La guerre en Ukraine, c’est mal : merci pour l’info les footeux !

Quelle sera la cause du jour ?

Joueurs du FC Barcelone et de Naples tenant une pancarte « Stop War » avant le match retour de Ligue Europa le 25 février 2022.

Après avoir tergiversé un temps, la FIFA a décidé d’exclure les clubs et l’équipe nationale russes de toutes les compétitions suite à l’invasion de l’Ukraine. Au-delà de cette crise, constatons que le foot mondialisé, pur produit de consommation, épouse toutes les causes validées par le sacro-saint triumvirat médias/politiques/marques. Impossible de se détendre pendant un match désormais, on veille à vous inculquer la vertu honorable. 

La vertu honorable, vous savez, celle qui n’engage à rien… mais qui vous fait appartenir au camp du Bien.

Je le confesse : j’aime encore le football. Je sais que c’est bête, je vois bien que le spectacle grand public dont l’on nous gave n’a plus rien à voir avec une certaine idée de ce sport, mais tant pis. Il me reste encore quelques raisons de suivre la saison : le talent, les plans de jeu, la tension inhérente à certains matchs, l’espoir de buts d’anthologie ou de faits de jeu marquants.

Mais il y a une énorme différence entre le football amateur et sa version mondialisée et commerciale conçue par la FIFA (on en parlait déjà ici). Et cette dernière version commence sérieusement à me courir sur le haricot. Impossible de se détendre : clubs, joueurs et sponsors bavent leur moraline à deux balles par tous les moyens possibles.

La tendance du jour : à bas la guerre !

La grande cause du moment, c’est la guerre en Ukraine. Le mot d’ordre est simple : il faut arrêter la guerre, la guerre c’est mal, à bas la guerre, vive la paix. Comme c’est profond, quelle puissance ! Qu’on ne se méprenne pas sur mon propos : déplorer la violence guerrière est une réaction plutôt naturelle chez moi, même si je sais qu’il y a des guerres malheureusement nécessaires.

Le problème, ce sont les moyens employés : en quoi 22 types en short tenant une pancarte « STOP WAR » avant un match de Ligue Europa vont-ils changer quoi que ce soit ? Que croient faire les diffuseurs du championnat espagnol en insérant un bandeau « Stop invasion » durant les retransmissions ? Ont-ils réellement imaginé que Vladimir Poutine, impressionné par tant de détermination, y réfléchira à deux fois avant de donner libre cours à ses lubies tsaristes ?

BeIn Sports prend tous les risques avec son bandeau « Stop invasion » (capture d’écran YouTube).

BLM, LGBT, racisme, respect…

Ça a commencé quand, cet affichage de vertu indécent et ostentatoire ? On a eu les campagnes « No to racism », les brassards et maillots LGBT, etc. Depuis deux ans, on assiste au spectacle du genou à terre au début de chaque match, diktat Black Lives Matters oblige. Quand je vois les joueurs et l’arbitre s’agenouiller ainsi, je ne peux m’empêcher de penser à des chevaliers se faisant adouber. Sauf que dans ce cas, l’adoubeur n’est pas le monarque, mais les annonceurs, les sponsors et les médias, tous complaisants avec le wokisme.

Si le joueur n’affiche pas la vertu appréciée ou – pire – s’il prétend penser par lui-même, on le rétrograde vertement. Le joueur de Crystal Palace (Premier League) Wilfried Zaha a ainsi été sommé de se justifier médiatiquement parce qu’il avait refusé de poser le genou à terre. Parfois, les contrats de sponsoring sont rompus. Nike a ainsi mis fin à son contrat avec le joueur de Manchester United Mason Greenwood soupçonné de viol… alors que l’enquête était encore en cours d’instruction. Le licenciement expéditif est une réalité dans ce milieu. Le cas récent d’Aleksandar Katai, viré de la franchise américaine des LA Galaxy, en raison des tweets postés par sa femme (plus que douteux, certes), est éloquent : un salarié renvoyé pour quelque chose qu’il n’a pas fait et dont il n’est pas responsable, en voilà une vertu !

