Émeutes à Sevran : d’inquiétantes réactions politiques et médiatiques

Idéologie forcenée ou peur des racailles ? Certains médias et responsables politiques ont des priorités pour le moins étonnantes, qui révèlent une tension sociale exacerbée autour de certains sujets.

Capture d’écran : Facebook AJ+ France.

Il conduisait un fourgon fraîchement volé [1], a refusé d’obtempérer lors d’un contrôle de police, et aurait tenté de percuter un fonctionnaire de police en voiture . Ce dernier a ouvert le feu et grièvement blessé le suspect dans des circonstances encore « floues » (d’après le parquet de Bobigny). Résultat : l’homme est mort dans l’après-midi du samedi 26 mars.

Les conséquences de cet évènement sont malheureusement prévisibles : des voyous ont saisi l’occasion pour affronter les policiers trois nuits de suite. Véhicules incendiés (dont un bus volé par une cinquantaine de personnes munies de barres de fer), barricades enflammées, jets de projectiles sur les forces de l’ordre [2]

Les réactions à chaud de certains acteurs politiques ou médiatiques sont préoccupantes. C’est le moins que l’on puisse dire.

Appel à l’émotion, minimisation de la délinquance…

Dimanche 27 mars, AJ+ France diffuse sur Facebook une vidéo de 59 secondes intitulée « Des tensions sont survenues hier soir à Sevran après le décès d’un père de famille tué par la police quelques heures auparavant« . Un « père de famille » : cette qualification, sans doute réelle, sert ici évidemment à susciter l’empathie. On imagine une femme et des orphelins éplorés (ce qui est sans doute le cas aujourd’hui). En jouant sur le pathos, AJ+ brouille son audience : ce n’est pas parce qu’il était un père de famille qu’il est mort, mais parce qu’il a refusé d’obtempérer et a semble-t-il tenté de percuter un fonctionnaire.

Non content d’appeler à l’émotion des gens qui suivent ses messages sur les réseaux sociaux (c’est le pire moyen de penser des faits graves, au passage), AJ+ minimise les débordements constatées en Seine-Saint-Denis, en évoquant des « tensions », alors que les images montrent des policiers visés par des tirs de mortiers et de projectiles. Les termes émeutes (Larousse : « soulèvement populaire, explosion de violence ») ou  « sédition » (« soulèvement concerté contre l’autorité établie ») seraient plus adéquats, puisque les émeutiers agissent contre les représentants de l’État et se concertent. 

AJ + minore donc certains faits, soit pour ne pas stigmatiser les fauteurs de troubles (qui le font très bien tout seuls), soit par respect d’une ligne éditoriale partiale prédéterminée qui accorde davantage le bénéfice du doute aux « jeunes des quartiers » de nos banlieues. Deux hypothèses aussi plausibles l’une que l’autre, au vu de la ligne éditoriale du média qui reprend à peu près tous les codes de la victimisation des quartiers et des musulmans sous couvert d’être un “média inclusif qui s’adresse aux générations connectées et ouvertes sur le monde“. Leur traitement partisan de certains sujets comme l’ « islamophobie » (non reconnue par l’UE), ou encore le conflit israëlo-palestinien sont déjà bien documentés.

… mues par la peur ?

Communiqué de Stéphane Blanchet du 26 mars 2022.

Le maire de Sevran Stéphane Blanchet a lui fait montre d’une réaction empressée. Son communiqué du 26 mars (le jour même de l’évènement) vise en fait à donner des gages de bonne volonté à ceux qu’il sait largement capables de créer des émeutes : empathique, il évoque « un Sevranais » qui était « père de famille« , évoque des « circonstances dramatiques« , indique qu’une « enquête est en cours » et que ses « premières pensées vont à sa famille« . Enfin, il anticipe le prétexte futile de probables émeutes (« la douleur« ) et appelle au calme.

