Réapproprions-nous le sens des mots !

Il est grand temps d’appeler à nouveau un chat, un chat

Depuis des années, il ne se passe pas une semaine sans que l’actualité nous abreuve de mots dont le sens est distordu, tronqué, ou tout simplement erroné. Le contexte permettant la compréhension des faits est absent lorsqu’il est nécessaire, et présent lorsqu’il n’apporte rien. Résultat : en l’absence de mots adéquats, il devient difficile de penser le monde réel dans un cadre précis.

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Élection présidentielle, tensions sociales et civilisationnelles, politiquement correct, bassesses et grandeurs de l’Homme : il vous devient presque impossible de faire du monde un objet de réflexion quotidienne ou philosophique. Ne pensez pas, répétez des formules creuses et prémâchées. Les « éléments de langage » ont remplacé la pensée subtile et nuancée, le « buzz » remplace le fait, les invectives remplacent le débat, les oxymores pullulent, les contradictions pleuvent sur votre esprit embrumé par l’enchaînement des informations. Votre attention, déjà vampirisée par les GAFAM [1], se rend. Inutile d’essayer : votre cerveau n’a plus le temps. Il faudrait penser une quantité d’informations jamais connue dans l’histoire de l’humanité : c’est trop pour un seul être humain, fût-il le plus grand des génies.

Notre époque nous donne à observer une disruption (cassure) gigantesque de la langue française. Ces travestissements linguistiques, ce mésusage permanent du signifié et du signifiant des mots nous privent de la plus formidable liberté : celle de penser. Et nous nous faisons avoir, trop las pour nous battre, déjà privés de nos armes par une école qui devient davantage une fabrique du crétin qu’un lieu où l’on forme des citoyens éclairés [2].

Mots : la disruption permanente

Récemment, Mathieu Kassovitz, parti inaugurer une fresque en Ukraine, y faisait l’apologie des Ukrainiens « nationalistes » qui se battent contre les Russes [3]. Des propos qui ont fait hausser des sourcils, le même Kassovitz ne ratant pas une occasion de fustiger le présumé nationalisme des Français inquiets de l’immigration massive, qu’il assimile à du « racisme » [4]. Il suffit de s’intéresser au discours du cinéaste pour comprendre qu’il est contre les frontières, mythifie la figure de l’Autre, et présente depuis longtemps son désir d’un métissage total en France comme un avenir inéluctable et un passé tangible [5]. On comprend mieux la rhétorique kassovitzienne lorsquon observe le fond des propos : c’est une opinion.

D’autres exemples ? Un suspect « connu des services de police » ? Un euphémisme pour désigner un délinquant/criminel multirécidiviste. On passe de l’idée d’une connaissance (« Salut Michel !« ) à celle, plus précise, d’un individu dont les choix systématiques ou réguliers nuisent à la société dans son ensemble. Quelqu’un tient des propos osés ? On le qualifiera différemment selon son bord politique : « sulfureux » ou « polémique » s’il est de droite, « engagé » s’il est de gauche. Qualifier pour disqualifier ou pour valider : c’est qu’il faut vous apprendre à penser correctement ! Un « coup de couteau à la gorge » ? C’est une tentative de meurtre par égorgement, technique primitive et brutale d’importation récente. En appelant précisément les choses, on saisit l’extrême violence de celui qui tente de tuer -qu’il saisisse la gravité de son geste ou non. Les « tensions » à Sevran étaient en fait des émeutes, voire des actes de sédition (j’en parlais ici).

Dans ce dernier exemple, il faut pour parler de « sédition » comprendre non seulement le sens de ce mot, mais aussi le contexte.

Livre pour enfants « La belle lisse poire du prince de Motordu ». Heureusement, le prince rencontre la princesse des écoles à la fin !

Antiracisme, antifascisme, féminisme, sexualité : la connaissance du contexte, élément clé