Faites ce que je dis, pas ce que je fais

Au-delà de la stérilité de ces manifestations, on pourra discuter des aspects moraux de certaines initiatives. Cet amour dégoulinant ont quelque chose de repoussant ; c’est gênant. Ces gens-là clament des slogans pour s’acheter une vertu et être validés, mais bien peu font ce qu’ils disent.

Lilian Thuram fustige le racisme ? Lui-même s’est vu reprocher par Fabien Barthez une tentative d’exclusion de certaines photos des joueurs blancs de l’Équipe de France…  De nombreux clubs participent à la campagne “Football vs. homophobia” en février ? Pourtant, cela reste un milieu où il est mal vu d’être homosexuel. Le très titré footballeur allemand Philip Lahm, dans une biographie parue il y a un an, conseillait carrément aux joueurs homosexuels de garder le secret parce “qu’il y a encore un manque d’acceptation dans le monde du football”. On vous chante les bienfaits du “respect” ? Il semble pourtant que les footballeurs fournissent régulièrement sur les terrains un contingent conséquent de bagarreurs, tricheurs ou agresseurs… Il y aurait trop d’exemples à donner ici.

Et le respect de la présomption d’innocence ? Et la liberté de penser ? Et l’universalité des causes défendues ? Bref, les acteurs du football FIFA sont des hommes comme les autres : partant, qu’ils arrêtent de nous emmerder avec leurs leçons de morale.

Football inclusif: j’ai fait un rêve…

On pourrait conclure en imaginant un match de football dans cinq ans. Après avoir posé un genou à terre (pour BLM, contre le racisme), des joueurs revêtus d’un maillot arc-en-ciel (pour la propagande LGBT) arborant un clitoris (pour le féminisme) courront masqués (le coronavirus étant toujours dans les parages) derrière un ballon. L’arbitre ne donnera plus de cartons, jugés trop stigmatisants (halte à la nullophobie !) et les défaites seront interdites pour la même raison. À la mi-temps, les joueurs feront une ronde pacifique pour la paix dans le monde. Enfin, des groupes de parole seront organisés en troisième mi-temps dans le vestiaire, pour discuter de leur “vécu”(il est temps de causer masculinité toxique et homophobie).

En fait, la vertu, c’est comme la confiture ; moins on en a, plus on l’étale.

« Casse-Noisette » est raciste ? Vite, des opéras de rap !

La solution à la musique classique, jugée trop raciste

Dernière conquête de la « cancel culture » dans le monde de la musique classique : le célèbre ballet « Casse-Noisette » a été déprogrammé de l’Opéra de Berlin. En cause : son innommable racisme. Heureusement que pour compenser, une bonne partie du rap français peut diffuser ses mélopées d’amour en toute liberté.

Il a répandu le venin du racisme pendant 129 ans dans l’esprit de millions de spectateurs. « Il », c’est le ballet « Casse-Noisette », composé par l’obscur Piotr Tchaïkovski. Les « spectateurs », ce sont ces êtres fragiles incapables de nuance et de recul, qui croient tout ce qu’ils voient. « Selon un podcast du Staatsballett, le public n’est pas encore prêt à bien comprendre ce qu’il voit sur scène […] », rapporte le journal allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung. Les images du Bolchoï (ci-dessus) recèlent en effet une violence raciste poussée à son paroxysme !

Heureusement, l’escouade « woke » -incarnée cette fois par Christiane Theobald, directrice par intérim du Staatsballett- a décidé d’épargner à ces âmes perdues la vision du Mal en puissance en déprogrammant le ballet cet hiver. En cause : l’acte II du ballet, qui montre des chorégraphies typiques de plusieurs nationalités, notamment orientales et asiatiques. « Nous devons nous demander si des éléments de l’époque de la création posent problème« , explique la SJW Theobald.

