Macron vous emmerde (et drague son électorat de 2017)

Les vulgarités présidentielles ne se comprennent qu’à l’aune de sa logique commerciale dénuée d’une quelconque vision

La dernière saillie de celui qui est censé être Président de tous les Français (interview au Parisien du 4 janvier 2022) affichait une grossièreté apparemment décomplexée mais savamment calculée. Macron sculpte des propos sur mesure pour chaque partie de son électorat. Ici, il ciblait sans doute ses aficionados ultimes : les CSP+ vivant dans les grandes villes. Analyse.

Capture d’écran leparisien.fr

Pour les électeurs de droite à tendance centriste ? Macron fustige le « pognon de dingue » investi dans « des minima sociaux » et demande une « reconquête républicaine des quartiers« , tel un rodomont en bras de chemise. Pour les nostalgiques de De Gaulle ? Il affirme que la France est un « pays pas réformable« . Pour les jeunes ? Des guignoleries élyséennes avec McFly et Carlito et un post en T-shirt sur TikTok. Pour les habitants des banlieues et la diversité, il y a son discours de Marseille lors de sa campagne 2017 ou la blague sur les stratégies « aussi âgées que lui » en présentant le énième plan banlieues. Et pour les vaccinés inquiets à propos du Coronavirus ? Il « a envie d’emmerder » les antivax. Emmanuel Macron, ou la communication permanente. Pour Jupiter, on repassera.

Pas de vision, que des campagnes de pub

Le Président de la République a eu maintes fois l’occasion de démontrer sa totale absence de vision politique. Président, c’est pour lui un job comme un autre -à ceci près qu’il devrait lui assurer de confortables revenus une fois la page politique tournée. Dénué d’ambitions solides pour la France, Emmanuel Macron a toujours été un gestionnaire opportuniste et intelligent, prévoyant pour lui mais pas pour la France.

Depuis le début de son quinquennat, ses spécialistes déploient une communication réactive bien que finalement assez stéréotypée, mêlant les grosses ficelles de la communication, du marketing, de la publicité, et de la propagande (elles ont de nombreuses similitudes) : principe de répétition, mises en scène, éléments de langage, slogans incantatoires, postures galvanisantes, etc.

Fidèle à sa stratégie du « en même temps », le Président donne des coups de menton à gauche, à droite, en haut, en bas, au milieu. Il a découpé son électorat en parts de marché à conforter ou à gagner, et cisèle pour chacune un discours taillé sur mesure, quitte à se contredire complètement et à de multiples reprises. Ces incohérences et contradictions sont -pour beaucoup d’esprits impressionnables ou peu connaisseurs des arcanes de la comm’- effacés par la figure d’un chef charismatique et atypique, qu’on l’apprécie ou non.

Il y en aura pour tout le monde !

Lorsque notre Président conchie plusieurs millions de ses concitoyens non-vaccinés pour rappeler à ceux qui l’ont élu qu’il est comme eux et qu’ils sont comme lui, il montre simplement qu’il a compris la nouvelle polarisation du monde. Macron oppose simplement les supporters du populisme à ceux du mondialisme. Il s’adresse aux « anywhere » -les CSP + habitant dans des grandes villes- et ignore pour le moment les « somewhere » -les ruraux et les Gilets jaunes des ronds-points-, qu’il sait réfractaires à ses méthodes et à sa personne.

Ceux qui dénoncent une « stratégie risquée » font erreur, à mon humble avis. Cette stratégie, il la mène depuis 5 ans ; elle lui permet d’être en position favorable pour la prochaine élection présidentielle, fort d’une bonne cote de popularité. Comme n’importe quel politique du XXIe siècle, Macron sait que l’opinion publique a la mémoire courte, est versatile, et se distingue par une inculture politique qui l’avantage. Nous aurons sans nul doute l’occasion dans les 4 prochains mois de le voir dire le contraire de ce qu’il a dit pour draguer une autre part de marché en « nourrissant sa part d’imaginaire » (Arnaud Benedetti), quitte à s’éloigner du réel

Les perdants, ce ne sont pas les antivax. Ce sont les Français, tous.

La métallophobie, arme de guerre des mélonormés

Les fans de musique metal sont victimes de l’hégémonie de la musique commerciale au quotidien

Bien peu de médias en parlent ; pourtant, la métallophobie quotidienne fait des ravages dans le monde des amateurs de musique. Les metalheads (nom des fans de métal) subissent une oppression systémique et protéiforme du privilège pop et du privilège rap, incarnation féroce de la mélonormativité. Il est temps que cela cesse !