Le contexte des mots les éclaire bien souvent. Encore faut-il le connaître. Vous connaissez les antiracistes ? En théorie, ce sont des personnes qui luttent contre « l’idéologie fondée sur la croyance qu’il existe une hiérarchie entre les groupes humains, autrefois appelés « races » et le comportement qui découle de cette idéologie » (Larousse). Aujourd’hui, les antiracistes autoproclamés comportent parmi eux les pires des racistes. Comment qualifier autrement une personne dont les réflexions s’opèrent entièrement à partir d’une distinction effectuée selon la couleur de peau ? Certains amateurs de justice sociale façon BLM ou antifas ont décidé que la couleur de la peau vous astreint à un comportement qu’ils définissent : un Noir doit être une « victime« , un Blanc un « oppresseur« , le mâle Asiatique doit être victimisé en raison de l’imaginaire peu viril que certains s’en font. À les écouter, on ne doit plus rien au mérite, aux idées, aux choix. Exit votre liberté et votre responsabilité ! Tout est couleur de peau. Celle-ci définit votre place dans la société, ce que vous devez dire, faire, et penser. Ce n’est pas de l’antiracisme : c’est du racisme pur et simple. Partant, donnons-lui son nom réel. Cela nous armera moralement et intellectuellement pour lutter contre le racisme, ce fléau d’une terrible universalité. Il en est de même pour les « antifascistes », devenus aujourd’hui les champions de l’agression, de l’intimidation, de la censure, du jugement populaire, bref : du fascisme pur et simple.

On parle beaucoup ces temps-ci d’une certaine conception woke et punitive du féminisme. Pourquoi le collectif de Caroline de Haas #NousToutes est-il volubile au moindre soupçon d’agression de la part d’un « mâle blanc », et totalement aveugle, sourd et muet lorsque le suspect a le teint trop hâlé (on pense entre autres aux viols de Cologne) ? L’analyse de ses prises de parole et de ses éléments de langage indique simplement que le collectif en question n’est pas féministe : il est plus probablement anti-hommes occidentaux et est l’un des idiots utiles de la diversité. Beaucoup de soi-disant féministes ne désirent en fait que l’égalité hommes-femmes (impossible) au lieu de revendiquer l’équité (objectif souhaitable que la France atteint relativement bien). Leur lutte contre un prétendu patriarcat -en réalité une chimère agonisante- ne se comprend qu’en synthétisant l’ensemble de leurs actions. Caroline de Haas, l’une de ses fondatrices, est ainsi passée maître dans l’art de créer des problèmes (harcèlements moraux et sexuels par exemple) pour vendre ensuite des formations… dédiées à la lutte contre ces mêmes harcèlements [6] ! Est-ce là du féminisme, ou du business moralement douteux ?

A contrario, le collectif féministe Némésis (qui pointe du doigt l’important contingent d’agresseurs issus de l’immigration pendant des manifestations) n’est pas que féministe ; il est identitaire et nationaliste. Son combat ne se comprend qu’à la lumière de cette connaissance (facile à obtenir, puisque c’est indiqué sur leur site). Leur irruption dans des défilés féministes dirigés contre les mâles blancs (ceux qui s’excusent platement ; pas les autres mâles, qu’elles redoutent) montre leur volonté de témoigner de la cécité partielle d’autres mouvements dits féministes. Bien sûr, tout ce petit monde est prêt à filmer et diffuser le moindre dérapage de l’autre camp pour étayer son point de vue auprès de l’opinion publique.

Un dernier exemple nous est fourni par le sacro-saint combat LGBTQIIAAHJDHOCNOHZHDIO+-. Vous avez juste affaire dans la majeure partie des cas à des personnes instables, en mal de reconnaissance, et geignardes. Des adultes qui voient l’État comme l’enfant voit ses parents : une autorité capable de lui donner raison et de satisfaire ses moindres caprices. Leur rhétorique se mord la queue, leurs arguments sont contradictoires. Réalisez l’incurie de la pensée de certains : dans « LGBT », le « B » signifie « bisexuel » (sous-entendu, il y a deux sexes) ; les mêmes nous expliquent aujourd’hui qu’il y a des dizaines de genres… Parle-t-on de Pokemon ou de souffrance ? Ne vous laissez pas enfumer par le jargon pseudo-scientifique qu’ils utilisent. Ces gens refusent de s’adapter au monde et demandent au monde de s’adapter à eux : c’est impossible. Ce faisant, ils occultent des personnes (sans doute une infime minorité, mais une minorité existante) qui souffrent réellement d’une dysphorie de genre et se voient représentés par des imbéciles se définissant comme « ours non-binaire poilu lesbienne gender fluid ».

La liste est interminable : en fait de « débat » (Larousse : « Discussion, souvent organisée, autour d’un thème« ), nous assistons davantage ces jours-ci à une foire d’empoigne dans laquelle les candidats sont dénués de la moindre considération pour leur adversaire et pour les Français. Emmanuel Macron, qui esquive le débat, montre ainsi implicitement qu’il sait la puissance des mots (il a peu d’arguments et beaucoup d’éléments de langage ciblant des catégories précises) et la force du contexte (son quinquennat déplorable le rend vulnérable).