Mieux que se demander, elle y a répondu, puisque l’œuvre ne sera pas jouée. On voit ici l’abnégation totale des « éveillés », particulièrement vigilants quand il s’agit de musique classique. Ne soyons pas polissons et ne relevons pas leur contradiction à propos de cette musique qui serait un « privilège » d’Asiatiques et en même temps les représenterait de façon raciste. Ils sont fous, ces Asiatiques…

L’Opéra de Berlin a désormais un autre problème à gérer : il y a un trou dans sa programmation. Désireux d’aider les « éveillés » à apporter la lumière dans les ténèbres, nous proposons plusieurs pistes.

Pourquoi pas des ballets de rap ?

On pourrait aller plus loin, et jouer sur la scène des grands opéras des morceaux de rap dans des créations ambitieuses. Cela serait l’occasion de « dé-blanchiser » la musique classique, et d’ailleurs de dé-classiciser ce privilège musical de Blancs. En plus, ça donnerait l’occasion à des jeunes-issus-de-la-diversité de toucher un public inhabituel (bien que raciste et impressionnable).

En effet, le rap est une musique pleine d’amour, et un style regorgeant de talents. Chaque jour en France, de nombreux rappeurs saturent YouTube de leurs créations artistiques de haute volée pour mélomanes exigeants. Oui, il peut parfois s’y trouver quelques propos dérangeants, mais c’est pour faire réfléchir !

Amour et poésie dans le rap français (capture d’écran 20Minutes FR/YouTube).

Quand Nick Conrad chante par exemple « Je tue des bébés blancs, attrapez-les vite et pendez leurs parents, écartelez-les pour passer le temps, divertir les enfants noirs de tout âge petits et grands« , ce n’est pas du racisme pur et dur : c’est une courageuse dénonciation politique. « J’me rappelle étant p’tit, y avait beaucoup de gens qui voulaient pas être Noirs. J’ai entendu comme ça des trucs de torture, dans des films, dans des séquences » (sic), explique M. Conrad, qui précise que « le rap, c’est un style qu’il faut comprendre » (re-sic).

Le public de la musique classique étant visiblement un peu benêt, on espère qu’il élèvera son niveau pour la première de « Casse-Blancs », adaptée de l’œuvre de Nick Conrad. Et se laissera séduire par les élégants mouvements de danseuses professionnelles dont on peut déjà admirer la grâce dans d’innombrables clips de rap.

Comme il en faut pour tous les goûts, on peut imaginer avec exaltation d’autres opéras et ballets : Freeze Corleone (et ses répliques savoureuses, telles « Rien à foutre de la Shoah » ou « J’suis à Dakar, t’es dans ton centre à Sion« ) ou encore la délicate mise en scène adaptée de Lunatic, incluant la poignante tirade « Quand j’vois la France jambes écartées, j’encule sans huile« .

Il faudrait cependant indiquer aux spectateurs crédules qu’il est inutile de craindre pour leur arrière-train en entendant cela : ce n’est que de l’art, rien de plus.

Le « progressisme », ou la régression permanente

Pourquoi il faut toujours écrire systématiquement ce mot avec des guillemets

Dans l’une de ses acceptions, le progrès désigne l’évolution régulière de l’humanité, de la civilisation vers un but idéal. La doctrine qui en découle -le « progressisme »- est aujourd’hui profondément dévoyée. Les activistes qui s’en réclament nous vendent un retour en arrière dangereux, maquillé en avancées sociales prétendument bénéfiques. S’ils gagnent, les conséquences seront terribles.

Le premier « moonwalk » de Michael Jackson.

16 mai 1983 : Michael Jackson effectue pour la première fois sur scène son pas de danse emblématique, le « moonwalk« . L’illusion est grandiose, l’originalité totale : glissant fluidement sur le sol, l’artiste recule en semblant avancer. Le public, stupéfait et impressionné, siffle et applaudit la prestation et le talent de « MJ ».