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« Allez, chacun passe une chanson et fait découvrir un morceau aux autres ! » Les styles musicaux s’enchaînent : pop, rock, électro, ragga, rap, r’n’b, dub, etc. Depuis plusieurs années, les enceintes Bluetooth ont instauré une apparente démocratie de la musique dans les soirées festives. Pourtant, comme tout système politique, elle a ses parias, ses exclus.

Fan de metal extrême, Estéban propose à ses amis un morceau. La réponse, unanime : « Non, ça va casser l’ambiance, c’est trop agressif » . Aucune discussion possible, pas de conciliation : Estéban est rejeté par un consensus implicite. Il n’est pas le bienvenu, et on ne headbangera pas sur les vociférations et les riffs endiablés de Slayer. Ravalant sa frustration, il feint comme les autres – les mélonormés- d’apprécier les gémissements de Rihanna. Comme des millions d’autres fans de metal, Estéban vient de subir une micro-agression.

Micro-agressions et système excluant

Rentré chez lui, Estéban décide de se changer les idées et allume la télévision, mais tombe sur Quotidien qui montre des metalleux avinés montrant leur postérieur. Écœuré par ces clichés, notre metalhead passe à Spotify : inutile, le service de streaming ne connaît pas le quart des groupes de black metal qu’il demande.

Alors, Estéban sort se promener ; las, des enfants le montrent du doigt, et de nombreux passants se retournent sans gêne sur lui. Ils se moquent de ses cheveux longs, de ses bracelets à clous, de son maquillage noir et de ses bagues à tête de mort. Il rencontre une connaissance et lui fait machinalement le signe des cornes avec la main ; méprisant, l’autre lui tend la sienne. « Les gens ont tellement intériorisé la metallophobie qu’ils imposent même leur façon de saluer » , témoigne Estéban.

Ces micro-agressions quotidiennes, il s’y est habitué. Le sentiment d’exclusion, lui, demeure : « Pourquoi les gens rejettent-ils ce qui est différent, et qu’ils ne peuvent pas comprendre ? » Pour lui, c’est clair : les fans de metal sont les victimes du rap-triarcat et de la pop-triarcat, deux styles qui permettent aux majors de la musique d’engranger des milliards de dollars et qu’elles protègent jalousement en stigmatisant ceux qui écoutent des musiques différentes.

Pour Esteban, aucun safe space

Les amateurs de soupe auditive peuvent ouvrir n’importe quelle radio à n’importe quel moment pour être bercés de morceaux interchangeables de musique mondialisée. Ils ont leurs émissions, leurs évènements ; leur culture et leurs codes définissent la normativité des espaces musicaux publics et privés. Pour eux, le monde entier est un safe space.

Estéban, lui, n’a pas de radio dédiée ; tout au plus, quelques émissions confidentielles proposées à des heures tardives. Même ses refuges habituels (les grands festivals metal) sont victimes de l’entrisme de la musique commerciale et d’une appropriation culturelle ne subissant aucune limite : « Avant, on était entre vrais metalleux, et on pouvait partager notre expérience de personnes metallisées autour d’une bière sans craindre l’oppression. Aujourd’hui, on subit l’invasion de cohortes d’adolescents gothiques écoutant des groupes commerciaux, de vieux boomers qui achètent le dernier album de Metallica en expliquant que c’est du metal, ou de bimbos Instagram qui qui font de l’appropriation culturelle en s’habillant en noir« .

Les solutions : intersectionnalité et éducation populaire

Fort de ces amères constatations, Estéban a fondé en 2015 le CCMI, le Comité Contre la Metallophobie Institutionnelle, qui rassemble aujourd’hui plus de 200 000 metalleux. Son but : « Unir les metalleux autour d’une cause commune, la lutte contre la metallophobie« .

