Réapproprions-nous le sens des mots !

Il est grand temps d’appeler à nouveau un chat, un chat

Depuis des années, il ne se passe pas une semaine sans que l’actualité nous abreuve de mots dont le sens est distordu, tronqué, ou tout simplement erroné. Le contexte permettant la compréhension des faits est absent lorsqu’il est nécessaire, et présent lorsqu’il n’apporte rien. Résultat : en l’absence de mots adéquats, il devient difficile de penser le monde réel dans un cadre précis.

(c) Depositphotos

Élection présidentielle, tensions sociales et civilisationnelles, politiquement correct, bassesses et grandeurs de l’Homme : il vous devient presque impossible de faire du monde un objet de réflexion quotidienne ou philosophique. Ne pensez pas, répétez des formules creuses et prémâchées. Les « éléments de langage » ont remplacé la pensée subtile et nuancée, le « buzz » remplace le fait, les invectives remplacent le débat, les oxymores pullulent, les contradictions pleuvent sur votre esprit embrumé par l’enchaînement des informations. Votre attention, déjà vampirisée par les GAFAM [1], se rend. Inutile d’essayer : votre cerveau n’a plus le temps. Il faudrait penser une quantité d’informations jamais connue dans l’histoire de l’humanité : c’est trop pour un seul être humain, fût-il le plus grand des génies.

Notre époque nous donne à observer une disruption (cassure) gigantesque de la langue française. Ces travestissements linguistiques, ce mésusage permanent du signifié et du signifiant des mots nous privent de la plus formidable liberté : celle de penser. Et nous nous faisons avoir, trop las pour nous battre, déjà privés de nos armes par une école qui devient davantage une fabrique du crétin qu’un lieu où l’on forme des citoyens éclairés [2].

Mots : la disruption permanente

Récemment, Mathieu Kassovitz, parti inaugurer une fresque en Ukraine, y faisait l’apologie des Ukrainiens « nationalistes » qui se battent contre les Russes [3]. Des propos qui ont fait hausser des sourcils, le même Kassovitz ne ratant pas une occasion de fustiger le présumé nationalisme des Français inquiets de l’immigration massive, qu’il assimile à du « racisme » [4]. Il suffit de s’intéresser au discours du cinéaste pour comprendre qu’il est contre les frontières, mythifie la figure de l’Autre, et présente depuis longtemps son désir d’un métissage total en France comme un avenir inéluctable et un passé tangible [5]. On comprend mieux la rhétorique kassovitzienne lorsquon observe le fond des propos : c’est une opinion.

D’autres exemples ? Un suspect « connu des services de police » ? Un euphémisme pour désigner un délinquant/criminel multirécidiviste. On passe de l’idée d’une connaissance (« Salut Michel !« ) à celle, plus précise, d’un individu dont les choix systématiques ou réguliers nuisent à la société dans son ensemble. Quelqu’un tient des propos osés ? On le qualifiera différemment selon son bord politique : « sulfureux » ou « polémique » s’il est de droite, « engagé » s’il est de gauche. Qualifier pour disqualifier ou pour valider : c’est qu’il faut vous apprendre à penser correctement ! Un « coup de couteau à la gorge » ? C’est une tentative de meurtre par égorgement, technique primitive et brutale d’importation récente. En appelant précisément les choses, on saisit l’extrême violence de celui qui tente de tuer -qu’il saisisse la gravité de son geste ou non. Les « tensions » à Sevran étaient en fait des émeutes, voire des actes de sédition (j’en parlais ici).

Dans ce dernier exemple, il faut pour parler de « sédition » comprendre non seulement le sens de ce mot, mais aussi le contexte.

Livre pour enfants « La belle lisse poire du prince de Motordu ». Heureusement, le prince rencontre la princesse des écoles à la fin !