Quelques décennies plus tard, un autre mouvement -politique et social, celui-là- utilise la recette du moonwalk : le « progressisme ». Ses « artistes » aussi -les « progressistes »- feignent d’avancer, mais reculent sans cesse. La différence avec le roi de la pop, c’est qu’ils n’ont ni talent ni originalité : pour étendre leur domination, ils mobilisent des principes archaïques dont l’humanité a perçu à de nombreuses reprises l’extrême dangerosité dans son histoire. Si prompt à évoquer « les heures les plus sombres » et à pratiquer le reductio ad hitlerum, le « progressisme » est la terrifiante incarnation d’un authentique fascisme moderne.

La discrimination permanente selon la couleur de peau…

Un de ses aspects les plus inquiétants est la remise en cause permanente de l’individualisme (tel que le conçoit la pensée philosophique des Lumières) au profit du groupe social. Pour le dire autrement, les « progressistes » découpent le monde en catégories dans lesquelles ils essayent de faire rentrer tout le monde, leurs alliés comme leurs ennemis. Exit l’existentialisme, le libre arbitre, la responsabilité individuelle : chacun est classé en ami ou ennemi selon sa couleur de peau, son sexe, ou ses préférences sexuelles. En quoi est-ce un progrès ?

Google créant une icône pour indiquer les commerces tenus par des Noirs, bientôt rejoint par d’autres marques (on en avait parlé ici avec ironie) ; la maire de Chicago refusant de parler aux journalistes Blancs ; l’actrice Aïssa Maïga comptant les Noirs aux Césars ; le Canada autorisant le licenciement pour absence d’origine autochtone ; un opéra de Londres ne renouvelant pas leur contrat de travail à des Blancs ; etc. Les exemples, extrêmement inquiétants, sont légion.

La distinction selon la couleur de peau ? C’est la définition exacte du racisme. Cette idée dangereuse a déjà été mise en pratique à de nombreuses reprises par le passé : apartheid en Afrique du Sud, ségrégation aux États-Unis, nazisme, etc. La hiérarchisation des races, théorisée par certains penseurs comme Gobineau et Chamberlain, a permis à certains de justifier pêle-mêle la colonisation, l’esclavagisme, la conquête américaine, la Shoah, etc. En quoi est-ce un progrès ?

… les préférences sexuelles…

Drapeaux LGBT / triangle rose des Nazis pour distinguer les prisonniers homosexuels (montage photo).

Parmi les « progressistes » figurent aussi des lobbys qui réduisent leurs membres à leurs préférences et orientation sexuelles au nom du progrès social et de l’évolution des mœurs. Ayant découpé la sexualité en 52 genres et orientations, ils affectent un drapeau à la plupart d’entre eux. Du déjà vu : les nazis marquaient déjà les homosexuels à l’aide des triangles roses et noirs ; en 1179, le 3e concile de Latran renforce la condamnation de l’homosexualité chez les clercs, vue comme une hérésie ; de nos jours, les homosexuels risquent la peine de mort dans plusieurs pays du monde (voir la carte ILGA ici).

Que l’on soit fier de ne se définir que par sa sexualité ou qu’on le subisse, le résultat est violent et décadent : comment peut-on être réduit à cela ? Pourquoi allumer les braises d’un combat entre personnes ayant des sexualités différentes, si ce n’est pour se sentir dans le camp du Bien et satisfaire son besoin d’appartenance et sa vertu ? En quoi est-ce un progrès ?

… ou le sexe

« La femme serait vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignerait une femme incompétente » : cette citation de François Giroud était drôle, jusqu’à ce qu’elle soit mise en pratique par les « progressistes ». Car ceux-ci utilisent aussi votre sexe biologique pour vous assigner à résidence. Dans des sociétés authentiquement patriarcales, régies par des lois primitives, la femme est une éternelle mineure (relire le Coran ou l’Ancien Testament sur ce sujet par exemple).

Aujourd’hui, le « progressisme » discrimine toujours en fonction du sexe, remettant au goût du jour un archaïsme délétère en l’inversant. Le progrès supposé est censé résider dans l’inversion des standards : les femmes sont favorisées au détriment des hommes. Les discours pseudo-féministes stigmatisant les hommes ont pignon sur rue : Pauline Harmange publiant un livre sur la misandrie, cette « fête » ; l’Assemblée nationale entérinant des quotas de femmes dans les directions d’entreprise ; une élue parisienne qualifiant tous les hommes de violeur, tueur, ou agresseur (au choix) ; etc. L’égalité enterrée, la méritocratie abandonnée : en quoi est-ce un progrès ?