Punk, black, hardcore, doom, death, thrash, hard rock, heavy : pour Estéban, le combat contre la pop-triarcat et le rap-triarcat passe par l’union contre la métallophobie. « Les punks se battent pour le droit de porter une crête de cheveux verte ; les thrashers militent pour le respect de la veste en jean sans manches avec des patchs cousus ; les black metalleux veulent invoquer Satan sans se cacher. Au CCMI, on essaye d’unir tous les fans de metal pour mener une vraie lutte intersectionnelle. Chacun avait son drapeau, comme les LGBT : maintenant, nous sommes unis sous la même banière. Noire, bien sûr.« 

Depuis 6 ans, Estéban propose donc des conférences autour du monde pour sensibiliser différents publics à la metallophobie. Évidemment, Estéban a pris soin d’étudier les luttes intersectionnelles existantes pour plus d’efficacité. « Nous montrons aux gens que s’habiller en noir est un signe extérieur de soutien à notre cause. Bien sûr, nous leur vendons ensuite les vêtements de notre shop pour metalleux ! ». Estéban confie que l’étude de Rokhaya Diallo et d’Assa Traoré lui a énormément appris sur l’art de conjuguer business et luttes sociales. « Il faut bien vivre ! », assume le redresseur de torts chevelu qui a compris grâce à ces égéries que « tout le monde peut se plaindre de quelque chose pour gagner sa vie« .

Mais Estéban va plus loin : il en appelle à une véritable décolonisation de la musique. Le CCMI va d’ailleurs publier une étude susceptible d’ébranler toutes les représentations musicales existantes. « Après une enquête approfondie, nous nous sommes rendus compte que la musique doit tout au metal depuis au moins 3 000 ans. Saviez-vous que Jésus avait les cheveux longs parce qu’il était metalleux ? Que les chevaliers armés se protégeaient en réalité pour aller dans des pogos ? Que si la bière était une boisson quotidienne au Moyen-Âge, c’est parce que les metalleux avaient une culture extrêmement puissante à cette époque ? » L’enquête démontre en effet comment la culture metal a été depuis des siècles victime d’une invisibilisation systémique.

Le CCMI propose d’emblée des pistes pour une société plus apaisée et un véritable vivre-ensemble musical : « Interdire tous ceux qui ne pensent pas comme nous, ce sont des fascistes ; obliger les majors de la musique à pratiquer une discrimination positive en faveur des metalleux ; établir des quotas de musique metal dans toute programmation musicale« . Pour rallier les soutiens à la cause, les hashtags #Balancetapop et #MeTal ont été créés. Il ne reste plus qu’à espérer que les dirigeants se penchent sur cette question douloureuse, car c’est de la reconnaissance des erreurs du passé que pourra naître une musique plurielle et riche de sa diversité musicale !

Tanguy David : le racisme des « antiracistes », ça suffit !

Sa couleur de peau devrait lui interdire de penser…

Pour certains, il est insupportable qu’une personne d’origine africaine pense par elle-même indépendamment de leur logiciel unique « Noir = victime, Blanc = oppresseur ». Leur racisme, extrêmement inquiétant, est minimisé, voire nié. Cela suffit !

Capture d’écran du compte Twitter de Tanguy David (tanguy_france)

Trop, c’est trop ! Il faut croire que les leçons de l’Histoire n’ont jamais été apprises par des esprits bêtes à faire peur. Sur l’altimètre, ils oscillent entre la pâquerette insignifiante et le cul-de-basse-fosse sordide.

Soutien de Zemmour, Tanguy David est Noir. Ce qui devrait n’être qu’une donnée objective est devenu pour certains ratés en quête de sens un alibi suffisant pour déverser des tombereaux de déjections twittesques authentiquement racistes sur un homme, leur semblable (si j’ose dire, cela fait insulte à Tanguy).

Ce qu’ils attendaient de lui ? Qu’il soit un bon « nègre de maison » et pense comme ils voulaient qu’il pense : « Moi pauvre Noir victime du méchant Blanc, moi pas responsabilité, moi tout subir et ne rien décider ». Le bon Noir Banania, c’est eux qui le maintiennent en vie pour s’en plaindre après.

Ce qu’il a fait ? Il a pensé par lui-même, et a pensé différemment. Peu importe que l’on soit d’accord avec Tanguy ou non : le débat démocratique dans ce pays consiste à opposer des arguments si l’on pense autrement.

Pour les esprits débiles qui l’insultent, « frotter et limer nostre cervelle contre celle d’aultruy » est une phrase bien compliquée pour dire « coup de boule ». Ce sont des ratés incapables de la moindre éducation ; des idiots utiles follement (c’est le mot) désireux d’impatroniser leur vision raciste, simpliste, binaire et manichéenne du monde. Pour eux, le mot même de débat ne signifie rien. Ils crachent leur venin raciste, ne connaissent que la force, et se sentent d’ailleurs forts.

Trop d’antécédents ! Où sont les SJW du racisme ?