Antiracisme, antifascisme, féminisme, sexualité : la connaissance du contexte, élément clé

Le contexte des mots les éclaire bien souvent. Encore faut-il le connaître. Vous connaissez les antiracistes ? En théorie, ce sont des personnes qui luttent contre « l’idéologie fondée sur la croyance qu’il existe une hiérarchie entre les groupes humains, autrefois appelés « races » et le comportement qui découle de cette idéologie » (Larousse). Aujourd’hui, les antiracistes autoproclamés comportent parmi eux les pires des racistes. Comment qualifier autrement une personne dont les réflexions s’opèrent entièrement à partir d’une distinction effectuée selon la couleur de peau ? Certains amateurs de justice sociale façon BLM ou antifas ont décidé que la couleur de la peau vous astreint à un comportement qu’ils définissent : un Noir doit être une « victime« , un Blanc un « oppresseur« , le mâle Asiatique doit être victimisé en raison de l’imaginaire peu viril que certains s’en font. À les écouter, on ne doit plus rien au mérite, aux idées, aux choix. Exit votre liberté et votre responsabilité ! Tout est couleur de peau. Celle-ci définit votre place dans la société, ce que vous devez dire, faire, et penser. Ce n’est pas de l’antiracisme : c’est du racisme pur et simple. Partant, donnons-lui son nom réel. Cela nous armera moralement et intellectuellement pour lutter contre le racisme, ce fléau d’une terrible universalité. Il en est de même pour les « antifascistes », devenus aujourd’hui les champions de l’agression, de l’intimidation, de la censure, du jugement populaire, bref : du fascisme pur et simple.

On parle beaucoup ces temps-ci d’une certaine conception woke et punitive du féminisme. Pourquoi le collectif de Caroline de Haas #NousToutes est-il volubile au moindre soupçon d’agression de la part d’un « mâle blanc », et totalement aveugle, sourd et muet lorsque le suspect a le teint trop hâlé (on pense entre autres aux viols de Cologne) ? L’analyse de ses prises de parole et de ses éléments de langage indique simplement que le collectif en question n’est pas féministe : il est plus probablement anti-hommes occidentaux et est l’un des idiots utiles de la diversité. Beaucoup de soi-disant féministes ne désirent en fait que l’égalité hommes-femmes (impossible) au lieu de revendiquer l’équité (objectif souhaitable que la France atteint relativement bien). Leur lutte contre un prétendu patriarcat -en réalité une chimère agonisante- ne se comprend qu’en synthétisant l’ensemble de leurs actions. Caroline de Haas, l’une de ses fondatrices, est ainsi passée maître dans l’art de créer des problèmes (harcèlements moraux et sexuels par exemple) pour vendre ensuite des formations… dédiées à la lutte contre ces mêmes harcèlements [6] ! Est-ce là du féminisme, ou du business moralement douteux ?

A contrario, le collectif féministe Némésis (qui pointe du doigt l’important contingent d’agresseurs issus de l’immigration pendant des manifestations) n’est pas que féministe ; il est identitaire et nationaliste. Son combat ne se comprend qu’à la lumière de cette connaissance (facile à obtenir, puisque c’est indiqué sur leur site). Leur irruption dans des défilés féministes dirigés contre les mâles blancs (ceux qui s’excusent platement ; pas les autres mâles, qu’elles redoutent) montre leur volonté de témoigner de la cécité partielle d’autres mouvements dits féministes. Bien sûr, tout ce petit monde est prêt à filmer et diffuser le moindre dérapage de l’autre camp pour étayer son point de vue auprès de l’opinion publique.

Un dernier exemple nous est fourni par le sacro-saint combat LGBTQIIAAHJDHOCNOHZHDIO+-. Vous avez juste affaire dans la majeure partie des cas à des personnes instables, en mal de reconnaissance, et geignardes. Des adultes qui voient l’État comme l’enfant voit ses parents : une autorité capable de lui donner raison et de satisfaire ses moindres caprices. Leur rhétorique se mord la queue, leurs arguments sont contradictoires. Réalisez l’incurie de la pensée de certains : dans « LGBT », le « B » signifie « bisexuel » (sous-entendu, il y a deux sexes) ; les mêmes nous expliquent aujourd’hui qu’il y a des dizaines de genres… Parle-t-on de Pokemon ou de souffrance ? Ne vous laissez pas enfumer par le jargon pseudo-scientifique qu’ils utilisent. Ces gens refusent de s’adapter au monde et demandent au monde de s’adapter à eux : c’est impossible. Ce faisant, ils occultent des personnes (sans doute une infime minorité, mais une minorité existante) qui souffrent réellement d’une dysphorie de genre et se voient représentés par des imbéciles se définissant comme « ours non-binaire poilu lesbienne gender fluid ».