Des méthodes dictatoriales éculées

La grande régression consiste à faire passer des avancées sociales bien réelles pour les fruits d’une société sclérosée par mille défauts, et à vouloir réellement revenir en arrière. Les concepts sont tordus à l’extrême pour ériger un système moral et social dangereux, aux fondations bien fragiles, et souffrant de violentes contradictions. Et si vous n’êtes pas d’accord, vous affronterez des militants aux méthodes dictatoriales, c’est-à-dire qui exercent un pouvoir absolu dans leur domaine.

Propagande intensive, censure sociale et médiatique, suppression des instances démocratiques, agressions physiques, lois coercitives : voici une partie de l’arsenal déployé par les « progressistes » pour forcer la marche du monde. En quoi est-ce un progrès ? De Goebbels aux Gardes rouges, de l’Inquisition à l’islamisme, des Grandes purges staliniennes au maccarthysme, l’Histoire retient que le pouvoir de destruction de ces méthodes est supérieur à leurs supposées vertus. Obligez le monde à suivre vos idéaux et vous deviendrez un dictateur.

L’Histoire témoigne aussi que l’aspiration à la liberté est une fleur immarcescible qui croît naturellement dans le coeur des hommes. La flamme de la liberté, du respect, de l’amour de son prochain, de la quête du vrai progrès, peut vaciller souvent, sans jamais s’éteindre. Il faut opposer les lumières de la raison et de l’amour aux ombres de la haine et de l’ignorance, comme toujours. Il faut se battre pour défendre l’égalité, le mérite, le respect, la dignité.

Si nous nous rendons, le « progressisme » tel qu’il s’incarne aujourd’hui fera régresser l’humanité en bégayant indéfiniment les drames de l’histoire. « Celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre » (Karl Marx).

RT France : le tigre de papier de Moscou

Le média financé par la Russie fabrique l’opinion publique, et il est en pleine ascension

Entre propagandiste subtil, média doté d’une ligne éditoriale marquée, et organe d’influence politique, RT suit l’actualité pour mener une guerre informationnelle au service des intérêts russes. En France, son succès va croissant. Il s’explique surtout par l’incapacité d’un personnel politique pour le moins timoré à produire une vision du monde cohérente et fédératrice. Analyse.

Capture d’écran du site RT France (16 novembre).

« Hypocrisie » : pour qualifier la réaction américaine au tir de missile antisatellite russe, Sergueï Lavrov ne mâche pas ses mots. Cité dans un article de RT France, le ministre russe des Affaires étrangères enfonce le clou : Washington « développe une course aux armements très activement » et refuse de signer un traité visant à empêcher le déploiement d’armes dans l’espace.

Cet article, le seul paru sur le site de RT France sur le sujet à ce jour, illustre à lui seul les axes de la stratégie d’influence du média.

Montrer un État incohérent…

Un des axes de cette stratégie consiste à souligner les défauts du personnel politique au pouvoir. Macron annonce que le pass sanitaire sera conditionné à une troisième dose vaccinale pour les plus de 65 ans ? RT France exhume des propos de son ministre de la Santé datant du 26 août dernier et assurant qu’il n’y aurait « pas d’impact de la troisième dose sur le pass sanitaire« . On a déjà vu plus limpide! Sur la photo, Olivier Véran, qui ne porte pas de masque, se tripote le menton d’un air gêné (et les gestes barrière ?).

Macron défend la liberté d’expression ? « En même temps« , RT indique que « l’Élysée aurait interdit aux ministres tout débat avec Zemmour avant sa candidature« . Il aime la liberté d’informer ? « En même temps », il qualifie RT « d’organe de propagande mensongère » (des propos qui « soulèvent des inquiétudes« , selon Xenia Fedorova, Présidente de RT France) et interdit à ses journalistes l’accès à l’Élysée. Drôle de démocratie…

Le Français moyen retiendra l’absence de congruence entre les paroles et les actes des dirigeants français, qui donne l’impression d’une trahison permanente de la part des élites.