Ce n’est pas la première fois : souvenez-vous de l’affaire Pepita ! Du policier Noir traité de « vendu » parce que Noir ! De Mia ! Et, plus loin, de ces milliers de filles (voire fillettes) violées au Royaume-Uni, Rotherham et Telford en tête ! De la dérive des campus américains ! La liste est interminable, les cas se multiplient. Pourtant, ce qui se passe est grave.

Alors, disons les choses clairement. La plupart des « antiracistes » n’en sont pas. Ils sont en fait prompts à dégainer uniquement si un auteur de faits racistes est Blanc, ou si une personne « issue de la diversité » ne pensent pas comme ils aimeraient. En revanche, lorsque le raciste présumé est justement « issu de la diversité », ils évoluent en confucéens convaincus : ils ne voient pas, n’entendent pas, ne disent rien. Et si la pression médiatique devient trop forte, c’est à peine s’ils nous gratifient d’un tweet minable de type « gneu gneu condamner fermement« , « inacceptable« , ou se souviennent subitement de la présomption d’innocence.

Des crétins malléables qu’on utilise

Tous deviennent les crétins utiles de l’islamisme, du racisme authentique, de la division et de la haine, cette éternelle compagne de l’Homme. Ces gens veulent dominer et se venger des occidentaux. Pour cela, ils ont besoin d’asservir mentalement les personnes « issues de la diversité ». Voilà pourquoi ils ramènent chacun à sa couleur de peau : c’est leur stratégie pour arriver au pouvoir. Leurs armes sont connues : harcèlement démocratique, encombrement judiciaire, victimisation outrancière et non fondée, intimidation sociale, pression médiatique relayée par des médias faussement encanaillés.

L’Occident est leur allié objectif : il culpabilise mais croit toujours que sa religion droits-de-l’hommiste est la seule vérité universelle. Il s’excuse mais refuse qu’un Noir ou un Arabe (les Asiatiques, il s’en fout, ça fait pas peur) revendique son autonomie intellectuelle et sociale, sa liberté de penser, d’aimer, de respecter et d’être respecté. Il baisse son froc en permanence, et trouve cela supérieur moralement.

Cela fait des victimes ; le racisme revient au galop. Mais parce que ses militants se qualifient « d’antiracistes », on s’en fout. C’est criminel. Samuel Paty et des milliers d’autres cas en témoignent. Le racisme étant universel et multidirectionnel, l’antiracisme doit l’être aussi. Sinon, « antiracisme » n’est qu’un prête-nom au racisme dur, rétrograde, arriéré. Et notre indifférence causera notre perte morale et sociale.

Zemmour, dynamiteur de la vie politique

Fidèle à sa vision, il fait peur et révèle les vieilles manies gênantes…

Les Républicains l’imitent tardivement, une partie de la gauche s’enferre dans son déni et sa paranoïa. En se portant candidat à l’élection présidentielle, Éric Zemmour provoque une agitation instructive dans le vieil entre-soi des gens de pouvoir qui façonnaient tranquillement l’opinion publique jusque-là.

Lit Explosive Fuse Crackling and Sparking (iStock)

On dirait des mômes attirés et répulsés par la violence du cador de la cour de récré : tous désapprouvent sa tyrannie et le craignent, et tous sont fascinés par lui et aimeraient bien s’imposer aussi efficacement.

À droite, le RN inquiet…

Parmi ces mômes, on retrouve ceux qui voudraient être comme lui mais n’osent pas (ou plus) par souci de relégation ou de validation sociale : la droite politique, LR et RN principalement.

Le cador historique de la droite nationaliste et patriotique -le RN et sa candidate Marine Le Pen- voit d’un mauvais œil l’arrivée de ce mouflet qui frappe plus fort. Ses thèmes les plus porteurs (souveraineté, immigration, islam, identité) sont aussi ceux de l’ancien journaliste, qui rencontre naturellement son public -tandis que la porosité d’une partie de l’électorat RN n’est un mystère pour personne.

Capture d’écran France TVinfo.

Logiquement, MLP et son état-major se sentent menacés dans leur stratégie de normalisation et réagissent : la vidéo de candidature de Zemmour ? « Passéiste et crépusculaire« . Zemmour ? Un « polémiste » qui « n’apporte rien » et déploie « une forme de brutalité« . Ces attaques semblent mues par une double inquiétude. Celle de voir une partie de son électorat se tourner vers lui dès le premier tour, et celle née de la contestation de la stratégie par une partie de ses cadres (Nicolas Bay, Philippe Vardon ou Stéphane Ravier par exemple). Le Pen le reconnaît elle-même : Zemmour est « un concurrent » qui « disperse des voix qui sont utiles au redressement du pays« . La baronnie RN est menacée, et le sent.

