentée. » Voilà qui est clair !

Mais cette nouvelle orientation ne s’occupe pas seulement de rétablir une ségrégation fondée sur la couleur de peau ou l’origine. On apprend avec stupeur dans Le Monde du 18 janvier 2021 que France TV incite maintenant ses rédacteurs en chef à parler davantage de certains sujets : diversité, mais aussi visibilité (?), Outre-Mer, ou encore Europe. Les bons élèves recevront une rémunération variable selon le nombre de fois qu’ils auront ânonné les mots-clés et les bonnes idées ; les autres devront trouver d’autres expédients pour gagner leur vie correctement.

… illégale et immorale à bien des égards

On peut encenser ces pratiques, on peut les réprouver : là n’est pas la question. Ces pratiques sont illégales de facto : elles contreviennent par exemple à l’article premier de la Constitution française, à la loi française, au Code du travail, et à de nombreuses conventions internationales ratifiées par la France.

Par ailleurs, les déclarations de Delphine Ernotte constituent un mépris total de l’éthique professionnelle des journalistes, formalisée notamment par la Charte de Munich en 1971. Cette Charte, qui présente les 10 devoirs et les 5 droits des journalistes, énonce notamment l’obligation morale pour les journalistes de « ne jamais confondre le métier de journaliste avec celui du publicitaire ou du propagandiste« .

Des journalistes très dociles

Le plus inquiétant dans toute cette histoire, c’est encore l’absence totale de réaction des principaux intéressés : les journalistes de France Télévisions eux-mêmes. Censés être les gardiens de la pluralité des opinions et de la production d’informations les plus factuelles possibles, ils n’ont absolument pas protesté contre ces déclarations extrêmement graves. Ils en ont pourtant les moyens.

Premier levier qu’ils auraient pu utiliser: le droit de grève. Les journalistes de France TV n’ont pas jugé utile de l’employer.

Deuxième levier : la clause de conscience. Cette disposition, exorbitante du droit commun, est tout à l’honneur de la France. L’article L7112-5 3° du Code du travail stipule en effet que lorsque la rupture du contrat de travail intervient à l’initiative d’un journaliste professionnel en raison du « changement notable dans le caractère ou l’orientation du journal ou périodique si ce changement crée, pour le salarié, une situation de nature à porter atteinte à son honneur, à sa réputation ou, d’une manière générale, à ses intérêts moraux » alors cette rupture produit les mêmes effets qu’un licenciement. L’employeur est donc tenu, dans ce cas, de verser au journaliste une indemnité d’un montant identique à celui prévu en cas licenciement et ce salarié peut prétendre – sous réserve d’une durée de cotisation suffisante- à l’indemnisation versée par pôle emploi.

Troisième et dernier levier : la plainte contre leur employeur. Au nom de la liberté d’expression et de la loi.

En l’état, l’absence d’objection ou de réaction des journalistes de France TV vaut in fine approbation de la nouvelle ligne éditoriale imposée par leur patronne. Ne dit-on pas que qui ne dit mot consent ? Ils entérinent ainsi une vision du monde dans laquelle les médias ne sont pas le 4e pouvoir de la République, mais les zélotes serviles d’une seule doxa et d’un seul courant d’opinion, au demeurant fort discutables.

Les Français ne sont pas dupes

Et les Français, dans tout ça ? Ils sont sommés de payer leur propre propagande, et ils la payent chaque année un peu plus cher. Le montant de la redevance audiovisuelle augmente chaque année : chaque foyer métropolitain équipé d’un écran TV a versé 138 € à l’État en 2020 (contre 116,5 € en 2004, inflation oblige).

Année après année, de nombreux sondages témoignent aussi de l’effritement du lien de confiance entre les Français et leurs médias. Dernier exemple en date : le 33e baromètre annuel réalisé par Kantar pour La Croix montre que 71 % des Français n’ont pas le sentiment que les médias rendent « mieux et davantage compte » de leurs préoccupations.

Cette évolution douteuse inquiète aussi quant au respect de la neutralité politique par les médias publics, qui est pourtant une obligation (le CSA est d’ailleurs censé en être le garant, interdit de rire !). Nous prenons ici l’acception suivante du mot « politique » : « La politique porte sur les actions, l’équilibre, le développement interne ou externe de cette société, ses rapports internes et ses rapports à d’autres ensembles. La politique est donc principalement ce qui a trait au collectif, à une somme d’individualités et/ou de multiplicités.« 

La défiance s’installe ; elle est alimentée par des orientations et pratiques plus que douteuses de la part de certains journalistes et patrons de presse. Cette crise médiatique appauvrit et crispe le débat public, dont la vitalité est pourtant une condition indispensable de toute démocratie moderne. Delphine Ernotte n’en a cure : elle va compter les blancs et les noirs.