La liste est interminable : en fait de « débat » (Larousse : « Discussion, souvent organisée, autour d’un thème« ), nous assistons davantage ces jours-ci à une foire d’empoigne dans laquelle les candidats sont dénués de la moindre considération pour leur adversaire et pour les Français. Emmanuel Macron, qui esquive le débat, montre ainsi implicitement qu’il sait la puissance des mots (il a peu d’arguments et beaucoup d’éléments de langage ciblant des catégories précises) et la force du contexte (son quinquennat déplorable le rend vulnérable).

Conclusion : réapproprions-nous le réel !

Cette disruption permanente des mots, ce camouflage du contexte, cette quantité considérable d’informations à traiter concourent à modeler notre façon de penser le monde, de nos conversations amicales au bulletin de vote que nous glisserons (peut-être) dans l’urne pour l’élection présidentielle. Vos représentations du réel sont biaisées par des gens parfois intelligents et éduqués qui tentent de nous manipuler, souvent par des égoïstes ne servant que leurs petits intérêts. Or, ce sont ces représentations mentales qui façonnent nos amitiés et inimitiés, nos accords et désaccords, nos grandeurs et nos bassesses. Être un fasciste serait acceptable si vous êtes de gauche et que des médias vous appellent « antifascistes » ? Allons donc !

Redonnons leur sens réel aux mots, et ajoutons-y une acception particulière liée à notre personnalité ; mais partageons tous une base linguistique et des connaissances communes pour penser le monde à l’aide d’un code compréhensible par tous !

Dans cet article, j’ai donné des exemples : peu importe que vous soyez d’accord avec moi et avec ma grille de lecture ; soyez en désaccord, justement ! Mais de grâce, pensez votre désaccord, prenez le temps d’apprécier ou de fustiger les mots que j’ai écrits et la pensée que j’ai formulée, développez vos propres exemples et arguments, entraînez votre pensée ! Alors, la pire chose qui pourrait nous arriver serait de débattre de nos conceptions grâce à un langage commun. Heureusement, nous sommes encore nombreux à le faire.

[1] https://www.causeur.fr/la-guerre-de-l-attention-yves-marry-et-florent-souillot-229494

[2] https://www.babelio.com/livres/Brighelli-La-Fabrique-du-Cretin–La-mort-programmee-de-lec/13338

[3] https://www.huffingtonpost.fr/entry/mathieu-kassovitz-et-le-photographe-jr-en-soutien-a-lukraine_fr_622f65b9e4b0d1329e88ab88

[4] https://www.leparisien.fr/culture-loisirs/cinema/mathieu-kassovitz-les-racistes-ont-perdu-leur-combat-04-08-2020-8363109.php

[5] https://www.msn.com/fr-fr/divertissement/celebrites/nous-sommes-m%C3%A9tiss%C3%A9s-de-souche-le-message-de-mathieu-kassovitz-%C3%A0-eric-zemmour/ar-AARTllx

[6] https://www.causeur.fr/caroline-de-haas-feminisme-gouvernement-violences-sexuelles-171247

Pensées de Paris

Publicités, Covid, appropriation culturelle : de retour de Paris où j’ai donné un cours, quelques observations sur le vif…

Photo : Libres Paroles

Une publicité singulière

Arrivée gare Montparnasse. Sur un écran (on ne sait s’en passer désormais), une publicité pour une banque claironne « La singularité, c’est s’affranchir de la pesanteur des conventions« . Immédiatement après s’affiche le logo de la banque accompagné d’un gigantesque… QR Code ! En ces temps d’étiquetage massif de la population au moyen de ce code-barres smartphonesque, on a vu plus singulier.