… et LR envieux ?

Pour LR, c’est différent. La droite traditionnellement libérale, européiste et mondialiste ressemble au gringalet fasciné par la brute Zemmour. Le parti qui enverra Valérie Pécresse à l’élection semble tenaillé par des sentiments ambivalents, entre attraction et répulsion. L’équation est simple : LR craint un siphonnage de ses électeurs les plus à droite. Les candidats à la primaire LR ont donc été forcés de se positionner sur les sujets prisés par Zemmour, affichant une fermeté parfois opportune sur l’islam, l’identité, et l’immigration durant les primaires.

Envoyée dans la cour, Valérie Pécresse martèle donc un discours fortement régalien pour « mettre fin à l’immigration incontrôlée« , « renforcer la sécurité au quotidien« , ou encore « réarmer notre pays contre l’islamisme et le terrorisme« . Qu’elle est loin, la Pécresse qui expliquait que l’islam est « une religion française » ! Forcée par Zemmour à sortir du bois et à se positionner plus fermement, Pécresse sera jugée sur ses éventuels revirements rhétoriques en cas de second tour face à Macron.

À gauche, le déni et l’injure

Les mômes de gauche sont eux comparables aux gamins devenus impopulaires qui haïssent le caïd parce qu’il est le centre de l’attraction, et pas eux : ils ont peur de ne pas exister. Mais au lieu de s’adapter, ils paniquent, s’avilissent ou s’enferment dans le déni. Leurs armes : l’anathème, la censure, voire carrément l’injure.

Sans argument, le PS se réfugie dans le reductio ad hitlerum : Zemmour a « le discours de Pétain » (Olivier Faure), c’est un « négationniste » (Anne Hidalgo). La maire de Paris claironne même son refus de débattre avec celui qu’elle traite de « guignol« . Plutôt que se retrousser les manches et remonter la pente, elle préfère les mantras apotropaïques, piètres faux-fuyants pour éviter une prévisible mise en charpie si un tel débat avait lieu.

Même son de cloche chez EELV ou au PCF : pour Yannick Jadot, Zemmour est un « petit collabo de salon« . Plus littéraire, Fabien Roussel paraphrase Robert Merle : « La haine est son métier« . Le candidat PCF, qui s’était pourtant distingué en abordant les questions d’identité, de protectionnisme économique, et d’immigration, semble avoir mis depuis de l’eau dans son vin.

Mélenchon se distingue lui par une attitude ambivalente. Le candidat LFI avait déjà accepté un débat télévisé avec Zemmour et expliquait que l’interdiction de son meeting à Villepinte « n’est pas le principe de la démocratie« . Ses lieutenants -Alexis Corbière ou Clémentine Autain- semblent bloqués eux dans leurs réflexes : Zemmour est « haineux » (pour Corbière, cette assertion tient lieu d’argument) ; pour Autain, il faudrait même lui interdire de s’exprimer ! Mélenchon n’oublie donc pas de rassurer ses troupes lors de son meeting à La Défense : oui, Zemmour est « l’ennemi du genre humain » et veut faire de nous « la France qui a peur« . Mamma mia !

Communiqué de Clémentine Autain (capture d’écran).

À gauche, les ambitions élyséennes de Zemmour agissent donc comme une mise en lumière extrêmement crue. Incapables de se renouveler et de séduire, ces mômes sous-entendent, injurient, veulent interdire. Tout une conception de la démocratie !

Il agit, ils réagissent

Le tableau est assez clair : c’est Zemmour qui impulse la dynamique et le rythme de la campagne. Conscients que ses propos rencontrent une adhésion puissante et sans artifices à des lieues de l’enthousiasme tiède qui prévaut ailleurs, le reste de la sphère politique se cabre, séduit, crache, hésite, singe, nie, bref : adapte son comportement au trublion qui met le bazar dans la cour de récré.

Pour certains, cette adaptation prend la forme de revirements et d’atermoiements dont la sincérité paraît douteuse. Les autres préfèrent accélérer leur fuite en avant pour éviter de se demander pourquoi Zemmour trouve dans une partie du peuple une oreille si attentive. Le déni devient un délire paranoïaque.

Que l’on soit d’accord avec lui ou non, Éric Zemmour agit et les autres mômes réagissent. Il dynamite ? Ils sont en pétard.