Il est évident que de tels appels au calme de la part d’un édile seraient complètement loufoques dans bien d’autres villes où les émeutes ne sont pas un passe-temps habituel. Mais nous sommes à Sevran et le maire sait sans doute que voyous et délinquants ont un grand pouvoir dans sa ville. Il connaît la violence de leur mode d’expression et les prétextes qu’ils utilisent pour s’y adonner. Sa réaction peut donc être interprétée comme la démonstration de sa crainte de représailles contre les services publics de sa ville et de la connaissance qu’il a des modes d’action de certains de ses administrés. C’est quoi qu’il en soit un terrible aveu de faiblesse. Députée LFI, Clémentine Autain signe un communiqué de la même teneur le même jour, qui témoigne du même état des lieux : un « père de famille » est mort, c’est un moment de « douleur », elle présente toutes ses « condoléances » aux proches et à la famille, mentionne l’enquête en cours, et conclut en indiquant que « l’heure doit être à l’apaisement et au recueillement ».

Notons dans cette affaire que si le suspect est systématiquement humanisé, le gardien de la paix reste invariablement « un policier » ou « un fonctionnaire de police ». Personne ne s’est demandé s’il était un grand frère, un mari ou un père ! Seul l’un des deux protagonistes a droit à cette attention. Pourtant, d’après Le Monde, le policier a été hospitalisé en état de choc après les faits [3].

Communiqué de Clémentine Autain du 26 mars 2022.

Des divisions graves en France

Résumons : d’un côté, un fonctionnaire de police dont l’enquête de l’IGPN en cours dira si l’usage de son arme à feu était légitime. De l’autre côté, un homme dont le comportement suspect et les choix l’ont mené à la mort. S’il ne faut jamais minimiser la mort d’un homme, rappelons aux belles âmes promptes à s’indigner qu’il aurait pu faire pléthore d’autres choix qui lui auraient été plus favorables.

Les leçons à retenir de ce sinistre épisode ? Des responsables politiques de terrain connaissent parfaitement la violence des racailles envers tout ce qui représente l’État et la France. Ils la redoutent, peuvent la minimiser et tentent de passer de la pommade. Ils n’ont pas compris que cette commisération surjouée est une erreur, notamment lorsqu’elle s’adresse à des jeunes hommes peut-être majoritairement issus de cultures dans lesquelles la force est respectée et la faiblesse méprisée. Sans surprise, Al Jazeera nous donne à voir une inquiétante lecture victimaire de faits bien sélectionnés, ajoutant de l’huile sur le feu.

Le vivre-ensemble, cette notion ânonnée par beaucoup à tout bout de champ, s’effondre vite au contact d’un réel dur et inquiétant. Certains évènements sont des prétextes pour poursuivre un affrontement larvé qui dure depuis longtemps en France. Il suffit de lire quelques commentaires sous la vidéo d’AJ+ pour s’apercevoir que la France ne sait même plus faire respecter son intégrité, suscite la méfiance, voire est vue comme une ennemie. “Je peux conclure l’enquête de l’IGPN : non-lieu“, ironise un internaute. Un autre demande “que les quartiers se soulèvent“, un troisième estime que la police “veut la guerre” et l’aura “bientôt“, précisant “on a la haine contre eux“.

Sommes-nous encore une République indivisible ? On peut franchement en douter.

Commentaire sur Facebook sous la vidéo d’Al Jazeera (capture d’écran).

(1) https://www.leparisien.fr/faits-divers/course-poursuite-a-sevran-un-homme-grievement-blesse-par-le-tir-dun-policier-26-03-2022-M44OIC5AL5G5RI6CJVYMJA4OQY.php

(2) https://www.ladepeche.fr/2022/03/28/nuit-de-violences-a-sevran-et-aulnay-sous-bois-apres-la-mort-dun-homme-tue-par-un-policier-10199199.php

(3) https://www.lemonde.fr/societe/article/2022/03/27/sevran-le-conducteur-d-un-vehicule-vole-tue-par-un-policier-des-tensions-eclatent_6119344_3224.html

AJ+, au-delà de l’information cool et branchée

Le média qui s’autoproclame « inclusif » est le promoteur d’une certaine idée du monde…

Les sénateurs ont voté un amendement interdisant le voile dans les compétitions sportives ? AJ+ propose un traitement de l’information bien travaillé, mais biaisé et porteur d’une vision du monde bien connue. Le média qatari se fait surtout le relais de l’islamisme politique, et utilise les mêmes recettes. Décryptage.

Capture d’écran AJ+ français (page Facebook).