Conclusion : réapproprions-nous le réel !

Cette disruption permanente des mots, ce camouflage du contexte, cette quantité considérable d’informations à traiter concourent à modeler notre façon de penser le monde, de nos conversations amicales au bulletin de vote que nous glisserons (peut-être) dans l’urne pour l’élection présidentielle. Vos représentations du réel sont biaisées par des gens parfois intelligents et éduqués qui tentent de nous manipuler, souvent par des égoïstes ne servant que leurs petits intérêts. Or, ce sont ces représentations mentales qui façonnent nos amitiés et inimitiés, nos accords et désaccords, nos grandeurs et nos bassesses. Être un fasciste serait acceptable si vous êtes de gauche et que des médias vous appellent « antifascistes » ? Allons donc !

Redonnons leur sens réel aux mots, et ajoutons-y une acception particulière liée à notre personnalité ; mais partageons tous une base linguistique et des connaissances communes pour penser le monde à l’aide d’un code compréhensible par tous !

Dans cet article, j’ai donné des exemples : peu importe que vous soyez d’accord avec moi et avec ma grille de lecture ; soyez en désaccord, justement ! Mais de grâce, pensez votre désaccord, prenez le temps d’apprécier ou de fustiger les mots que j’ai écrits et la pensée que j’ai formulée, développez vos propres exemples et arguments, entraînez votre pensée ! Alors, la pire chose qui pourrait nous arriver serait de débattre de nos conceptions grâce à un langage commun. Heureusement, nous sommes encore nombreux à le faire.

[1] https://www.causeur.fr/la-guerre-de-l-attention-yves-marry-et-florent-souillot-229494

[2] https://www.babelio.com/livres/Brighelli-La-Fabrique-du-Cretin–La-mort-programmee-de-lec/13338

[3] https://www.huffingtonpost.fr/entry/mathieu-kassovitz-et-le-photographe-jr-en-soutien-a-lukraine_fr_622f65b9e4b0d1329e88ab88

[4] https://www.leparisien.fr/culture-loisirs/cinema/mathieu-kassovitz-les-racistes-ont-perdu-leur-combat-04-08-2020-8363109.php

[5] https://www.msn.com/fr-fr/divertissement/celebrites/nous-sommes-m%C3%A9tiss%C3%A9s-de-souche-le-message-de-mathieu-kassovitz-%C3%A0-eric-zemmour/ar-AARTllx

[6] https://www.causeur.fr/caroline-de-haas-feminisme-gouvernement-violences-sexuelles-171247

« Notre-Dame brûle » : la foi à l’épreuve du feu

Pour son 15ème long-métrage, le réalisateur Jean-Jacques Annaud nous offre un film impressionnant et réaliste. La reconstitution heure par heure du terrible incendie du 15 avril 2019 est d’autant plus prenante qu’elle aborde en creux un sujet marquant : celui de la foi catholique mourante, dont les monuments sacrés sont relégués au rang de manne touristique lucrative.

Lundi 15 avril 2019, 18 h 17. L’alarme incendie de Notre-Dame se déclenche. Le chef de la sécurité, dont c’est le premier jour de poste, signale immédiatement l’alerte. La messe en cours est suspendue au grand agacement du prêtre officiant, habitué aux dysfonctionnements de la détection incendie ; les touristes sont évacués. Un vigile -asthmatique- monte examiner la charpente, mais ne trouve rien. Il n’a pas vu ce qu’une caméra a montré au spectateur : la cigarette allumée, poussée par le vent dans la charpente en bois, et dont la fumée a activé le détecteur incendie.

Les touristes sont alors invités à revenir dans l’édifice. Ils sont partout : la scène inaugurale suit d’ailleurs des guides présentant en différentes langues Notre-Dame à leurs ouailles en goguette. Elle témoigne assez finement de l’immense symbole qu’est la cathédrale, et montre simultanément l’intense activité touristique qu’elle génère, les visiteurs étant nettement plus nombreux que les fidèles assistant à la messe.

Lorsque l’alarme se répète, le vigile retourne examiner la charpente, et ne constate toujours rien d’anormal. Ses propos sur les nombreux dysfonctionnements du système anti-incendie qui n’ont pas été pris en considération donnent un écho terrible au rapport de Paolo Vannucci commandé par Manuel Valls en 2016, qui concluait à la nécessité de remédier à la quasi-inexistence de systèmes de protection de la toiture contre l’embrasement… mais ne fut pas utilisé à l’époque. Lorsque le vigile referme la porte, les fumées montent déjà dans le ciel derrière lui -et les passants commencent à prendre des photos.