Le militaire masqué

Dans la gare, un militaire déambule, fusil automatique au poing (probablement un Famas) , canon vers le bas. Cette image guerrière d’un soldat fort et armé est contrebalancée par la présence d’un masque sur son visage, qui lui donne l’air d’un vieillard hypocondriaque ou cacochyme. Je sais bien que c’est obligatoire -il doit faire partie d’un public très vulnérable au Covid-, mais l’alliance des symboles de la force et de la peur produisent un effet des plus saisissants.

Le consumérisme de la peur

Sur un écran (!), une autre publicité pour un produit d’hygiène ou sanitaire par une marque connue : « Votre nouvel allié dans votre routine contre le Covid-19« . Le pouvoir des mots est important : cette marque entérine une « routine« , comme si toute cette situation politique (pas sanitaire, politique) était normale et anodine. Comme si la peur d’un virus faisait partie d’un quotidien que personne ne songe plus à remettre en cause. La peur fait vendre, c’est bien connu ; peu importe que ce soit du PQ ou une crème. Quoiqu’il arrive, il y a toujours quelque chose à vendre pour les malins. Quitte à mobiliser la peur comme levier. L’argent, cet opium du peuple !

Les vêtements : tous pour un !

En sortant du train, je suis pris dans un flot dense de personnes marchant vers le bout du quai. L’attroupement moutonnier est en partie dû à ces barrières stupides que la SNCF aime à poser pour baliser la marche un peu partout. Perdu au milieu de mes semblables, je constate l’ironie des tenues vestimentaires. Après des décennies à nous matraquer que nos vêtements et notre style nous définissent et nous singularisent, le constat est sans appel : il y a environ 5 archétypes de looks féminins et le même nombre pour les hommes. De la chipie aux cheveux tirés et attachés singeant l’aisance financière façon Instagram au bobo baba-cool, de l’employé en costume au tout-survêtement, en passant par la mode -passablement informe- des adolescentes avec manteau cheap à effet mouton, nous sommes tous des stéréotypes. Personne ne se distingue, surtout moi.

Les nourritures traditionnelles

Nouvelle publicité, sur un panneau 4 x 3 le long du quai du métro cette fois. Une marque de nourriture surgelée vous vend « L’Asie dans votre assiette« . Mais alors, est-ce de l’appropriation culturelle ou pas ? Blague à part, il est amusant de constater qu’à l’heure où beaucoup de cultures se fondent dans une mondialisation uniforme, les folklores et traditions locaux d’antan sont maintenus (de plus en plus artificiellement) en vie par plusieurs marques, qui vous vendent une dose d’exotisme low cost à chaque bouchée avec des produits industriels surgelés.

Tanguy David : le racisme des « antiracistes », ça suffit !

Sa couleur de peau devrait lui interdire de penser…

Pour certains, il est insupportable qu’une personne d’origine africaine pense par elle-même indépendamment de leur logiciel unique « Noir = victime, Blanc = oppresseur ». Leur racisme, extrêmement inquiétant, est minimisé, voire nié. Cela suffit !

Capture d’écran du compte Twitter de Tanguy David (tanguy_france)

Trop, c’est trop ! Il faut croire que les leçons de l’Histoire n’ont jamais été apprises par des esprits bêtes à faire peur. Sur l’altimètre, ils oscillent entre la pâquerette insignifiante et le cul-de-basse-fosse sordide.

Soutien de Zemmour, Tanguy David est Noir. Ce qui devrait n’être qu’une donnée objective est devenu pour certains ratés en quête de sens un alibi suffisant pour déverser des tombereaux de déjections twittesques authentiquement racistes sur un homme, leur semblable (si j’ose dire, cela fait insulte à Tanguy).

Ce qu’ils attendaient de lui ? Qu’il soit un bon « nègre de maison » et pense comme ils voulaient qu’il pense : « Moi pauvre Noir victime du méchant Blanc, moi pas responsabilité, moi tout subir et ne rien décider ». Le bon Noir Banania, c’est eux qui le maintiennent en vie pour s’en plaindre après.