« Casse-Noisette » est raciste ? Vite, des opéras de rap !

La solution à la musique classique, jugée trop raciste

Dernière conquête de la « cancel culture » dans le monde de la musique classique : le célèbre ballet « Casse-Noisette » a été déprogrammé de l’Opéra de Berlin. En cause : son innommable racisme. Heureusement que pour compenser, une bonne partie du rap français peut diffuser ses mélopées d’amour en toute liberté.

Il a répandu le venin du racisme pendant 129 ans dans l’esprit de millions de spectateurs. « Il », c’est le ballet « Casse-Noisette », composé par l’obscur Piotr Tchaïkovski. Les « spectateurs », ce sont ces êtres fragiles incapables de nuance et de recul, qui croient tout ce qu’ils voient. « Selon un podcast du Staatsballett, le public n’est pas encore prêt à bien comprendre ce qu’il voit sur scène […] », rapporte le journal allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung. Les images du Bolchoï (ci-dessus) recèlent en effet une violence raciste poussée à son paroxysme !

Heureusement, l’escouade « woke » -incarnée cette fois par Christiane Theobald, directrice par intérim du Staatsballett- a décidé d’épargner à ces âmes perdues la vision du Mal en puissance en déprogrammant le ballet cet hiver. En cause : l’acte II du ballet, qui montre des chorégraphies typiques de plusieurs nationalités, notamment orientales et asiatiques. « Nous devons nous demander si des éléments de l’époque de la création posent problème« , explique la SJW Theobald.

Mieux que se demander, elle y a répondu, puisque l’œuvre ne sera pas jouée. On voit ici l’abnégation totale des « éveillés », particulièrement vigilants quand il s’agit de musique classique. Ne soyons pas polissons et ne relevons pas leur contradiction à propos de cette musique qui serait un « privilège » d’Asiatiques et en même temps les représenterait de façon raciste. Ils sont fous, ces Asiatiques…

L’Opéra de Berlin a désormais un autre problème à gérer : il y a un trou dans sa programmation. Désireux d’aider les « éveillés » à apporter la lumière dans les ténèbres, nous proposons plusieurs pistes.

Pourquoi pas des ballets de rap ?

On pourrait aller plus loin, et jouer sur la scène des grands opéras des morceaux de rap dans des créations ambitieuses. Cela serait l’occasion de « dé-blanchiser » la musique classique, et d’ailleurs de dé-classiciser ce privilège musical de Blancs. En plus, ça donnerait l’occasion à des jeunes-issus-de-la-diversité de toucher un public inhabituel (bien que raciste et impressionnable).

En effet, le rap est une musique pleine d’amour, et un style regorgeant de talents. Chaque jour en France, de nombreux rappeurs saturent YouTube de leurs créations artistiques de haute volée pour mélomanes exigeants. Oui, il peut parfois s’y trouver quelques propos dérangeants, mais c’est pour faire réfléchir !

Amour et poésie dans le rap français (capture d’écran 20Minutes FR/YouTube).

Quand Nick Conrad chante par exemple « Je tue des bébés blancs, attrapez-les vite et pendez leurs parents, écartelez-les pour passer le temps, divertir les enfants noirs de tout âge petits et grands« , ce n’est pas du racisme pur et dur : c’est une courageuse dénonciation politique. « J’me rappelle étant p’tit, y avait beaucoup de gens qui voulaient pas être Noirs. J’ai entendu comme ça des trucs de torture, dans des films, dans des séquences » (sic), explique M. Conrad, qui précise que « le rap, c’est un style qu’il faut comprendre » (re-sic).

Le public de la musique classique étant visiblement un peu benêt, on espère qu’il élèvera son niveau pour la première de « Casse-Blancs », adaptée de l’œuvre de Nick Conrad. Et se laissera séduire par les élégants mouvements de danseuses professionnelles dont on peut déjà admirer la grâce dans d’innombrables clips de rap.

Comme il en faut pour tous les goûts, on peut imaginer avec exaltation d’autres opéras et ballets : Freeze Corleone (et ses répliques savoureuses, telles « Rien à foutre de la Shoah » ou « J’suis à Dakar, t’es dans ton centre à Sion« ) ou encore la délicate mise en scène adaptée de Lunatic, incluant la poignante tirade « Quand j’vois la France jambes écartées, j’encule sans huile« .

Il faudrait cependant indiquer aux spectateurs crédules qu’il est inutile de craindre pour leur arrière-train en entendant cela : ce n’est que de l’art, rien de plus.