Un hymne aux pompiers ?

Finalement alertés par des signalements téléphoniques, les pompiers de Paris partent en mission. Ils deviennent alors les principaux protagonistes du film, luttant pour sauver Notre-Dame des flammes pendant plusieurs heures, parfois malgré elle, dont la structure et l’exigüité de certains accès gênent leur progression. On se prend à enrager contre tous les éléments qui ralentissent leur avancée : embouteillages et foules compactes, gouttes de plomb fondu trouant les lances anti-incendie, méconnaissance du vocabulaire spécialisé et du lieu qui ralentit leur recherche des saintes reliques, absence du régisseur qui a accès à des clés utiles, etc. Lucide, le général Gallet comprend que l’impact de l’incendie va avoir des répercussions politiques : « Ca va débarquer de partout : les officiels, les politiques, les célébrités. On va avoir deux feux à gérer« .

Extrêmement bien documenté, le film évite l’écueil facile de transformer les soldats du feu en héros extraordinaires dotés de caractéristiques morales surhumaines. Il nous donne à voir leur courage professionnel quotidien, eux qui réalisent en même temps que les témoins la gravité de la situation. Leur esprit d’entraide et leur code moral prennent alors tout leur sens, leur permettant de se secourir les uns les autres tout en surmontant leurs différences pour affronter un ennemi supérieur. Une scène marquante montre d’ailleurs un désaccord entre un pompier et son officier, qui ne prend pas en compte son avis. Le premier ironise en lançant au second que lui « n’a pas la chance d’avoir des parents riches ni d’avoir fait une école d’officiers« . Plus tard, l’officier écoutera cette fois le conseil de son subordonné, qui a identifié un foyer susceptible d’être circonscrit. En envoyant une équipe, ils parviendront à éteindre l’incendie après 15 heures de lutte, ensemble dans le brasier.

Finalement, le film n’est pas un hymne aux pompiers ; il montre des pompiers qui sont eux un hymne au courage, à l’entraide, et à l’abnégation. Ils luttent contre l’ennemi qu’ils ont choisi en embrassant cette carrière.

Un « ennemi charismatique« 

Cet ennemi, c’est le feu, « le plus charismatique des méchants« , dixit Jean-Jacques Annaud. On ne peut que lui donner raison, tant les pluies d’étincelles, l’enfer du brasier, les effondrements enflammés et la perfidie des flammes constituent des éléments cinématographiques extrêmement impressionnants visuellement.

Le feu colore certaines scènes de façon infernale -la tentative d’identification infructueuse du foyer principal de l’incendie par exemple-, et en nimbe d’autres d’un halo quasi-surréaliste, donnant une dimension mystique à la recherche de la couronne d’épines du Christ. Sa violence en fait l’antagoniste principal du film, projetant les pompiers sur plusieurs mètres lorsque le plafond de la nef s’effondre. En prenant le parti de privilégier plutôt des plans fixes travaillés à la caméra à l’épaule, Annaud donne à voir des tableaux spectaculaires qui donnent au film sa véritable dimension cinématographique et visuelle.

Le feu incarne ici le Mal immatériel qui sourd partout et hurle même férocement ; par moments, le spectateur devient le témoin de la lutte entre Satan et Dieu, représentés respectivement par les flammes et Notre-Dame. Seule la véracité des faits présentés lui rappelle que ce qu’il voit a bien eu lieu.

La dernière bataille contre l’incendie, scène marquante

L’ultime tentative des pompiers sera la bonne. Alors que l’un d’eux -le seul pompier resté sec, donc capable de s’aventurer au plus près du feu- lutte contre le foyer proche du bourdon pour éviter l’effondrement de la cloche colossale, celui qui a permis d’entreprendre cette dernière bataille entend les chants d’espoir venus de la foule.

Cette scène, qui utilise des images d’archive, nous rappelle avec émotion que la foi s’est trouvée magnifiée ce 15 avril, alors que des Chrétiens se sont mis spontanément à entonner en foule le « Je vous salue Marie » et d’autres prières. L’incendie avait ce soir-là redonné de la ferveur aux croyants d’une religion que l’on enterre parfois trop vite, et dont la vitalité s’était alors manifestée avec beauté et émotion. Aidé par un montage remarquable et efficace, le réalisateur choisit ici d’entremêler les images de fidèles chantant et celles de la bataille de la dernière chance contre le feu. Les chants sacrés sont transfigurés, et cette catharsis spontanée devient l’outil indispensable de l’ultime exorcisme qui permet la victoire des pompiers.