Ce qu’il a fait ? Il a pensé par lui-même, et a pensé différemment. Peu importe que l’on soit d’accord avec Tanguy ou non : le débat démocratique dans ce pays consiste à opposer des arguments si l’on pense autrement.

Pour les esprits débiles qui l’insultent, « frotter et limer nostre cervelle contre celle d’aultruy » est une phrase bien compliquée pour dire « coup de boule ». Ce sont des ratés incapables de la moindre éducation ; des idiots utiles follement (c’est le mot) désireux d’impatroniser leur vision raciste, simpliste, binaire et manichéenne du monde. Pour eux, le mot même de débat ne signifie rien. Ils crachent leur venin raciste, ne connaissent que la force, et se sentent d’ailleurs forts.

Trop d’antécédents ! Où sont les SJW du racisme ?

Ce n’est pas la première fois : souvenez-vous de l’affaire Pepita ! Du policier Noir traité de « vendu » parce que Noir ! De Mia ! Et, plus loin, de ces milliers de filles (voire fillettes) violées au Royaume-Uni, Rotherham et Telford en tête ! De la dérive des campus américains ! La liste est interminable, les cas se multiplient. Pourtant, ce qui se passe est grave.

Alors, disons les choses clairement. La plupart des « antiracistes » n’en sont pas. Ils sont en fait prompts à dégainer uniquement si un auteur de faits racistes est Blanc, ou si une personne « issue de la diversité » ne pensent pas comme ils aimeraient. En revanche, lorsque le raciste présumé est justement « issu de la diversité », ils évoluent en confucéens convaincus : ils ne voient pas, n’entendent pas, ne disent rien. Et si la pression médiatique devient trop forte, c’est à peine s’ils nous gratifient d’un tweet minable de type « gneu gneu condamner fermement« , « inacceptable« , ou se souviennent subitement de la présomption d’innocence.

Des crétins malléables qu’on utilise

Tous deviennent les crétins utiles de l’islamisme, du racisme authentique, de la division et de la haine, cette éternelle compagne de l’Homme. Ces gens veulent dominer et se venger des occidentaux. Pour cela, ils ont besoin d’asservir mentalement les personnes « issues de la diversité ». Voilà pourquoi ils ramènent chacun à sa couleur de peau : c’est leur stratégie pour arriver au pouvoir. Leurs armes sont connues : harcèlement démocratique, encombrement judiciaire, victimisation outrancière et non fondée, intimidation sociale, pression médiatique relayée par des médias faussement encanaillés.

L’Occident est leur allié objectif : il culpabilise mais croit toujours que sa religion droits-de-l’hommiste est la seule vérité universelle. Il s’excuse mais refuse qu’un Noir ou un Arabe (les Asiatiques, il s’en fout, ça fait pas peur) revendique son autonomie intellectuelle et sociale, sa liberté de penser, d’aimer, de respecter et d’être respecté. Il baisse son froc en permanence, et trouve cela supérieur moralement.

Cela fait des victimes ; le racisme revient au galop. Mais parce que ses militants se qualifient « d’antiracistes », on s’en fout. C’est criminel. Samuel Paty et des milliers d’autres cas en témoignent. Le racisme étant universel et multidirectionnel, l’antiracisme doit l’être aussi. Sinon, « antiracisme » n’est qu’un prête-nom au racisme dur, rétrograde, arriéré. Et notre indifférence causera notre perte morale et sociale.

« Casse-Noisette » est raciste ? Vite, des opéras de rap !

La solution à la musique classique, jugée trop raciste

Dernière conquête de la « cancel culture » dans le monde de la musique classique : le célèbre ballet « Casse-Noisette » a été déprogrammé de l’Opéra de Berlin. En cause : son innommable racisme. Heureusement que pour compenser, une bonne partie du rap français peut diffuser ses mélopées d’amour en toute liberté.