AJ+ en France mise tout sur les réseaux sociaux ! Affranchi des médias traditionnels, le média diffuse ses contenus directement sur les GAFAM. Sa ligne éditoriale est résumée sur sa page Facebook : « Média inclusif qui s’adresse aux générations connectées et ouvertes sur le monde. Éveillé·e·s. Impliqué·e·s. Créatif·ive·s. » Notons que « éveillé » se dit « woke » en anglais.

Visiblement soucieux de laïcité et de justice sociale, AJ+ couvre ces jours-ci les discussions parlementaires sur le port du voile lors des compétitions sportives, et en général au sein de l’espace public français. Interpellé par son grand écart idéologique (à la fois relais des thèses woke/indigénistes et outil de soft power qatari), on souhaite savoir ce que donne cette alliance de concepts a priori contre-nature sur le port du voile pour les sportives.

Cela commence jeudi 20 janvier d’un post avec une photo (synonyme de davantage de visibilité) sur laquelle on peut lire : « Le Sénat a voté un amendement interdisant le port du voile lors de compétitions sportives« . Sur la photo, une jeune femme voilée au regard paisible tient un ballon de basket. Sa silhouette tout de noir vêtue masque la tour Eiffel en arrière-plan : l’image est bien choisie.

Au vu de la ligne éditoriale d’AJ+, on pourrait envisager le procès en islamophobie et la vieille antienne d’une France rance refusant la diversité et les lubies « woke« . Mais le média qatari est subtil : il sait que les jeunes, qui constituent sa cible marketing, sont rompus aux codes des réseaux sociaux sur lesquels ils s’informent davantage que les médias traditionnels (sondage Ifop pour France Info(1)) et n’apprécient que moyennement les injonctions éculées et directes à la papa.

Des intentions… voilées ?

Cependant, sur le port du voile dans les compétitions sportives, plusieurs éléments interpellent dans les publications du pure player : le contexte social, la sélection des informations, la façon de présenter l’information, et enfin l’échelonnement de l’information et des angles sur ce sujet.

D’abord le contexte social, qu’on suppose connu par tout média se prétendant sérieux. Les victimes sont légion ; la France trouve avec l’orthopraxie et le prosélytisme inhérents à l’Islam un inépuisable sujet de discorde ; le racisme (pardons, racialisme) est de retour ; le mouvement « woke » veille au grain. Ce type de post touche un sujet faisant régulièrement l’objet de controverses, potentiellement propre à échauffer les passions communautaristes : AJ+ le sait, ou devrait le savoir. Bien sûr, il ne s’agit pas de censurer l’information en fonction du contexte social, mais c’est un élément à prendre compte ici.

Le propos, maintenant. Contraint par le format des réseaux sociaux et l’aptitude à la concentration plutôt faible de l’internaute moyen, AJ+ omet plusieurs éléments, pourtant importants pour saisir la pleine mesure de ce vote sénatorial, et ses limites. En annonçant que « si cette fois-ci l’amendement est adopté par l’Assemblée nationale, toutes les compétitions sportives organisées par des fédérations françaises seront concernées« , AJ+ passe sous silence le fait que l’Assemblée nationale, à majorité macroniste, risque très fort de ne pas voter cet amendement (comme elle l’a déjà fait).

Ajoutons à cela le choix éditorial de préciser que ce vote sénatorial a eu lieu « malgré l’opposition de la ministre des Sports« . Cette façon de présenter l’information sous-entend un affront direct fait à un membre du gouvernement. Pourtant, la France est une démocratie parlementaire : si la Ministre peut donner son avis, les sénateurs ne sont nullement obligés d’en tenir compte.

Un entonnoir cognitif…

Dans un second post publié le lendemain (vendredi 21 janvier), AJ + précise son traitement du sujet en diffusant une vidéo relayant la parole des « premières concernées » par le sujet, qui d’après lui « ne sont encore une fois pas écoutées« . Il s’agit en fait de témoignages d’étudiantes voilées qui désapprouvent unanimement l’amendement. Le problème ici réside dans la sélection des témoignages en question. En effet, ils ne donnent à voir qu’un point de vue unique, résumé par AJ + dans son post : « Ça témoigne d’une islamophobie, qui est grandissante » (citation mise en exergue). En ne relayant que la parole de personnes épousant ses points de vue, le média donne l’illusion d’une unanimité totale sur le sujet, et semble vouloir épargner à son public un débat contradictoire.