Émouvant sans le vouloir, impressionnant à dessein, le film donne matière à une réflexion sur l’état de la foi catholique, parfois plus vivante qu’il n’y paraît, mais menacée par des hérésies modernes comme le matérialisme, l’économie, ou la perte de transcendance. Avec « Notre-Dame brûle », Jean-Jacques Annaud montre encore une fois sa formidable maîtrise de son art et son talent unique de cinéaste régulièrement capable d’utiliser le réel pour le dépasser et édifier le spectateur. A voir absolument !

La guerre en Ukraine, c’est mal : merci pour l’info les footeux !

Quelle sera la cause du jour ?

Joueurs du FC Barcelone et de Naples tenant une pancarte « Stop War » avant le match retour de Ligue Europa le 25 février 2022.

Après avoir tergiversé un temps, la FIFA a décidé d’exclure les clubs et l’équipe nationale russes de toutes les compétitions suite à l’invasion de l’Ukraine. Au-delà de cette crise, constatons que le foot mondialisé, pur produit de consommation, épouse toutes les causes validées par le sacro-saint triumvirat médias/politiques/marques. Impossible de se détendre pendant un match désormais, on veille à vous inculquer la vertu honorable. 

La vertu honorable, vous savez, celle qui n’engage à rien… mais qui vous fait appartenir au camp du Bien.

Je le confesse : j’aime encore le football. Je sais que c’est bête, je vois bien que le spectacle grand public dont l’on nous gave n’a plus rien à voir avec une certaine idée de ce sport, mais tant pis. Il me reste encore quelques raisons de suivre la saison : le talent, les plans de jeu, la tension inhérente à certains matchs, l’espoir de buts d’anthologie ou de faits de jeu marquants.

Mais il y a une énorme différence entre le football amateur et sa version mondialisée et commerciale conçue par la FIFA (on en parlait déjà ici). Et cette dernière version commence sérieusement à me courir sur le haricot. Impossible de se détendre : clubs, joueurs et sponsors bavent leur moraline à deux balles par tous les moyens possibles.

La tendance du jour : à bas la guerre !

La grande cause du moment, c’est la guerre en Ukraine. Le mot d’ordre est simple : il faut arrêter la guerre, la guerre c’est mal, à bas la guerre, vive la paix. Comme c’est profond, quelle puissance ! Qu’on ne se méprenne pas sur mon propos : déplorer la violence guerrière est une réaction plutôt naturelle chez moi, même si je sais qu’il y a des guerres malheureusement nécessaires.

Le problème, ce sont les moyens employés : en quoi 22 types en short tenant une pancarte « STOP WAR » avant un match de Ligue Europa vont-ils changer quoi que ce soit ? Que croient faire les diffuseurs du championnat espagnol en insérant un bandeau « Stop invasion » durant les retransmissions ? Ont-ils réellement imaginé que Vladimir Poutine, impressionné par tant de détermination, y réfléchira à deux fois avant de donner libre cours à ses lubies tsaristes ?

BeIn Sports prend tous les risques avec son bandeau « Stop invasion » (capture d’écran YouTube).

BLM, LGBT, racisme, respect…

Ça a commencé quand, cet affichage de vertu indécent et ostentatoire ? On a eu les campagnes « No to racism », les brassards et maillots LGBT, etc. Depuis deux ans, on assiste au spectacle du genou à terre au début de chaque match, diktat Black Lives Matters oblige. Quand je vois les joueurs et l’arbitre s’agenouiller ainsi, je ne peux m’empêcher de penser à des chevaliers se faisant adouber. Sauf que dans ce cas, l’adoubeur n’est pas le monarque, mais les annonceurs, les sponsors et les médias, tous complaisants avec le wokisme.

Si le joueur n’affiche pas la vertu appréciée ou – pire – s’il prétend penser par lui-même, on le rétrograde vertement. Le joueur de Crystal Palace (Premier League) Wilfried Zaha a ainsi été sommé de se justifier médiatiquement parce qu’il avait refusé de poser le genou à terre. Parfois, les contrats de sponsoring sont rompus. Nike a ainsi mis fin à son contrat avec le joueur de Manchester United Mason Greenwood soupçonné de viol… alors que l’enquête était encore en cours d’instruction. Le licenciement expéditif est une réalité dans ce milieu. Le cas récent d’Aleksandar Katai, viré de la franchise américaine des LA Galaxy, en raison des tweets postés par sa femme (plus que douteux, certes), est éloquent : un salarié renvoyé pour quelque chose qu’il n’a pas fait et dont il n’est pas responsable, en voilà une vertu !