… et un pouvoir faible déclenchant la colère de son peuple…

Les snipers russes insistent aussi sur la lâcheté et les renoncements de l’État, qui confèrent un sentiment de toute-puissance aux délinquants. RT montre comment ces derniers n’hésitent plus à s’en prendre aux représentants de l’ordre dans la rue et même dans les commissariats de police.

La France souffre de la comparaison avec d’autres pays, qui apparaissent plus déterminés pour régler la crise migratoire ou combattre le fondamentalisme islamiste. Même le dossier des licences de pêche post-Brexit tourne au désavantage de Paris, qui « se défend de capituler » ! Un choix de mots pas anodin, qui évoque un perdant misérable refusant de reconnaître une défaite malgré l’évidence.

RT couvre aussi abondamment les mouvements sociaux de contestation, par exemple contre le pass sanitaire : ici ou ). On perçoit un État incapable de contenter son peuple à longueur de paragraphes : l’effet de halo fonctionne à plein. Logiquement, cette veulerie du pouvoir déclenche sa substitution par des personnalités ou des citoyens qui s’organisent pour lutter contre l’insécurité ou la pauvreté.

Le modèle de société et la vision du monde occidentaux apparaissent eux vides de sens, puisque leur incarnation semble être l’apparition d’un genre neutre sur les passeports ou l’immoralité. L’intérêt de RT pour les errements « progressistes » a pour but de les faire apparaître pour ce qu’ils sont : des broutilles insignifiantes, le monde vu par le petit bout de la lorgnette.

La France est présentée de façon péjorative ; RT en fait un portrait décadent et apocalyptique, notamment grâce à un choix opportuniste de sources servant ses objectifs.

… pour souligner la force du modèle russe !

RT France joue sur la défiance du peuple envers les « élites » et les médias traditionnels, sur l’aspiration à des leaders autoritaires, et sur l’absence de transcendance (fût-elle morale, politique, ou culturelle).

Le média y oppose en creux une vision bien plus séduisante, solide, et visionnaire : celle de Moscou. La Russie semblant comprendre que la guerre a évolué en des formes moins directes utilisant l’information comme soft power, la subtilité du média consiste à ne pas défendre agressivement les intérêts de Moscou à l’aide de scribouillards bellicistes, mais à susciter l’adhésion par démonstration.

« Nous travaillons pour l’État, nous défendons notre patrie, comme le fait par exemple l’armée« 

Margarita Simonian, rédactrice en chef de RT

La tentation tsariste n’étant jamais loin, Vladimir Poutine apparaît comme un homme fort, à la fois juge de paix et rival lucide. Il provoque une crise de l’énergie ? RT France balaye ces doutes et le présente comme un partenaire commercial lucide et de bonne volonté.

Des experts et responsables politiques l’accusent d’avoir « une responsabilité claire » dans la crise migratoire biélo-russe (Liz Truss, ministre britannique des Affaires étrangères), voire « d’utiliser des flux migratoires » pour « influencer les relations bilatérales » (Edward Lucas, spécialiste de la politique étrangère russe) ? RT préfère fustiger « la responsabilité de l’Occident dans l’exode de populations« … et montre l’efficacité de Minsk, qui « annonce un rapatriement de migrants vers l’Irak« … Poutine : 1, Occident : 0.

Capture d’écran RT France (YouTube).

L’Occident semble faible et déchiré ; la Russie apparaît article après article comme un acteur géopolitique fort et incontournable dans les relations internationales, dont la realpolitik assumée ne s’embarrasse pas de scrupules de façade (puisque ceux qui en ont mentent ou y renoncent).

Amazon, Toufik, et la chèvre

Amazon a lancé cette année une campagne de communication mettant en lumière un de leurs salariés en France, Toufik. Le but : montrer que le géant du commerce en ligne américain se soucie du développement durable. Quitte à éviter les questions de fond…

Capture d’écran YouTube de la vidéo « Amazon – Toufik Responsable développement durable « on utilise même des chèvres… » (source ici).