À ce stade, on a l’impression que l’étau se resserre ; nous passons d’une information ponctuelle à une accusation indirecte. Cette impression est renforcée après lecture d’un troisième post publié le 23 janvier, où il est question des amendements et lois qui « fleurissent » en France depuis 2004, « certain.e.s » dénonçant une tentative de contrôler le corps des femmes musulmanes« . Le ton devient plus virulent et met en exergue un parti-pris distillé avec rythme ; la légende de l’image feint de se demander cette fois si « La France est en chasse contre le voile ? » (poser la question, c’est y répondre).

Enfin, le collectif des « Hijabeuses » est mis en avant dans un quatrième post le 27 janvier. On y voir des jeunes femmes voilées jouer au football devant le Sénat pour protester. La légende du post met en exergue leur sentiment « d’injustice« . La vidéo donne à voir une curieuse contradiction : les jeunes femmes y portent toutes le voile sur la voie publique et militent pour son port, qu’elles estiment être un droit ; mais déclarent en même temps que le porter est « quelque chose de personnel et d’intime« .

Finalement, sur ce sujet, AJ + informe, puis fait témoigner, pose ensuite une question en donnant les éléments d’une accusation, et conclut par la mise en scène d’une petite manifestation a priori sympathique. Le propos s’affine à l’aide de la technique du nudge. En clair, le média construit une architecture progressive qui amène le lecteur de son plein gré à une inévitable conclusion logique : la France est islamophobe.

… au service d’un autre objectif que le message visible ?

Le procédé rappelle fort une certaine conception de l’islamisme politique : victimisation et procès en islamophobie. L’alliance saugrenue du progressisme et de cet Islam politique se matérialise dans le second post, qui utilise le féminisme en vogue pour sous-entendre qu’un système patriarcal impose encore aux femmes ce qu’elles peuvent ou non porter. On remarque par ailleurs qu’AJ+ ignore superbement l’actualité de pays comme l’Iran, où la femme refusant de mettre un tchador peut réellement le payer de sa liberté, voire de sa vie.

Le média qatari donne ainsi à voir une interprétation toute personnelle de la laïcité et des Droits de l’Homme : utiles si ils servent sa vision du monde, ignorés sinon. Le résultat : un refrain paranoïaque et indigéniste déjà seriné 1 000 fois, que ne renierait pas Houria Bouteldja.

AJ+, un média ou un militant ? Poser la question, c’est y répondre…

(1) On appréciera une conclusion de ce sondage : ce sont aussi les personnes qui s’informent en priorité via les réseaux sociaux qui croient le plus aux fake news…

RT France : le tigre de papier de Moscou

Le média financé par la Russie fabrique l’opinion publique, et il est en pleine ascension

Entre propagandiste subtil, média doté d’une ligne éditoriale marquée, et organe d’influence politique, RT suit l’actualité pour mener une guerre informationnelle au service des intérêts russes. En France, son succès va croissant. Il s’explique surtout par l’incapacité d’un personnel politique pour le moins timoré à produire une vision du monde cohérente et fédératrice. Analyse.

Capture d’écran du site RT France (16 novembre).

« Hypocrisie » : pour qualifier la réaction américaine au tir de missile antisatellite russe, Sergueï Lavrov ne mâche pas ses mots. Cité dans un article de RT France, le ministre russe des Affaires étrangères enfonce le clou : Washington « développe une course aux armements très activement » et refuse de signer un traité visant à empêcher le déploiement d’armes dans l’espace.

Cet article, le seul paru sur le site de RT France sur le sujet à ce jour, illustre à lui seul les axes de la stratégie d’influence du média.

Montrer un État incohérent…

Un des axes de cette stratégie consiste à souligner les défauts du personnel politique au pouvoir. Macron annonce que le pass sanitaire sera conditionné à une troisième dose vaccinale pour les plus de 65 ans ? RT France exhume des propos de son ministre de la Santé datant du 26 août dernier et assurant qu’il n’y aurait « pas d’impact de la troisième dose sur le pass sanitaire« . On a déjà vu plus limpide! Sur la photo, Olivier Véran, qui ne porte pas de masque, se tripote le menton d’un air gêné (et les gestes barrière ?).