Faites ce que je dis, pas ce que je fais

Au-delà de la stérilité de ces manifestations, on pourra discuter des aspects moraux de certaines initiatives. Cet amour dégoulinant ont quelque chose de repoussant ; c’est gênant. Ces gens-là clament des slogans pour s’acheter une vertu et être validés, mais bien peu font ce qu’ils disent.

Lilian Thuram fustige le racisme ? Lui-même s’est vu reprocher par Fabien Barthez une tentative d’exclusion de certaines photos des joueurs blancs de l’Équipe de France…  De nombreux clubs participent à la campagne “Football vs. homophobia” en février ? Pourtant, cela reste un milieu où il est mal vu d’être homosexuel. Le très titré footballeur allemand Philip Lahm, dans une biographie parue il y a un an, conseillait carrément aux joueurs homosexuels de garder le secret parce “qu’il y a encore un manque d’acceptation dans le monde du football”. On vous chante les bienfaits du “respect” ? Il semble pourtant que les footballeurs fournissent régulièrement sur les terrains un contingent conséquent de bagarreurs, tricheurs ou agresseurs… Il y aurait trop d’exemples à donner ici.

Et le respect de la présomption d’innocence ? Et la liberté de penser ? Et l’universalité des causes défendues ? Bref, les acteurs du football FIFA sont des hommes comme les autres : partant, qu’ils arrêtent de nous emmerder avec leurs leçons de morale.

Football inclusif: j’ai fait un rêve…

On pourrait conclure en imaginant un match de football dans cinq ans. Après avoir posé un genou à terre (pour BLM, contre le racisme), des joueurs revêtus d’un maillot arc-en-ciel (pour la propagande LGBT) arborant un clitoris (pour le féminisme) courront masqués (le coronavirus étant toujours dans les parages) derrière un ballon. L’arbitre ne donnera plus de cartons, jugés trop stigmatisants (halte à la nullophobie !) et les défaites seront interdites pour la même raison. À la mi-temps, les joueurs feront une ronde pacifique pour la paix dans le monde. Enfin, des groupes de parole seront organisés en troisième mi-temps dans le vestiaire, pour discuter de leur “vécu”(il est temps de causer masculinité toxique et homophobie).

En fait, la vertu, c’est comme la confiture ; moins on en a, plus on l’étale.

Le port du masque, impitoyable révélateur de la nature humaine (3/3) : refuser de penser par soi-même est une faute !

Troisième partie de notre article sur les leçons sociales à tirer après deux ans de port du masque obligatoire. Aujourd’hui, il est temps de dégager la part de responsabilité collective de ce marasme ; et de conclure enfin ce propos.

Photo personnelle.

Depuis la Seconde guerre mondiale, une question fascine de nombreux chercheurs, historiens, et anthropologues : comment fût-ce possible ? Comment certains nazis, qui étaient parfois des maris dévoués, des pères attentifs, des hommes cultivés, ont pu commettre froidement le pire génocide de toute l’Histoire ? Beaucoup ont tenté de donner une explication à cela : des romans, des essais, des articles foisonnent depuis des décennies.

Le procès d’Adolf Eichmann – le logisticien de la Solution finale- fut à cet égard très instructif. Au cours de l’instruction, l’image du boucher sanguinaire s’est estompée petit à petit. Ne restait qu’un petit bureaucrate soucieux de servir aux ordres sans se poser de questions, afin de faire avancer sa carrière. Le capitaine de la Gestapo, Heinrich Müller, présentait aussi le même profil. En fait, beaucoup d’entre les nazis qui étaient éloignés de la réalité des massacres ont permis leur accomplissement par souci de promotion.

C’est ce qu’Hannah Arendt a nommé la « banalité du mal« , dans un essai retentissant et très discuté. Mus par un carriérisme morbide, ces hommes ont abandonné leur « pouvoir de penser » et leur capacité à distinguer le Bien du Mal, laissant ces considérations philosophiques à leurs supérieurs. A cet égard, la conférence de Wannsee en janvier 1942, durant laquelle a été actée la Solution finale, leur a probablement permis de se soulager du poids de leur conscience.

