« Casse-Noisette » est raciste ? Vite, des opéras de rap !

La solution à la musique classique, jugée trop raciste

Dernière conquête de la « cancel culture » dans le monde de la musique classique : le célèbre ballet « Casse-Noisette » a été déprogrammé de l’Opéra de Berlin. En cause : son innommable racisme. Heureusement que pour compenser, une bonne partie du rap français peut diffuser ses mélopées d’amour en toute liberté.

Il a répandu le venin du racisme pendant 129 ans dans l’esprit de millions de spectateurs. « Il », c’est le ballet « Casse-Noisette », composé par l’obscur Piotr Tchaïkovski. Les « spectateurs », ce sont ces êtres fragiles incapables de nuance et de recul, qui croient tout ce qu’ils voient. « Selon un podcast du Staatsballett, le public n’est pas encore prêt à bien comprendre ce qu’il voit sur scène […] », rapporte le journal allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung. Les images du Bolchoï (ci-dessus) recèlent en effet une violence raciste poussée à son paroxysme !

Heureusement, l’escouade « woke » -incarnée cette fois par Christiane Theobald, directrice par intérim du Staatsballett- a décidé d’épargner à ces âmes perdues la vision du Mal en puissance en déprogrammant le ballet cet hiver. En cause : l’acte II du ballet, qui montre des chorégraphies typiques de plusieurs nationalités, notamment orientales et asiatiques. « Nous devons nous demander si des éléments de l’époque de la création posent problème« , explique la SJW Theobald.

Mieux que se demander, elle y a répondu, puisque l’œuvre ne sera pas jouée. On voit ici l’abnégation totale des « éveillés », particulièrement vigilants quand il s’agit de musique classique. Ne soyons pas polissons et ne relevons pas leur contradiction à propos de cette musique qui serait un « privilège » d’Asiatiques et en même temps les représenterait de façon raciste. Ils sont fous, ces Asiatiques…

L’Opéra de Berlin a désormais un autre problème à gérer : il y a un trou dans sa programmation. Désireux d’aider les « éveillés » à apporter la lumière dans les ténèbres, nous proposons plusieurs pistes.

Pourquoi pas des ballets de rap ?

On pourrait aller plus loin, et jouer sur la scène des grands opéras des morceaux de rap dans des créations ambitieuses. Cela serait l’occasion de « dé-blanchiser » la musique classique, et d’ailleurs de dé-classiciser ce privilège musical de Blancs. En plus, ça donnerait l’occasion à des jeunes-issus-de-la-diversité de toucher un public inhabituel (bien que raciste et impressionnable).

En effet, le rap est une musique pleine d’amour, et un style regorgeant de talents. Chaque jour en France, de nombreux rappeurs saturent YouTube de leurs créations artistiques de haute volée pour mélomanes exigeants. Oui, il peut parfois s’y trouver quelques propos dérangeants, mais c’est pour faire réfléchir !

Amour et poésie dans le rap français (capture d’écran 20Minutes FR/YouTube).

Quand Nick Conrad chante par exemple « Je tue des bébés blancs, attrapez-les vite et pendez leurs parents, écartelez-les pour passer le temps, divertir les enfants noirs de tout âge petits et grands« , ce n’est pas du racisme pur et dur : c’est une courageuse dénonciation politique. « J’me rappelle étant p’tit, y avait beaucoup de gens qui voulaient pas être Noirs. J’ai entendu comme ça des trucs de torture, dans des films, dans des séquences » (sic), explique M. Conrad, qui précise que « le rap, c’est un style qu’il faut comprendre » (re-sic).

Le public de la musique classique étant visiblement un peu benêt, on espère qu’il élèvera son niveau pour la première de « Casse-Blancs », adaptée de l’œuvre de Nick Conrad. Et se laissera séduire par les élégants mouvements de danseuses professionnelles dont on peut déjà admirer la grâce dans d’innombrables clips de rap.

Comme il en faut pour tous les goûts, on peut imaginer avec exaltation d’autres opéras et ballets : Freeze Corleone (et ses répliques savoureuses, telles « Rien à foutre de la Shoah » ou « J’suis à Dakar, t’es dans ton centre à Sion« ) ou encore la délicate mise en scène adaptée de Lunatic, incluant la poignante tirade « Quand j’vois la France jambes écartées, j’encule sans huile« .

Il faudrait cependant indiquer aux spectateurs crédules qu’il est inutile de craindre pour leur arrière-train en entendant cela : ce n’est que de l’art, rien de plus.

Génération victimes, épisode 3 : l’inculture, moteur de la victimocratie

Le troisième épisode de la série « Génération victimes » se concentre aujourd’hui sur un phénomène puissant : l’absence, simulée ou authentique, d’une quelconque culture permettant le recul, la prise de distance, et la mise en perspective de faits. Ce manque de culture se traduit à la fois par de la bêtise et une crédulité naïve, que ce soit chez les « victimes » ou parmi leur auditoire.

Violez, violez, violez ! Je dis aux hommes : violez les femmes. D’ailleurs, je viole la mienne tous les soirs.

Exaspéré, Alain Finkielkraut explose en une saillie ironique. Ce 13 novembre 2019, l’académicien est invité sur le plateau de l’émission « La grande confrontation » pour débattre autour du thème «  »Toutes les opinions sont-elles bonnes à dire ? ». Autour de la table, la militante Caroline de Haas (déjà citée dans l’épisode 2) se désole :

Vous n’avez pas le droit de dire ça, monsieur Finkielkraut ! Ce n’est pas drôle […] Ce n’est pas du second degré. Ce n’est pas drôle.

Capture d’écran de l’émission (source ici).