Macron défend la liberté d’expression ? « En même temps« , RT indique que « l’Élysée aurait interdit aux ministres tout débat avec Zemmour avant sa candidature« . Il aime la liberté d’informer ? « En même temps », il qualifie RT « d’organe de propagande mensongère » (des propos qui « soulèvent des inquiétudes« , selon Xenia Fedorova, Présidente de RT France) et interdit à ses journalistes l’accès à l’Élysée. Drôle de démocratie…

Le Français moyen retiendra l’absence de congruence entre les paroles et les actes des dirigeants français, qui donne l’impression d’une trahison permanente de la part des élites.

… et un pouvoir faible déclenchant la colère de son peuple…

Les snipers russes insistent aussi sur la lâcheté et les renoncements de l’État, qui confèrent un sentiment de toute-puissance aux délinquants. RT montre comment ces derniers n’hésitent plus à s’en prendre aux représentants de l’ordre dans la rue et même dans les commissariats de police.

La France souffre de la comparaison avec d’autres pays, qui apparaissent plus déterminés pour régler la crise migratoire ou combattre le fondamentalisme islamiste. Même le dossier des licences de pêche post-Brexit tourne au désavantage de Paris, qui « se défend de capituler » ! Un choix de mots pas anodin, qui évoque un perdant misérable refusant de reconnaître une défaite malgré l’évidence.

RT couvre aussi abondamment les mouvements sociaux de contestation, par exemple contre le pass sanitaire : ici ou ). On perçoit un État incapable de contenter son peuple à longueur de paragraphes : l’effet de halo fonctionne à plein. Logiquement, cette veulerie du pouvoir déclenche sa substitution par des personnalités ou des citoyens qui s’organisent pour lutter contre l’insécurité ou la pauvreté.

Le modèle de société et la vision du monde occidentaux apparaissent eux vides de sens, puisque leur incarnation semble être l’apparition d’un genre neutre sur les passeports ou l’immoralité. L’intérêt de RT pour les errements « progressistes » a pour but de les faire apparaître pour ce qu’ils sont : des broutilles insignifiantes, le monde vu par le petit bout de la lorgnette.

La France est présentée de façon péjorative ; RT en fait un portrait décadent et apocalyptique, notamment grâce à un choix opportuniste de sources servant ses objectifs.

… pour souligner la force du modèle russe !

RT France joue sur la défiance du peuple envers les « élites » et les médias traditionnels, sur l’aspiration à des leaders autoritaires, et sur l’absence de transcendance (fût-elle morale, politique, ou culturelle).

Le média y oppose en creux une vision bien plus séduisante, solide, et visionnaire : celle de Moscou. La Russie semblant comprendre que la guerre a évolué en des formes moins directes utilisant l’information comme soft power, la subtilité du média consiste à ne pas défendre agressivement les intérêts de Moscou à l’aide de scribouillards bellicistes, mais à susciter l’adhésion par démonstration.

« Nous travaillons pour l’État, nous défendons notre patrie, comme le fait par exemple l’armée« 

Margarita Simonian, rédactrice en chef de RT

La tentation tsariste n’étant jamais loin, Vladimir Poutine apparaît comme un homme fort, à la fois juge de paix et rival lucide. Il provoque une crise de l’énergie ? RT France balaye ces doutes et le présente comme un partenaire commercial lucide et de bonne volonté.

Des experts et responsables politiques l’accusent d’avoir « une responsabilité claire » dans la crise migratoire biélo-russe (Liz Truss, ministre britannique des Affaires étrangères), voire « d’utiliser des flux migratoires » pour « influencer les relations bilatérales » (Edward Lucas, spécialiste de la politique étrangère russe) ? RT préfère fustiger « la responsabilité de l’Occident dans l’exode de populations« … et montre l’efficacité de Minsk, qui « annonce un rapatriement de migrants vers l’Irak« … Poutine : 1, Occident : 0.

Capture d’écran RT France (YouTube).

L’Occident semble faible et déchiré ; la Russie apparaît article après article comme un acteur géopolitique fort et incontournable dans les relations internationales, dont la realpolitik assumée ne s’embarrasse pas de scrupules de façade (puisque ceux qui en ont mentent ou y renoncent).