Il a répandu le venin du racisme pendant 129 ans dans l’esprit de millions de spectateurs. « Il », c’est le ballet « Casse-Noisette », composé par l’obscur Piotr Tchaïkovski. Les « spectateurs », ce sont ces êtres fragiles incapables de nuance et de recul, qui croient tout ce qu’ils voient. « Selon un podcast du Staatsballett, le public n’est pas encore prêt à bien comprendre ce qu’il voit sur scène […] », rapporte le journal allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung. Les images du Bolchoï (ci-dessus) recèlent en effet une violence raciste poussée à son paroxysme !

Heureusement, l’escouade « woke » -incarnée cette fois par Christiane Theobald, directrice par intérim du Staatsballett- a décidé d’épargner à ces âmes perdues la vision du Mal en puissance en déprogrammant le ballet cet hiver. En cause : l’acte II du ballet, qui montre des chorégraphies typiques de plusieurs nationalités, notamment orientales et asiatiques. « Nous devons nous demander si des éléments de l’époque de la création posent problème« , explique la SJW Theobald.

Mieux que se demander, elle y a répondu, puisque l’œuvre ne sera pas jouée. On voit ici l’abnégation totale des « éveillés », particulièrement vigilants quand il s’agit de musique classique. Ne soyons pas polissons et ne relevons pas leur contradiction à propos de cette musique qui serait un « privilège » d’Asiatiques et en même temps les représenterait de façon raciste. Ils sont fous, ces Asiatiques…

L’Opéra de Berlin a désormais un autre problème à gérer : il y a un trou dans sa programmation. Désireux d’aider les « éveillés » à apporter la lumière dans les ténèbres, nous proposons plusieurs pistes.

Pourquoi pas des ballets de rap ?

On pourrait aller plus loin, et jouer sur la scène des grands opéras des morceaux de rap dans des créations ambitieuses. Cela serait l’occasion de « dé-blanchiser » la musique classique, et d’ailleurs de dé-classiciser ce privilège musical de Blancs. En plus, ça donnerait l’occasion à des jeunes-issus-de-la-diversité de toucher un public inhabituel (bien que raciste et impressionnable).

En effet, le rap est une musique pleine d’amour, et un style regorgeant de talents. Chaque jour en France, de nombreux rappeurs saturent YouTube de leurs créations artistiques de haute volée pour mélomanes exigeants. Oui, il peut parfois s’y trouver quelques propos dérangeants, mais c’est pour faire réfléchir !

Amour et poésie dans le rap français (capture d’écran 20Minutes FR/YouTube).

Quand Nick Conrad chante par exemple « Je tue des bébés blancs, attrapez-les vite et pendez leurs parents, écartelez-les pour passer le temps, divertir les enfants noirs de tout âge petits et grands« , ce n’est pas du racisme pur et dur : c’est une courageuse dénonciation politique. « J’me rappelle étant p’tit, y avait beaucoup de gens qui voulaient pas être Noirs. J’ai entendu comme ça des trucs de torture, dans des films, dans des séquences » (sic), explique M. Conrad, qui précise que « le rap, c’est un style qu’il faut comprendre » (re-sic).

Le public de la musique classique étant visiblement un peu benêt, on espère qu’il élèvera son niveau pour la première de « Casse-Blancs », adaptée de l’œuvre de Nick Conrad. Et se laissera séduire par les élégants mouvements de danseuses professionnelles dont on peut déjà admirer la grâce dans d’innombrables clips de rap.

Comme il en faut pour tous les goûts, on peut imaginer avec exaltation d’autres opéras et ballets : Freeze Corleone (et ses répliques savoureuses, telles « Rien à foutre de la Shoah » ou « J’suis à Dakar, t’es dans ton centre à Sion« ) ou encore la délicate mise en scène adaptée de Lunatic, incluant la poignante tirade « Quand j’vois la France jambes écartées, j’encule sans huile« .

Il faudrait cependant indiquer aux spectateurs crédules qu’il est inutile de craindre pour leur arrière-train en entendant cela : ce n’est que de l’art, rien de plus.

Amazon, Toufik, et la chèvre

Amazon a lancé cette année une campagne de communication mettant en lumière un de leurs salariés en France, Toufik. Le but : montrer que le géant du commerce en ligne américain se soucie du développement durable. Quitte à éviter les questions de fond…

Capture d’écran YouTube de la vidéo « Amazon – Toufik Responsable développement durable « on utilise même des chèvres… » (source ici).