Accusé de banaliser la culture du viol par la chef d’entreprise féministe, M. Finkielkraut a endossé la posture prêtée aux hommes sans discernement par Caroline de Haas à longueur d’interventions médiatiques, à savoir celle d’un violeur en puissance. Ce faisant, il a mis en lumière l’irréalisme d’un tel postulat -et donc du raisonnement de Mme de Haas- en utilisant cette bonne vieille ironie.

Le premier degré ou l’absence totale de distance avec les concepts

Vexée de voir la faiblesse de ses propos mis en lumière par ce procédé, Caroline de Haas riposte. Sitôt partie du plateau, elle mobilise son collectif #NousToutes, lequel publie le tweet suivant dès le lendemain :

Capture d’écran du tweet du collectif #NousToutes (source ici).

Que cette compréhension littérale et grossière des propos de M. Finkielkraut soit feinte ou bien réelle n’est pas la question. En fait, les victimes et les collectifs qui les représentent adoptent sans sourciller la grille de lecture qui leur conviennent. Selon les intérêts qu’ils servent, ils sont capables de déceler les intentions les plus noires dans le propos le plus anodin… ou de percevoir l’ironie la plus évidente comme un appel au viol, littéralement.

Si l’on peut s’attendre à cela de la part de personnes peu cultivées, il est invraisemblable d’apprendre que 4 députés La France insoumise ont saisi sur la base des propos cités plus haut le Procureur de la République pour « provocation à la haine ou à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur sexe, de leur orientation sexuelle ou identité de genre« , ou que des milliers d’internautes ont saisi le CSA (sans résultat).

La perte de sens du langage

Il n’y a pas avec ces personnes d’échange d’idées possible par le langage, et c’est un terrible postulat.

Autrefois instrument de la raison -le logos grec- permettant le débat autour de termes et d’acceptions partagées autour d’un éthos commun, le langage se vide de son sens. Chacun met dans un signifiant le signifié qu’il souhaite, et les faiseurs d’opinion -médias, politiques- sont prompts à accepter n’importe quelle définition d’un mot pour ne pas froisser leur interlocuteur (qui est déjà victime et ne tolèrera donc pas cette violente agression).

Le langage perd totalement sa fonction métalinguistique : conséquence logique d’une ère où le primat de l’émotion l’emporte totalement sur la force de la raison. « Chaque fois que le destinateur et/ou le destinataire jugent nécessaire de vérifier s’ils utilisent bien le même code, le discours est centré sur le code : il remplit une fonction métalinguistique« , écrivait Jakobson dans son Essai de linguistique générale.

Dans un système de victimocratie, plus besoin de métadiscursivité : chacun fait son marché et déforme les mots jusqu’à ce qu’ils rentrent dans les cases de ces idées. Parfois, par inculture crasse ; parfois, par cynisme militant.

Les trigger warnings : vaccins anti-culture pour fragiles

Connaissez-vous les trigger warnings ? Les trigger warnings (TW pour les initiés), ce sont ces avertissements écrits qui préviennent un auditeur ou un lecteur de son contenu afin de lui éviter de nouveaux traumatismes psychologiques. Vous en voyez désormais partout ou presque : avant des posts Facebook, sur Netflix, Disney Plus, pendant des cours sur des campus américains, au début de certains livres, etc.

Aux États-Unis, un site collaboratif nommé Book Trigger Warnings et créé en 2020 répertorie l’ensemble des livres pouvant motiver des trigger warnings. Comme le relève Charlie Hebdo, « on est loin des seuls « viol » ou « racisme », on y trouve « vomissement », « divorce », « infertilité »…« . J’aurais d’ailleurs pu mettre un TW sur la page d’accueil de ce blog : « Attention, la lecture sur écran peut abîmer les yeux. » Désolé.

Pour ce site, Les Misérables de Victor Hugo est ainsi réduit à ses TW : « sang« , « mort« , « violences avec armes« , et même… « maladie« . Dans un monde fragile peuplé de victimes traumatisées et paranoïaques, l’art et la culture ne doivent pas interpeller, magnifier, déranger, questionner ; ils ne sont que des outils au service de safe spaces lénifiants et iréniques, au sein desquels on n’apprend rien et on ne se confronte à rien, mais dans la bienveillance.

Conclusion : l’inculture, terreau idéal de la victimocratie

On saisit bien à travers ces exemples que la victimocratie est le fruit d’un manque total de culture, dans lequel on ne sait plus s’extirper du sens littéral des mots. Les figures de style, les canons de la rhétorique, les règles du débat, la transgression culturelle sont jetées aux oubliettes par des hordes incultes et (donc ?) fanatisées.

Comme le note Konrad Paul Liessmann dans son essai La haine de la culture, « la culture est une notion épineuse, qui ne se laisse pas réduire à des savoir-faire formalisés et à l’ambition d’en tirer d’éventuelles applications. Elle est toujours en prise directe avec des contenus concrets, mais aussi – horribile dictu – avec un savoir abstrait, c’est-à-dire avec le discernement et des attitudes porteuses de valeurs intrinsèques, qui permettent à l’homme d’être en relation avec lui-même et avec le monde d’une façon qui n’est pas entièrement soumise aux impératifs du temps et des modes.« 

© The Walt Disney Company France – Blanche-Neige et les Sept Nains / Allociné

La maîtrise des mots et des idées devient une notion subsidiaire, et l’honnête homme se meurt dans l’indifférence générale. Dans le monde occidental du XXIe siècle, le discernement est une notion sacrifiée sur l’autel de l’émotion par inculture et trivialité de l’esprit. Dernier exemple en date : le dessin animé Blanche-Neige et la scène du baiser donné « sans consentement », représentation crue de violences sexuelles pour certains. Et demain, à qui le tour ?