L’histoire est belle : Toufik a la fibre écologique depuis qu’il a fait de la plongée dans le Var. « J’ai eu un vrai déclic« , confie dans la vidéo le Responsable du développement durable d’Amazon. Depuis, il a décidé de devenir « un vrai acteur du changement » (y aurait-il des faux acteurs ?) : lui et ses équipes ont réussi à doubler le taux de déchets recyclés entre novembre 2019 et novembre 2020 sur le site d’Orléans (d’après la vidéo Amazon ici).

Mais comment diable y parvenir ? Toufik cite une « intransigeance sur tous les détails, par exemple en séparant le carton des rouleaux de papier« , « en compressant les cartons » ou encore « en compostant nos déchets alimentaires« , images indiscutables à l’appui. Indiquant en prime : « On utilise même des chèvres pour faire de l’éco-pâturage » !

La page dédiée à cette campagne sur le site d’Amazon donne d’autres détails sur la stratégie globale de l’entreprise en matière de développement durable. Un message beau, responsable et écolo-friendly comme seuls les créatifs des agences de pubs savent en faire !

Mais la vraie question est ailleurs, et Amazon n’y répond pas plus que n’importe quelle entreprise « investie » et « responsable ».

A-t-on vraiment besoin de tout cela ?

Le quidam moyen est consumériste, il le sait s’il manifeste un tant soit peu de lucidité. En fait, toute la société occidentale l’est. On peut être partie prenante d’un phénomène sans l’ignorer pour autant. Ce phénomène, c’est l’ultraconsumérisme ! A-t-on vraiment besoin d’un nouveau téléphone tous les ans ? Acheter des produits de piètre qualité pour les remplacer quelques mois après est-il du développement durable ? Si l’on se fie aux nombreux rapports alarmistes du GIEC (repris par toute une cohorte de médias), la réponse est : non.

Le mode de vie occidental semble en inadéquation totale avec les capacités et ressources de la planète. Comme bon nombre d’autres entreprises se félicitant de préserver l’environnement avec des actions de « développement durable », Amazon ne voit pas -ou refuse de voir, selon la confiance que vous accordez à cette entreprise- que le problème réside fondamentalement dans la fabrication et la distribution de biens dont la plupart sont superflus.

« Une société qui survit en créant des besoins artificiels pour produire efficacement des biens de consommation inutiles ne paraît pas susceptible de répondre à long terme aux défis proposés par la dégradation de notre environnement« . Il y a 20 ans, Pierre Joliot-Curie percevait déjà cet état de fait dans son livre « La recherche passionnément ».

Dormez, braves gens…

En fait, ces « actions en faveur de l’environnement » ressemblent à des cataplasmes sur une jambe de bois. C’est tout un mode de vie qu’il faudrait revoir, et nous nous refusons à le faire par confort et conformisme. L’objectif final de n’importe quelle campagne d’entreprise en matière de développement durable est commercial : il faut montrer patte blanche aux clients qui pourraient sans cela ne plus acheter des produits par souci écologique. En recevant ces messages, lesdits clients se flattent alors d’être « éco-responsables » et évitent l’inconfort d’être placés dans la position du complice de génocide écologique.

Dans un sondage OpinionWay pour « Les Échos » et BNP Paribas réalisé en 2019, 53 % des Français se disaient prêts à « payer plus cher pour des produits issus d’une entreprise engagée ». Pourtant, ils étaient 60 % à acheter des marques qui ne sont pas particulièrement engagées et 64 % se disaient dubitatifs quant à l’impact réel de cet engagement sur l’environnement ou la justice sociale.

Ce mélange de bonne volonté naïve et de cynisme mercantile et consumériste a infusé dans la société occidentale et dans la culture d’entreprise, au point que salariés et clients finissent par croire qu’ils vont sauver la planète en consommant mieux -alors que ce sont les quantités et le type de produits consommés qui posent réellement problème.