L’histoire est belle : Toufik a la fibre écologique depuis qu’il a fait de la plongée dans le Var. « J’ai eu un vrai déclic« , confie dans la vidéo le Responsable du développement durable d’Amazon. Depuis, il a décidé de devenir « un vrai acteur du changement » (y aurait-il des faux acteurs ?) : lui et ses équipes ont réussi à doubler le taux de déchets recyclés entre novembre 2019 et novembre 2020 sur le site d’Orléans (d’après la vidéo Amazon ici).

Mais comment diable y parvenir ? Toufik cite une « intransigeance sur tous les détails, par exemple en séparant le carton des rouleaux de papier« , « en compressant les cartons » ou encore « en compostant nos déchets alimentaires« , images indiscutables à l’appui. Indiquant en prime : « On utilise même des chèvres pour faire de l’éco-pâturage » !

La page dédiée à cette campagne sur le site d’Amazon donne d’autres détails sur la stratégie globale de l’entreprise en matière de développement durable. Un message beau, responsable et écolo-friendly comme seuls les créatifs des agences de pubs savent en faire !

Mais la vraie question est ailleurs, et Amazon n’y répond pas plus que n’importe quelle entreprise « investie » et « responsable ».

A-t-on vraiment besoin de tout cela ?

Le quidam moyen est consumériste, il le sait s’il manifeste un tant soit peu de lucidité. En fait, toute la société occidentale l’est. On peut être partie prenante d’un phénomène sans l’ignorer pour autant. Ce phénomène, c’est l’ultraconsumérisme ! A-t-on vraiment besoin d’un nouveau téléphone tous les ans ? Acheter des produits de piètre qualité pour les remplacer quelques mois après est-il du développement durable ? Si l’on se fie aux nombreux rapports alarmistes du GIEC (repris par toute une cohorte de médias), la réponse est : non.

Le mode de vie occidental semble en inadéquation totale avec les capacités et ressources de la planète. Comme bon nombre d’autres entreprises se félicitant de préserver l’environnement avec des actions de « développement durable », Amazon ne voit pas -ou refuse de voir, selon la confiance que vous accordez à cette entreprise- que le problème réside fondamentalement dans la fabrication et la distribution de biens dont la plupart sont superflus.

« Une société qui survit en créant des besoins artificiels pour produire efficacement des biens de consommation inutiles ne paraît pas susceptible de répondre à long terme aux défis proposés par la dégradation de notre environnement« . Il y a 20 ans, Pierre Joliot-Curie percevait déjà cet état de fait dans son livre « La recherche passionnément ».

Dormez, braves gens…

En fait, ces « actions en faveur de l’environnement » ressemblent à des cataplasmes sur une jambe de bois. C’est tout un mode de vie qu’il faudrait revoir, et nous nous refusons à le faire par confort et conformisme. L’objectif final de n’importe quelle campagne d’entreprise en matière de développement durable est commercial : il faut montrer patte blanche aux clients qui pourraient sans cela ne plus acheter des produits par souci écologique. En recevant ces messages, lesdits clients se flattent alors d’être « éco-responsables » et évitent l’inconfort d’être placés dans la position du complice de génocide écologique.

Dans un sondage OpinionWay pour « Les Échos » et BNP Paribas réalisé en 2019, 53 % des Français se disaient prêts à « payer plus cher pour des produits issus d’une entreprise engagée ». Pourtant, ils étaient 60 % à acheter des marques qui ne sont pas particulièrement engagées et 64 % se disaient dubitatifs quant à l’impact réel de cet engagement sur l’environnement ou la justice sociale.

Ce mélange de bonne volonté naïve et de cynisme mercantile et consumériste a infusé dans la société occidentale et dans la culture d’entreprise, au point que salariés et clients finissent par croire qu’ils vont sauver la planète en consommant mieux -alors que ce sont les quantités et le type de produits consommés qui posent réellement problème.