Quotidien poursuit son travail de sape (ajou)

Le magazine veut à tout prix faire coller le réel avec sa vision idéologisée du monde

La présidentielle 2022 était notamment au programme de l’émission de TMC ce lundi 22 novembre. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que le roi du PAF Barthès 1er et son équipe de choc nous ont (encore) offert un grand cru !

Capture d’écran (tf1.fr).

Il ne fait pas bon être un neurone dans le cerveau de certains esprits. Perdu, il n’ose prendre le moindre risque. Le réel ? Trop dur ! Alors, le neurone traîne ses dendrites vers l’immense zone dédiée à l’idéologie. Là, au moins, c’est confortable : on évite la dissonance cognitive, et le coeur s’orne d’une angélique vertu. La zapette à la main, on peut alors prendre sa dose quotidienne de montages douteux, de moraline et de biais cognitifs.

Les migrants sont « instrumentalisés » tout le temps…

Cette semaine, Quotidien a donc frappé fort avec sa pastille chronique « Zoom 2022« , consacrée à « l’instrumentalisation des migrants » dans le cadre de l’élection présidentielle. Notre petit doigt nous dit déjà que c’est mal de parler d’immigration dans un débat présidentiel. Après tout, les sondages montrent que les Français adorent la façon dont celle-ci est menée depuis des années (exemple ici).

Sur le plateau, une journaliste nous explique qu’elle a « remarqué un truc » (sic) dans les trois débats des candidats à la primaire Les Républicains. Un habile montage nous explique qu’il s’agit de l’expression « Chez nous » (et de sa variante « chez eux« ), appliquée aux migrants et/ou aux Français.

Du coup, la journaliste qualifie LR de « droite dite républicaine » : une excommunication rondement menée ! Pour enfoncer le clou, elle nous sort un joli sophisme par association : « Ce vocabulaire nationaliste […], on avait plutôt l’habitude de l’entendre dans les meetings de Marine Le Pen » (images de militants RN scandant « On est chez nous ! » à l’appui). Et de nous montrer un sourire de la candidate RN à la présidentielle, ravie (toujours d’après l’observatrice journaliste) de tant de nationalisme agressif.

C’est simple : le nationalisme, c’est mal ; le Rassemblement national, aussi, parce que c’est du nationalisme. D’ailleurs, le mot « national » n’était-il pas utilisé par les nazis du NSDAP ? Donc si LR dit les deux mêmes mots que le RN, ils sont comme eux et ce ne sont certes pas des républicains. Toujours pas convaincu par cette implacable démonstration ?

… sauf dans les tournois de golf !

Ça tombe bien, la journaliste en a sous le capot ! Elle nous explique que le nationalisme rétrograde ne vise « pas n’importe quels étrangers non plus« . Comment ça ? On se gratte le menton, on s’interroge.

La Ryder’s Cup, pardi ! La persévérante enquêtrice nous montre qu’en 2018, Valérie Pécresse était beaucoup plus enthousiaste pour accueillir les « étrangers » (on est passé de « migrant » à « étranger » sans broncher, comme si ces deux mots désignaient la même réalité) à l’occasion de ce tournoi de golf européen et américain. Les images sont accablantes : la candidate aux primaires LR témoigne de son amitié aux États-Unis, leur disant même « Vous êtes chez vous sur une terre de sportifs« . Elle oppose même dans la suite du montage les « pays à problèmes » et les « pays pas problèmes » (re-sic).

« Très manichéen » pour la journaliste, qui se pince le nez : le manichéisme ne touche pas « Quotidien ». Jamais.

L’Histoire pour les nuls

Place ensuite à LA séquence phare : un rappel historique pour parachever la thèse de l’instrumentalisation des migrants lors de chaque élection présidentielle.

Capture d’écran (tf1.fr).

Le montage vidéo montre comment on a fait venir des migrants en 1964 « du fait de l’expansion économique » (argument d’autorité : c’est le Directeur de l’Office national d’immigration de l’époque qui le dit) ; puis, comment ils ont été invités à « repartir chez eux » sous Giscard (là, c’est la journaliste qui commente).