Là encore, quel rapport avec le port du masque ? Nous avons vu que la foi en l’État et la démocratie donne au gouvernement un pouvoir de coercition frisant l’absurde dans le cas du Covid. Notre peur nous fait accorder une confiance aveugle à un groupe d’hommes, et la dilution de responsabilité nous prévient d’être celui ou celle qui arrêtera ces simagrées. Il suffit d’ajouter à cela la suspension du jugement moral qu’entraînent la peur et la foi. Et l’on comprend pourquoi on croise des automobilistes portant le masque alors qu’ils sont seuls dans leur voiture, ou des jeunes gens se soumettant au chiffon d’eux-mêmes dans la rue (alors qu’il n’y est plus obligatoire !).

Nous avons refusé de penser par nous-mêmes ; d’autres le font pour nous. Ces autres ont leur propre agenda et leur propre morale. Ainsi, nous nous réjouirons bêtement de la levée des restrictions sanitaires qui entrera en vigueur le 14 mars prochain. Le port du masque ne sera plus obligatoire : quelle coïncidence formidable, à moins de deux mois d’une élection présidentielle à laquelle concourt le principal responsable de la gestion de la pandémie !

Conclusion : tirons des leçons, et vite

La crise sociale due à la gestion du coronavirus (elle n’est pas due au virus lui-même) nous a offert un impitoyable exemple de gouvernance inhumaine, morbide, anxiogène, aléatoire et absurde. On nous a légalement interdit d’enterrer nos proches pendant plusieurs mois : c’est un déni d’humanité. Nous avons cru à une chose et à son contraire depuis deux ans, sans sourciller. Nous avons fanfaronné en privé, clamé notre ironie, et fermé notre clapet en public. Nous avons écouté avec angoisse le décompte des morts chaque jour dans les médias. Nous nous sommes terrés pendant des mois comme des souris effrayées par un serpent. Nous avons accepté que nos concitoyens deviennent nos flics.

Personne n’est plus coupable qu’un autre individuellement : la faute est collective.

Nous avons été les instruments de notre propre servitude, au nom d’une société fondée sur le principe de précaution. Une société où le transhumanisme pointe son nez : celui qui prétend délivrer l’Homme de la maladie, voire de la mort. Voyez comme c’est joli et naturel, la vie sans maladie et sans mort ! Mais, la maladie et la mort ont de tous temps été les compagnes fidèles de l’Homme. Elles font partie de la vie : comment a-t-on pu l’oublier ?

Nous sommes coupables d’avoir exigé de certains hommes l’impossible : protéger tout le monde, tout le temps. Nous avons cédé à une peur instrumentalisée (voire inoculée) par des entités privées de recul et faillibles : gouvernement, médias, etc. Nous avons cru sans objections. Nous avons sermonné sans regrets notre prochain. Nous avons été paresseux et crédules. Nous avons en fin de compte misérablement incarné notre déchéance occidentale : peurs et angoisses, renoncements, grandes leçons de vertu pérorées à tout bout de champ, incapacité à affronter la réalité.

Et même si le port du masque paraît du bon sens dans certains endroits exigus tels que les transports collectifs, nous avons prouvé que nous étions prêts à beaucoup pour pas grand-chose. De deux choses l’une : ou nous tirons des leçons de cet évènement sans précédent, ou nous continuons de forger nos chaînes en clamant notre liberté et notre vertu.

Sans quoi, nous mériterons d’être bâillonnés ; métaphoriquement, et littéralement.

Vous pouvez découvrir la première et la deuxième partie de cet article !

Le port du masque, impitoyable révélateur de la nature humaine (2/3) : le mystérieux « ils » et les origines de son inquiétant pouvoir

Deuxième partie de notre article sur les leçons sociales à tirer après deux ans de port du masque obligatoire. Aujourd’hui, nous nous penchons sur les origines du pouvoir de coercition de ceux qui l’ont imposé.

Avant, lorsqu’une personne expliquait sérieusement que la Terre est plate, on riait un bon coup et on passait à des choses plus sérieuses. Aujourd’hui, cette personne peut trouver sur Twitter 20 millions de types d’accord avec lui. La force du nombre fait autorité, et paraît vous obliger à considérer le propos (ils sont beaucoup à le penser, tout de même ; y aurait-il du vrai ?). C’est pourquoi des gens apparemment sérieux comme des journalistes perdent leur temps à « décoder » des rumeurs à la con sorties tout droit des égouts d’Internet.