On passe à Mitterrand expliquant en 1983 que la France « a le plus grand besoin de travailleurs étrangers » et que l’on doit les « accueillir« … avant de changer de ton en 1988 face à Chirac : « On les a déversés […] Ça devient très difficile de les traiter sans nuances« . C’est pourquoi le gouvernement Mauroy « a pris des dispositions pour faciliter leur réinsertion dans leur pays d’origine, pour qu’ils puissent d’eux-mêmes partir« . Voilà Quotidien disculpé de l’accusation de partialité : ils osent même tirer sur Tonton.

La séquence s’achève avec Sarkozy faisant ricaner une assistance en « soupçonnant les étrangers de ne pas se sentir assez Français » (toujours la journaliste). La caméra revient en plateau pour une conclusion forte et concise : « On le voit : chez eux, chez nous, c’est quand ça nous arrange« . Échec et mat, on ne peut que s’incliner devant une rhétorique si puissante.

Et tant pis si la venue de travailleurs étrangers, bien qu’incitée par la France, fut le fait de leur décision libre ; tant pis si Quotidien met dans le même sac « des étrangers » (quelques-uns) avec « les étrangers » (tous). Tant pis si l’émission range des millions de destins différents dans une seule catégorie fourre-tout. C’est au nom du Bien contre le Mal, et ce n’est pas manichéen. Le neurone peut s’endormir confortablement.

Un article publié également sur Causeur.fr : cliquez ici.

« Ils ne veulent pas avoir d’enfants » : l’information, prolongement de la guerre contre la société occidentale

« Des enfants ? Non merci ! » Courrier International consacre son dossier hebdomadaire à ces personnes qui ne souhaitent pas avoir d’enfant. Le magazine emboîte ainsi le pas à de nombreux médias qui s’intéressent de près aux childfree, comme on les appelle désormais. On constate systématiquement sur ce sujet une sous-représentation, voire une absence totale, des minorités. Étrange de la part de médias généralement très pointilleux dès qu’il est question de diversité !

Couverture de Courrier International, semaine du 4 au 9 novembre 2021 (capture d’écran)

Le monde occidental se distingue par un individualisme outrancier et une recherche du plaisir assez court-termiste, ce n’est un secret pour personne. Dans cette vision, avoir des enfants apparaît de plus en plus comme un frein à l’épanouissement de soi-même ou encore comme du militantisme écologique (sur la base du raisonnement « moins d’êtres humains = moins de pollution et de consommation« ). Si certaines générations ont moins procréé que d’autres à travers les époques, ce phénomène prend de l’ampleur et tente de s’institutionnaliser. Et les médias suivent, tentant d’expliquer ce paradigme culturel en donnant la parole à des personnes ayant choisi de ne pas avoir d’enfant, ou regrettant d’en avoir. Mais depuis plusieurs années, une fausse note fait entendre sa petite musique criarde dans ce type d’articles.

Chloé, Lisa, Clémence, Yves, Coralie, Virgile…

RTL Info Belgique cite Chloé qui refuse d’avoir des enfants à cause du changement climatique ; Le Point s’intéresse au mouvement GINK (pour Green Inclination, No Kids) ; Le HuffPost se penche sur ces Français qui ne feront pas de marmots pour faire face à « l’urgence écologique » (on cite les exemples d’Audrey, Yves, Coralie, Clémence, Caroline, Marion, Olivia…). Elle, Marie-Claire, France Info, Paris Match, France 2, Le Monde, France Inter, France Culture, Courrier International : la liste des médias est longue qui présentent, analysent et expliquent ce phénomène.

L’oeil averti remarque des éléments récurrents typiques du « progressisme » dans la plupart de ces articles :