Il y a autre chose qui fait autorité : la foi. La foi est à l’origine de croyances fortes et stables. Elle peut vous faire accepter des choses inacceptables au nom d’une récompense ultérieure. La foi est un sentiment religieux, mais elle n’a pas Dieu pour seul objet : elle peut être politique, culturelle, sentimentale, etc. Les nazis croyaient que leur extrême violence les mènerait à un monde d’aryens parfaits ; Jésus croyait que son sacrifice offrirait aux hommes leur rédemption et à lui, la résurrection ; et les apeurés occidentaux du XXIe siècle croient que l’État, en imposant le port du masque, leur offrira un monde sans risque sanitaire. Un monde dans lequel leur peur deviendrait une vertu : le paradis des timorés, l’Eden du trouillard.

Depuis 1789, la plupart des Français ont foi en la démocratie. Dans son célèbre ouvrage Psychologie des foules, Gustave Le Bon relève d’ailleurs que ce mot de « démocratie » n’a pas le même sens pour tout le monde : « Pour les Latins, le mot démocratie signifie surtout effacement de la volonté et de l’initiative de l’individu devant celle de l’État« . Lucide ! Le port du masque nous en donne une belle illustration. Investissant le gouvernement d’un pouvoir rendu magique par le seul fait de nos croyances collectives, nous nous mettons à croire aveuglément sa promesse : l’immunité pour tous grâce au chiffon sur la gueule !

Nos dirigeants vous privent d’une forme de liberté toute démocratique ; et en même temps, ne voient aucun problème à se gargariser du mot « démocratie ». Ils se payent même le luxe de donner des leçons de démocratie à qui veut (et ne veut pas), et osent critiquer ces pays qui selon eux ne sont pas « démocratiques ». Le gouvernement se prend pour le gardien du temple démocratique ; il en est le premier blasphémateur. Si vous placez votre foi en Macron, en la démocratie, vous nierez que Macron se trompe ; vous nierez que notre démocratie tient plus d’une oligarchie fondée sur la connivence et le statut social. Car, se l’avouer, c’est remettre en cause ce que vous pensez et croyez sur ces sujets, donc une partie de vous-même. Ce phénomène a un nom : la dissonance cognitive, cet état inconfortable dans lequel on se trouve lorsqu’on se rend compte que l’on s’est trompé.

Le statut de l’État et de ses représentants (seuls dotés d’un pouvoir coercitif toléré) fait figure d’autorité suprême devant laquelle beaucoup suspendent leur raisonnement. Ils confondent ainsi l’autorité avec l’infaillibilité et la connaissance. Le « ils », c’est l’État, cet inquiétant Léviathan. Et il tire son pouvoir de notre croyance en lui (il nous veut du bien) et en la démocratie (c’est juste le temps que l’épidémie se calme !). NOUS acceptons de porter le masque. Par confort, par peur, par conformisme, par envie d’afficher notre vertueuse responsabilité.

Dans Le Père Goriot, Balzac écrivait ces lignes déjà froidement réalistes : « Un des traits caractéristiques qui trahit le mieux l’infirme étroitesse de cette gent subalterne, est une sorte de respect involontaire, machinal, instinctif, pour ce grand lama de tout ministère, connu de l’employé par une signature illisible et sous le nom de Son Excellence Monseigneur le Ministre, […], et qui, aux yeux de ce peuple aplati, représente un pouvoir sacré, sans appel. Comme le Pape pour les Chrétiens, Monseigneur est administrativement infaillible aux yeux de l’employé ; l’éclat qui jette se communique à ses actes, à ses paroles, à celles dites en son nom ; il couvre tout de sa broderie, et légalise les actions qu’il ordonne ; son nom d’Excellence, qui atteste la pureté de ses intentions et la sainteté de ses vouloirs, sert de passeport aux idées les moins admissibles. Ce que ces pauvres gens ne feraient pas dans leur intérêt, ils s’empressent de l’accomplir dès que le mot Son Excellence est prononcé. Les bureaux ont leur obéissance passive, comme l’armée a la sienne : système qui étouffe la conscience, annihile un homme et finit, avec le temps, par l’adapter comme une vis ou un écrou à la machine gouvernementale.«

Finalement, cela n’a pas beaucoup changé depuis le XIXe siècle.Nous sommes en bonne partie les instruments de ce que nous critiquons ; de notre servitude. La Boétie, un gamin de 18 ans, l’avait déjà compris il y a 500 ans ! Aurions-nous cessé de penser ? Ou bien pensons-nous improprement ?

Vous pouvez lire la première et la troisième partie de cet article ici.