  • La plupart des childfree ont développé une croyance eschatologique de la fin du monde en raison de la pollution, de la surpopulation, et de la sur-consommation, etc. C’est la fameuse urgence écologique, étayée très souvent dans les articles par les études du GIEC. On retrouve là une vision angoissante et contraignante de l’écologie qui a le vent en poupe.
  • L’épanouissement personnel est perçu comme une fin en soi, non comme un moyen de réaliser de bonnes, belles et/ou grandes actions. Voici un des leitmotivs de la société occidentale : l’individu-roi, qui n’existe que pour lui-même et ne conçoit pas de partager sa vie et son temps. L’égoïsme ou l’incapacité à élever des enfants sont alors justifiés par des plaidoyers pour le développement personnel.
  • Un féminisme remettant en cause la biologie, la société (occidentale, cela va de soi), ou encore le personnel médical. Ainsi, plusieurs femmes citées désirent se soustraire à la pression sociale et à la valorisation de la femme-qui-travaille-et-élève-des-enfants ou citent les grossièretés subies par leurs connaissances lors de l’accouchement ou des échographies. En faisant le choix de ne pas avoir d’enfants, elles pensent s’affranchir de cette pression et faire un pied de nez aux attentes d’une société paternaliste et trop soucieuse des règles biologiques de pérennisation de l’espèce.
  • Enfin, on remarque une nette propension à la victimisation chez les témoins interviewés, qui va de pair avec une auto-satisfaction narcissique de leur choix de vie, qui serait le seul raisonnable. Faire un choix ne leur suffit pas, ils souhaitent que cela se sache, et que leur engagement écologique soit applaudi comme il se doit. C’est pourquoi ils donnent des leçons aux lecteurs ou à leur entourage.

Mais alors, quelle est la note criarde qui trouble cette mélodie responsable ?

… mais aucune trace de la diversité heureuse !

Illustrations de certains articles cités (montage photo à partir de captures d’écran).

Cette note dissonante, c’est l’absence quasi-totale de diversité : l’immense majorité des témoins a la peau blanche et porte des prénoms traditionnellement européens ou anglo-saxons. Un comble, alors que certains des médias cités plus haut se font les plus dévoués zélateurs de la diversité, du vivre-ensemble, voire de la créolisation à longueur d’articles et d’éditoriaux !

Les illustrations choisies parlent d’elles-mêmes : des jeunes femmes caucasiennes, des dessins de femmes caucasiennes, un homme blanc, un couple blanc. Aucun Mohamed, pas de Fatoumata, nada, que dalle, tchi ! On peut donc émettre trois hypothèses :

  • Soit la diversité (euphémisme de la langue médiatique pour désigner au quotidien les Français d’origine africaine) fait des enfants, et montre par là un égoïsme environnemental coupable dont il n’est curieusement jamais question.
  • Soit les journalistes n’ont pas interrogé ladite diversité sur le sujet, faisant montre d’un racisme nauséabond.
  • Soit les articles ont en fait une autre visée, celle de rendre acceptable l’idée selon laquelle les occidentaux ne doivent plus faire d’enfant.

Cette dernière supposition est la plus solide, pour plusieurs raisons. D’abord, les mêmes journalistes et médias qui encouragent la diversité l’invisibilisent systématiquement sur le sujet de la parentalité refusée : ce n’est pas une simple distraction de journaliste, mais un choix délibéré.

Ensuite, les personnes citées invoquent la démographie humaine galopante pour justifier leur choix. Pourquoi alors ignorer (ou omettre de mentionner) que l’Afrique verra sa population doubler d’ici 2050 (on passera alors à 2,5 milliards d’habitants sur le continent africain) ? Leurs leçons concernant les Européens des villes ne sont visiblement pas assez universelles pour inclure des pays où chaque femme a en moyenne 6 ou 7 enfants dans sa vie. Les journalistes n’y pensent pas davantage… mais n’oublient pas de faire parler des personnes pour lesquelles l’adoption est un compromis idéal entre souci écologique et désir d’enfant. Ouf : la diversité et l’immigration sont de retour !

Les ficelles sont grosses

En fait, la plupart des articles sur le sujet s’inscrivent dans la ligne éditoriale des médias qui les produisent. Une ligne éditoriale très -trop- souvent calquée sur les dérives féministes, racistes, écologistes, qui empoisonnent la société occidentale dans son ensemble. Rappelons ici que si le phénomène décrit semble bien réel, sa reprise dans de multiples articles et reportages ces dernières années participe à son entrée dans les moeurs et à sa banalisation (voir la fenêtre d’Overton).

« Ils ont choisi de ne pas avoir d’enfants« , n’est pas le sujet : le sujet, c’est de pousser encore une fois les occidentaux blancs à se faire petits, à laisser la place en adoptant, à battre leur coulpe, à changer leurs moeurs, en somme : à disparaître. Les incohérences relevées prennent alors tout leur sens : pour eux, c’est « no future« .

La démographie est pourtant un sujet autrement plus sérieux.

Un article également publié sur Causeur.fr : cliquez ici.